Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

Brèves

Douloureuse extraction

Image tirée de l’installation Extraction, OPSYS, RVTR, Ecological Design Lab de l’Université Ryerson, Studio Blackwell. Photo : OPSYS

Depuis la fin mai, l’installation intitulée Extraction représente le Canada à la Biennale d’architecture de Venise. Le projet dépeint le pays comme on l’envisage rarement, c’est-à-dire comme un « empire mondial de ressources ». C’est peu connu, mais à l’échelle planétaire, la moitié des sociétés de prospection  et d’extraction minières sont canadiennes. Selon Statistique Canada, ces quelque 1500 entreprises bien de chez nous sont présentes dans une centaine de pays.

« Chaque fois qu’un immeuble s’élève ou qu’une route est construite, des trous sont forés dans différents territoires, rappelle l’urbaniste et architecte paysagiste Pierre Bélanger, directeur du projet. Chaque Canadien est touché et concerné par l’économie et l’infrastructure de l’extraction. »

L’œuvre mise sur la conscientisation, une personne à la fois. Pour la voir, il faut s’accroupir et regarder par un trou minuscule une projection vidéo présentant l’histoire de l’exploitation des ressources naturelles au Canada. Le message : cette quête de richesse se fait aux dépens des populations locales.

L’installation est présentée à Venise jusqu’en novembre, puis sera accueillie dans divers endroits au Canada dans le cadre du 150e anniversaire de la Confédération. Grincements de dents à prévoir.

La vie en tout-inclus

Projet de tours maraîchères Hypérion, Jaypee Greens sports City (inde), Vincent Callebaut. Illustration : Vincent Callebaut architectures

L’architecte franco-belge Vincent Callebaut n’en est pas à sa première vision utopiste. Après des projets comme Dragonfly, imaginé pour New York, et Agora Garden, une tour en forme de molécule d’ADN en chantier à Taipei, son dernier né, Hypérion, est destiné à la ville indienne de Jaypee, dans la région de Delhi. Comme les précédents, il se fonde sur le biomimétisme, l’agriculture urbaine et la consommation d’énergie positive pour créer un milieu de vie autosuffisant, mixte et dense, conçu pour servir de modèle de développement durable. Les 6 tours de 36 étages en bois lamellé-croisé – et issu de forêts avoisinantes – sont recouvertes de jardins maraîchers et de capteurs solaires photovoltaïques. L’irrigation des cultures se fait par l’eau de bassins d’élevage qui accueillent poissons et crustacés, dont les déjections servent par ailleurs d’engrais. La climatisation repose quant à elle sur un système de cheminées à vent connectées au sous-sol. Outre des logements, les tours comportent des espaces de travail partagés et des incubateurs d’entreprises, de sorte qu’une économie locale puisse s’y implanter. Même les loisirs font partie du programme. La toiture accueille non seulement un verger, mais aussi un gymnase, une piscine biologique et des aires de jeu pour enfants. Et le transport ? Il est prévu que l’électricité produite à même le bâtiment alimentera des voitures électriques. Mais on se demande bien pourquoi on aurait besoin de quitter pareil éden.

Clair comme du bois

Photo : Woodoo

Du bois qui laisse passer la lumière ?

C’est maintenant chose possible. Un jeune architecte français du nom de Timothée Boitouzet a récemment mis au point une technologie qui génère un bois non seulement translucide, mais aussi imputrescible, moins inflammable et trois fois plus rigide que le bois d’origine. Partant du principe que le bois contient entre 60 et 90 % d’air, il s’agit en gros d’effectuer une « destruction sélective » de la matrice du matériau pour ensuite y faire pénétrer des polymères.

Détenteur d’un brevet et aux commandes de la jeune entreprise Woodoo, Timothée Boitouzet espère ainsi percer le marché du mobilier et du design d’intérieur. Mais son rêve ultime est que son produit puisse un jour constituer la structure des gratte-ciel. Avec une empreinte carbone 2 fois moindre que celle du béton et 130 fois moindre que celle de l’acier, ce bois pourrait représenter un choix judicieux quand viendra le temps de construire durable.