Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

Reconnaissance au travailLes compliments du chef

École primaire des Aventuriers, Sherbrooke, Vincent Leclerc et Espace Vital, architectes en consortium. Photo: Vincent Leclerc et Espace Vital, architectes en consortium

Tous les experts s’entendent pour dire que la reconnaissance au travail est un puissant outil de mobilisation des employés. Souvent négligée, elle est pourtant facile à mettre en œuvre, même chez les architectes !

Emmanuelle Gril 

La reconnaissance en milieu de travail consiste à souligner l’apport positif de l’employé pour l’entreprise. Ce concept, qui semble pourtant simple, est encore loin d’être mis en pratique dans la majorité des organisations. Ainsi, une enquête réalisée par la firme de sondage CROP en avril 2014 pour le compte de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CHRA) révélait qu’un travailleur sur deux estime manquer de reconnaissance au travail.

Ces résultats font réfléchir, d’autant plus que l’impact du manque de reconnaissance est bien connu des spécialistes en la matière. « Il est très difficile pour un individu d’être performant s’il ne sent pas qu’il est important aux yeux de son employeur. Cela engendre une perte de sens et de motivation », affirme Cybèle Rioux, CRHA et consultante en gestion des ressources humaines auprès de PME. Les relations interpersonnelles et même la santé des employés peuvent aussi en pâtir – ce qui ne peut que nuire à l’entreprise au bout du compte. Tout employeur a donc intérêt à en être conscient et à s’investir dans cet aspect du travail.

Performance et rétention « La reconnaissance au travail est l’un des leviers qui a le plus d’impact sur les individus. C’est également le moins coûteux, explique Cybèle Rioux. Or, certains patrons pensent encore : “Je les paye, pourquoi devrais-je en plus leur donner une petite tape dans le dos ?” » Les retombées sont pourtant palpables. Plusieurs études ont en effet clairement démontré que si les travailleurs sont motivés et font preuve d’engagement envers leur employeur, les performances de l’organisation s’en trouvent nettement bonifiées.De plus, au niveau organisationnel, les actes de reconnaissance au quotidien permettent d’améliorer la qualité de vie grâce à l’émergence d’une ambiance de travail plus cordiale et d’un meilleur climat de collaboration, selon la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail de l’Université Laval. 

« Plusieurs études et cas d’entreprises révèlent également que les programmes de reconnaissance sont liés positivement au sentiment d’engagement du personnel et à sa fidélisation, entraînant ainsi une baisse des départs volontaires », affirme Sylvie St-Onge, CRHA et professeure au Département de management à HEC Montréal. Suzanne Brouillard, vice-présidente, Finances et ressources humaines chez Ædifica, une firme qui compte 160 employés, peut en témoigner. « Nos pratiques de reconnaissance, qu’elles soient structurées ou plus globales, aident certainement à faire en sorte que nos employés aiment travailler chez nous. Cela contribue à les mobiliser, mais aussi à les garder. »

Même son de cloche du côté de Vincent Leclerc, architecte et patron de son propre bureau qui emploie 21 personnes, dont 10 architectes. « L’un de mes objectifs consiste à trouver des façons de retenir mes employés. La reconnaissance y contribue assurément, et ce, même si nous n’avons pas de programme structuré comme dans une grande firme », dit-il.

Des pratiques flexibles

Bureaux d’Ædifica, Montréal, Ædifica. Photo : Ædifica

Il n’existe pas de recette à proprement parler, car reconnaître l’apport d’un employé peut se faire de différentes façons, qu’il s’agisse de reconnaissance de la personne elle-même, de ses résultats, de ses efforts ou encore de ses bonnes pratiques de travail. « On peut le faire verbalement ou par écrit, donner un cadeau, accorder une journée de congé ou des horaires flexibles... Il y a une panoplie de possibilités, que ce soit de façon ponctuelle ou par le biais d’un programme plus formel », indique Sylvie St-Onge. Quelle que soit la méthode choisie, l’important est qu’elle témoigne de l’appréciation vis-à-vis de l’employé, ajoute-t-elle (voir « Quelques gestes simples » pour d’autres idées).

Chez Ædifica, on a opté pour des bonus de performance, mais aussi pour le développement des talents, par l’entremise de la formation notamment. « Par exemple, on aide certains de nos professionnels à développer leurs habiletés en gestion financière de projet, pour en faire de meilleurs praticiens. Plusieurs d’entre eux ont aussi été invités à accroître leurs connaissances dans un domaine de pointe comme la modélisation des données du bâtiment, un processus qui va révolutionner les pratiques », affirme Suzanne Brouillard.

De façon plus globale, des activités de consolidation d’équipe sont aussi organisées chaque année durant une journée à la campagne, de même que des 5 à 7 hebdomadaires. Les employés bénéficient aussi des services d’un chef cuisinier pour le dîner et leur carte mensuelle de transport en commun est payée.

Vincent Leclerc, quant à lui, applique les principes du renforcement positif. « Tout au long du processus, je vais voir les architectes et techniciens qui travaillent sur un projet et je les félicite lorsqu’ils font du bon travail. » Il dit également souligner l’efficacité de l’équipe durant les périodes de pointe et lui exprimer sa gratitude. Lors de l’inauguration des bâtiments auxquels le bureau a travaillé, le patron s’assure aussi que le chargé de projet soit présent, afin de reconnaître et de souligner son apport. Enfin, les horaires flexibles font partie de la culture de l’entreprise, et chaque employé bénéficie d’une journée de congé pour son anniversaire.

Conseils à suivre

Quelle que soit la façon dont on témoigne sa reconnaissance, celle-ci doit être sincère, authentique et appliquée de façon juste et équitable. Elle doit aussi provenir de la direction de l’entreprise, recommande Sylvie St-Onge. Cybèle Rioux abonde dans le même sens. « Le message du patron doit être clair et démontrer sa volonté de reconnaître ses employés. » De plus, il importe de trouver des manières d’exprimer la reconnaissance au quotidien. « Car c’est cela qui est important, et non pas d’offrir une montre au bout de 20 ans de service ! » affirme la consultante. Il appartient aux gestionnaires de choisir ou d’adapter les méthodes qu’ils utiliseront, ajoute-t-elle.

Que faire si l’entreprise n’a pas de spécialiste des ressources humaines à l’interne pour réfléchir à la question et proposer des idées ? On peut toujours confier ce mandat à un employé qui se sent capable de l’assumer, ou encore s’adjoindre les services d’un consultant pour lancer le projet.

L’un des défis des petits bureaux d’architectes est de mettre en place des pratiques à leur portée, aussi bien sur le plan financier que logistique. « On peut par exemple proposer à ses employés des mandats intéressants, une progression de carrière rapide, plus de défis, des tâches variées. Ce sont autant de marques de reconnaissance », énumère Sylvie St-Onge.

C’est d’ailleurs ce que Vincent Leclerc tâche de faire. « Dans mon bureau, les architectes ont la possibilité de toucher à tout – conception, réalisation, suivi de chantier, accompagnement du client, etc. – et ne sont pas confinés à un seul rôle. Ils ont accès rapidement à de plus grandes responsabilités, ce qu’ils apprécient beaucoup. »

Comme dans plusieurs autres professions où l’image et le prestige sont importants, assurer une certaine visibilité au professionnel fait aussi partie des marques de reconnaissance possibles. « On peut notamment mentionner le nom de l’employé dans des documents qui seront diffusés à l’externe ou encore souligner son apport lors de la présentation du projet final », conseille Cybèle Rioux. Des petits gestes qui font mouche !


Quelques gestes simples

• Remercier les gens qui nous aident à accomplir quotidiennement nos tâches              

• Prendre le temps de donner une rétroaction à un employé              

• Aider un collègue en surcharge de travail              

• Organiser une activité sociale pour souligner la fin d’un projet

• Prendre le temps d’examiner les dossiers qu’un collègue nous apporte

• Afficher les lettres de remerciement provenant des clients

• Souligner la progression d’un employé

• Prendre en considération la charge de travail et la difficulté des mandats en évaluant un employé

• Consulter le personnel avant de prendre des décisions

• Dire bonjour

Tiré du tableau «101 façons de reconnaître», de la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail dans les organisations.