Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

Escaliers inspirantsMarches à suivre

Le design actif élève les escaliers au rang de principale stratégie de déplacement à l’intérieur d’un bâtiment. Illustration à l’aide  de trois projets inspirants.

Rémi Leroux 

Les lignes directrices du Center for Active Design de New York n’y vont pas par quatre chemins : « L’utilisation des escaliers est l’un des moyens les plus accessibles pour intégrer l’activité physique dans la vie quotidienne » des habitants d’une ville ou des usagers d’un bâtiment. Marche après marche, le piéton « brûle des calories, améliore sa santé cardiovasculaire et augmente le niveau de son bon cholestérol ».

Même s’ils ne s’inspirent pas directement des principes établis par l’organisme américain, de nombreux bureaux d’architectes à travers le monde placent l’escalier au cœur de leurs projets et de leurs stratégies de circulation. Les ascenseurs, eux, sont relégués à l’arrière-plan.

Spectaculaires, colorés, osés dans leurs formes et leurs usages, les escaliers que nous vous présentons offrent bien plus que de simples volées de marches.

Medibank Place, Melbourne

Immeuble Medibank Place, Melbourne, Hassell
Photo: Earl Carter

Importante compagnie d’assurance-santé australienne, Medibank a inauguré en 2014 son nouveau siège social dans le quartier des Docks, à Melbourne. La conception du bâtiment a été confiée à Hassell, une firme d’architectes australienne, qui avait pour mandat de créer l’un des environnements de travail les plus « sains » au monde.

Pour y parvenir, client et architectes ont mis en commun leur expertise. « Medibank nous a fourni des renseignements importants sur la santé en milieu de travail que nous avons intégrés dans la conception du bâtiment », explique Ingrid Bakker, architecte principale de Hassell et l’une des conceptrices du projet.

Parmi les multiples éléments d’architecture et de design visant à améliorer les conditions de travail des employés (nombreuses plantations, postes de travail mobiles, équipements sportifs, éclairage « circadien », etc.), les escaliers occupent une place prépondérante. Le bâtiment est organisé autour d’un vaste atrium ponctué de nombreuses rampes d’escalier aux formes ondulantes et au design attrayant.

À chaque étage, les espaces de travail sont ouverts et visibles depuis ces escaliers. « Si les employés peuvent voir l’endroit où ils se rendent, ils sont plus susceptibles de prendre l’itinéraire le plus direct », explique Ingrid Bakker. Les escaliers génèrent donc « un mode de circulation intuitif dans l’espace vertical » et « découragent le personnel d’utiliser les ascenseurs ».

Une rampe d’accès pour les cyclistes a également été aménagée à l’intérieur du bâtiment. Elle leur permet d’être accueillis à l’entrée principale comme les piétons, sans avoir à passer par un stationnement souterrain. « La rampe est une extension de l’escalier et crée un ruban de circulation qui relie le hall d’entrée à l’espace où les employés laissent leur vélo avant de rejoindre leur poste de travail », précise l’architecte. Cinq mois après l’emménagement dans Medibank Place, 79 % des employés déclaraient travailler plus étroitement avec leurs collègues et 70 % estimaient qu’ils étaient en meilleure santé. 

41 Cooper Square Building, New York

41 Copper Square Building, New York, Morphosis.
Photo : Iwan Baan

Conçu par la firme d’architectes Morphosis, le 41 Cooper Square Building accueille notamment l’École d’ingénieurs de l’université privée Cooper Union. Situé dans l’East Village de Manhattan, il a servi d’étude de cas au Center for Active Design de New York, explique Pavel Getov, architecte du bâtiment. Au même titre que le siège social du Département des transports de Californie, situé à Los Angeles, et l’édifice principal de l’administration fédérale de San Francisco, également conçus par Morphosis.

« Ces trois immeubles appliquent le concept du skip-stop elevator, explique Pavel Getov. Le concept est simple : les ascenseurs s’arrêtent à un étage sur trois. Cela favorise l’activité physique en encourageant l’utilisation des escaliers. » En effet, les usagers doivent se servir de leurs jambes s’ils veulent se rendre à un étage non desservi par les moyens mécaniques. Des ascenseurs qui s’arrêtent à chaque étage sont cependant à la disposition des personnes à mobilité réduite.

À l’intérieur, le vaste atrium et le grand escalier qui accueillent les visiteurs jouent le rôle d’une place publique verticale, précise l’architecte : « C’est un espace central qui favorise l’échange social, intellectuel et créatif de façon informelle. » La première volée d’escaliers permet d’accéder à quatre étages. Pour rejoindre les niveaux supérieurs du bâtiment (jusqu’au neuvième), des escaliers secondaires traversent l’atrium tels « des ponts dans le ciel ». Une « discontinuité » destinée à accroître les possibilités de rencontres.

Si le principe des ascenseurs intermittents a préoccupé les responsables de l’université lors de la phase de conception du projet, les craintes ont été levées une fois le bâtiment mis en service, explique Pavel Getov : « Le concept a reçu un soutien croissant de la part des usagers et le grand escalier est devenu le salon et le cœur de l’école. »

EEEL, Calgary

Bâtiment Energy Environment Experiential Learning de l'Université de Calgary, Dialog Design et Perkins+Will. Photo : Tom Arban Photography

Depuis 2011, le bâtiment Energy Environment Experiential Learning (EEEL) de l’Université de Calgary accueille des étudiants de premier cycle dans six disciplines scientifiques et technologiques.

Au cœur de l’édifice conçu par l’équipe de Dialog (en consortium avec la firme Perkins+Will), un large escalier ponctué de plusieurs paliers dessert trois étages. Baptisé social stair, il occupe un vaste atrium baigné de lumière naturelle. « Nous l’avons imaginé comme un lieu de socialisation, de rassemblement et d’étude », précise Jim Goodwin, architecte principal chez Dialog.

Tout le long de cet escalier, on peut s’asseoir sur les larges gradins en bois situés en son centre ou encore sur les fauteuils présents sur chacun des paliers. « Les étudiants s’y retrouvent même pour suivre des conférences ou des matchs de hockey sur l’écran géant installé sur l’un des murs de l’atrium », souligne l’architecte.

À chaque étage, les laboratoires d’enseignement et de recherche sont entièrement vitrés, en façade comme à l’intérieur du bâtiment. « La lumière du jour pénètre directement dans l’atrium grâce à ce jeu de transparence », explique Jim Goodwin.

Pas étonnant que, pour rejoindre leur salle de classe, les étudiants soient naturellement attirés par cet espace plutôt que par les ascenseurs. Le fameux escalier est ainsi l’un des nombreux éléments qui contribuent à réduire la consommation d’énergie du bâtiment : celle-ci y est 68 % moins élevée que dans un immeuble conventionnel. L’édifice a d’ailleurs été certifié LEED Platine en 2012.