Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

MunicipalitésQuête de sens

Une rue d'Oswestry (Royaume-Uni). Photo : Active Oswestry

Les autorités publiques telles les municipalités et les MRC doivent prendre les grands moyens pour faire bouger les usagers de leurs environnements et de leurs bâtiments, affirme l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Le font-elles ? C’est une autre paire de manches.

Martine Roux 

Une bibliothèque en bordure d’une autoroute, à Beauport. Un CLSC accessible presque uniquement en voiture, à Belœil. De nouveaux quartiers qui sortent de terre sans que quiconque ne songe à leur greffer des trottoirs. Vraiment, en 2016 ? « C’est la norme plutôt que l’exception », dit l’urbaniste Claudia Bennicelli, conseillère en aménagement chez Vivre en Ville.

« On voit beaucoup de bonnes intentions de la part des instances publiques, comme la création de tables sectorielles sur les modes de vie physiquement actifs et les saines habitudes de vie. Mais dans les faits, leurs actions sur le terrain sont souvent incohérentes. Elles ont un rôle d’exemplarité qu’elles ne jouent pas nécessairement. »
 

Des percées

Les bonnes intentions, Denis Marion en est témoin. Maire de Massueville, un village sis à une trentaine de kilomètres de Sorel-Tracy, consultant pour l’organisme Québec en Forme, vice-président du conseil d’administration de l’INSPQ de même que de celui du Réseau québécois des villes et villages en santé, il est au cœur des efforts de sensibilisation aux saines habitudes de vie. Pour lui, les élus municipaux prennent conscience de leurs responsabilités en matière d’environnements favorables à la santé.

« Au Québec, il y a plus de 4000 organismes et institutions engagés envers la création d’environnements favorables à la santé. Tout le monde s’y met, y compris des organisations comme l’Union des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités, l’Association des directeurs généraux des municipalités du Québec et les MRC. Il y a plein d’initiatives en ce sens même si, pour l’instant, elles ont surtout abouti à de petits changements dans nos villes. »

Changement d’ère

Bullitt Center, Seattle, Miller Haul Partnership. Photo : Taomeister

C’est aussi l’avis d’Anne Juillet, chargée de projet et de développement au Centre d’écologie urbaine de Montréal, dont la mission de développement de pratiques urbaines exemplaires déborde du cadre métropolitain. Au cours des dernières années, l’organisme a accompagné diverses communautés de 12 régions différentes afin de les aider à réaménager les milieux de vie. Par exemple, dans le cadre du projet Réseau Quartiers verts, il collabore avec la Ville et les citoyens de Shawinigan à la revitalisation d’un ancien quartier ouvrier.

« On progresse au Québec en matière de design actif, même si concrètement, on ne voit encore rien d’éclatant. Il y a une volonté réelle des citoyens de s’impliquer dans leur ville, de faire en sorte qu’elle soit plus accessible et facilite les transports actifs et la saine alimentation. »

Les employés municipaux sont eux aussi plus sensibilisés aux environnements actifs, note-t-elle. Par exemple, des ingénieurs de Brossard ont mis en place une procédure afin de réaménager des quartiers auparavant sans trottoirs. Leurs collègues lavallois planchent sur un concept de trottoir qui permettrait d’éviter l’effet « mal de mer » créé par la multiplication des bateaux de porte (ou « entrées charretières ») devant les allées de garage. Et à Salaberry-de-Valleyfield, tout nouveau projet de construction ou de réfection d’infrastructures est articulé autour des besoins des piétons et des cyclistes (voir  « Donner envie de bouger »).

Pour ce qui est des bâtiments qui font bouger – escaliers attractifs, espaces de circulation, cuisinettes conviviales, etc. –, ils se font encore rares, selon Claudia Bennicelli. Bien que ce ne soit pas sa spécialité, l’urbaniste remarque que lors de la programmation d’un nouveau bâtiment, les grands donneurs d’ouvrage ont surtout tendance à intégrer des installations favorisant le transport actif, tels les supports à vélos, les douches et les casiers.

Et que ça bouge!

Rue Simon-Dach, Berlin. Photo: La Citta Vita

Les initiatives des différents acteurs publics en matière d’environnements actifs sont-elles suffisantes ? Chose certaine, elles devraient s’inscrire dans une vision d’ensemble mieux définie, estime Claudia Bennicelli. « Par exemple, une politique d’accessibilité aux infrastructures publiques [qui assurerait leur répartition autour d'axes centraux] permettrait d’éviter de construire de nouveaux équipements publics loin des milieux de vie. »

L’organisme prône également l’adoption de zonages mixtes afin d’inclure davantage de commerces au rez-de-chaussée des bâtiments publics, une mesure qui favorise aussi l’activité physique par le transport actif.

Pour Éric Robitaille, chercheur à l’INSPQ, une révision de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme pourrait inciter les MRC et les municipalités à inclure les principes du design actif dans leurs schémas d’aménagement et plans d’urbanisme.

Le Québec est mûr pour passer à la vitesse supérieure, croit Anne Juillet. « Maintenant qu’on voit tout plein d’initiatives à droite et à gauche, comment en fait-on quelque chose de structurant afin de créer un effet d’entraînement ? Faut-il un cadre règlementaire ? On est rendu là dans la réflexion. » 

Aux acteurs publics de faire pencher la balance.