Esquisses, vol. 26, no 3, automne 2015

Centre culturel de l’EstérelNouvelles inquiétudes


Hélène Lefranc

La saga entourant l’avenir du centre culturel du domaine de l’Estérel se poursuit. Le conseil municipal de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson a abrogé, le 21 juillet dernier, la citation de bien patrimonial qu’il avait accordée en janvier 2014 à certaines parties du bâtiment, notamment l’arrière. À cette citation, s’était ajouté, au printemps 2014, le classement par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) de la salle de bal en arrondi, de l’escalier et de l’enveloppe extérieure, qui eux, restent classés, tout comme demeure en vigueur l’aire de protection sur le terrain environnant.

La décision de retirer la citation, précédée de consultations publiques, est motivée par plusieurs facteurs. Inquiète pour cet emblème de l’architecture moderne, la municipalité affirme vouloir ainsi faciliter l’émergence d’un projet qui permettra l’utilisation et la restauration de l’édifice. Sans projet, la sauvegarde du bâtiment semble en effet compromise. Il s’agit également d’un geste de bonne volonté envers HBO Construction, qui a racheté le site à la Ville en octobre 2013. Cette entreprise prévoyait y construire 56 appartements mais, arguant que la citation municipale l’en empêchait, elle a intenté une poursuite de 8 M$ contre Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Au moment d’écrire ces lignes, la Ville espérait donc que le promoteur retire sa poursuite.

Même s’il peut comprendre, André Émond, président de la Société d’histoire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et de l’Estérel (SHSME), a l’impression que « la Ville a cédé sous la pression ». Il est inquiet. « L’abandon de la citation n’est pas une bonne nouvelle, car elle donne davantage de latitude au promoteur », selon lui.

Depuis le rachat, HBO laisse le bâtiment à l’abandon, et la dégradation s’accélère. La Ville, la SHSME et les experts de Docomomo, organisme voué à la protection de l’architecture moderne au Québec, s’entendent pour dire qu’un second hiver sans entretien ni chauffage serait catastrophique. Rappelons que le centre culturel est l’un des derniers vestiges du domaine de l’Estérel, station de villégiature huppée des Laurentides construite dans les années 1930 par l’architecte belge Antoine Courtens pour le baron Louis Empain. Il est considéré comme le berceau du patrimoine moderne québécois et le premier centre commercial du Canada.

Jean-François Albert, directeur général de la municipalité, souligne que le classement gouvernemental protège de facto une bonne partie du centre culturel. Il compte donc sur le MCC, qui doit publier incessamment son plan de conservation, pour le faire respecter. Pour dissiper les inquiétudes et faire taire les critiques, il assure que la Ville ne se désintéresse pas du dossier et dispose encore de moyens d’action. En effet, le nouveau propriétaire – qui a acheté l’ensemble pour 100 000 $ au lieu de 800 000 $ comme prévu initialement – est tenu par l’acte de vente de réaliser le projet déposé à l’époque.

André Émond attend également avec impatience la publication du plan de conservation. « Il faut voir dans quelle mesure ce plan va permettre de protéger l’édifice. Je comprends que ça prenne du temps de le rédiger, mais ça fait déjà un an et demi que l’exercice est en cours. » En attendant, la SHSME a demandé une rencontre avec HBO afin de tenter de l’intéresser au projet concurrent qu’elle avait déposé en 2012. « On ne laisse pas tomber », conclut-il.

Dossier à suivre !

 

En-tête : Centre culturel du domaine de l’Estérel, Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, Antoine Courtens. Photo : Martine Roux