Esquisses, vol. 26, no 3, automne 2015

ÉditorialAu-delà de la note de passage

Nathalie Dion, présidente, Ordre des architectes du Québec

 

Élève en progrès, mais pourrait faire mieux », voilà l’appréciation qu’on pourrait attribuer au Québec dans la gestion immobilière de ses écoles.

Bien sûr, depuis que le gouvernement évalue mieux l’état de ses infrastructures et qu’il planifie ses investissements sur 10 ans, nous avons, en tant que société, une meilleure vision des besoins à moyen terme, et les budgets prévus augmentent en conséquence. Il a été décidé notamment – devant de graves problèmes telles les moisissures dans les écoles montréalaises – de mieux entretenir les actifs et de rattraper progressivement le retard.

C’est bien, mais il faut aller plus loin. La planification, ce n’est pas seulement inscrire des chiffres dans le Plan québécois des infrastructures chaque fois que la demande urgente d’une commission scolaire est acceptée par le ministère de l’Éducation. C’est aussi, quand survient un projet de nouveau quartier, penser à prévenir la commission scolaire et réserver un terrain.

Au fond, comme dans la pédagogie traditionnelle, chacun fait ce qu’il peut dans son coin, sans coordination, sans vision d’ensemble. Il faut commencer à travailler en équipe. Les enjeux dépassent d’ailleurs largement l’éducation, puisqu’ils touchent la fiscalité municipale et l’aménagement du territoire.

Autre compétence à améliorer : l’élaboration des programmes de construction des écoles. Certains éléments sont acquis – prise en compte de l’environnement, de la durabilité, de la sécurité et de l’entretien –, mais on oublie l’essentiel : concevoir des lieux qui favorisent et stimulent l’apprentissage. C’est comme si les acteurs concernés – ministère et commissions scolaires – faisaient leurs devoirs sans comprendre le but de l’exercice. Certes, ils sont sur la bonne voie pour quelques aspects précis (il y a du rangement et de la lumière naturelle dans les gymnases !). On aimerait cependant qu’ils soient plus allumés, plus curieux de ce qui se fait ailleurs, plus à l’écoute des besoins pédagogiques et de l’avis des futurs usagers.

C’est la même chose pour les budgets, qui sont corrects, sans plus. Le gouvernement s’en tient à l’entrepreneur dont la soumission est la plus basse et à la surveillance partielle du chantier. Les délais sont à l’avenant : il est possible de concevoir et de construire dans les temps, mais on tente d’écourter chaque étape. Bref, on s’y prend à la dernière minute et on fournit le travail suffisant pour réussir l’examen – des locaux à coût modéré –, mais on ne se place pas en position d’obtenir cet A+ qui représenterait la meilleure qualité possible ou l’avant-gardisme.

La solution ? Je pourrais vous parler une fois de plus de concours d’architecture et de politique nationale de l’architecture. Je voudrais plutôt inviter à une grande réflexion embrassant tous les sujets précédemment abordés.

Le professeur – le ministère – doit être plus exigeant. Il doit s’appuyer sur la bonne volonté, les compétences, les spécificités de chacun : équipes des commissions scolaires, architectes, ingénieurs, professeurs, élèves, parents et municipalités. Il doit mettre des outils à la disposition de sa classe : souplesse dans l’encadrement, valorisation de l’innovation, budgets et délais améliorés, etc.

Il faut arrêter de placer les commissions scolaires dans une position impossible – choisir entre une école sur mesure en payant les honoraires professionnels habituels ou faire davantage sur le plan du développement durable. Dès lors, il est peu étonnant que certaines décident de racheter au tiers du prix des plans déjà faits. Élèves, enseignants et autres acteurs devraient avoir droit aux deux : la conception adaptée au contexte et le développement durable. Ce serait plus rentable sur la durée : le milieu serait plus attractif, les élèves réussiraient mieux et les bâtiments coûteraient moins cher à exploiter.

Oui, le Québec obtient la note de passage dans l’entretien et la construction de ses bâtiments scolaires. Pour ma part, je considère que c’est insuffisant pour se préparer, en tant que société, aux défis qui nous attendent, surtout dans un monde où le savoir des citoyens est la meilleure garantie d’un futur prospère. Il vaudrait mieux viser l’excellence.

Il y a de quoi se poser des questions quand on lit, dans un avis d’attribution de contrat de gré à gré pour le rachat de plans en vue de la construction d’une école, que l’intérêt public requiert d’éviter un appel d’offres public ! Les arguments mis de l’avant sont les économies, l’amélioration des délais et la réduction des risques associés à la réalisation des travaux.

Comme si la recherche d’innovation et de qualité, la prise en considération des besoins spécifiques, un processus équitable dans l’attribution des contrats publics et le soutien de la relève ne comptaient pas. En quoi le fait de cautionner la mauvaise planification en accordant des dérogations pour éviter les appels d’offres est-il synonyme d’intérêt public ? C’est, au contraire, un encouragement à la paresse.

 

On ne souhaite pas ça pour nos enfants.