Esquisses, vol. 26, no 3, automne 2015

Intégration des technologiesProchaine génération

Classe du futur (mention spéciale dans le cadre du concours australien Future Proofing Our Schools), LAVA


Les méthodes d’enseignement et les technologies qui les accompagnent évoluent à la vitesse de l’éclair. L’architecture doit-elle s’y adapter ?

Martine Roux

 

Entrer dans la classe de 2e année de madame Audrey, à l’école Marguerite-Bourgeoys de Pointe-Claire, c’est comme pousser la porte d’un café Internet. Bureau du prof ? Inexistant. Regroupés en mini-cellules, les enfants s’affairent à des tâches diverses tandis que l’enseignante circule de l’un à l’autre. Certains ont un casque d’écoute sur les oreilles; tous ont une tablette numérique entre les mains. Nous sommes dans une iClasse, un modèle pédagogique d’intégration des technologies numériques au primaire misant sur une gestion de classe participative.

Audrey Allard a pris ce virage il y a un peu plus de deux ans et a aménagé sa classe en conséquence. Par exemple, à certains endroits, l’enseignante a installé des tapis de mousse où un enfant peut s’isoler devant un tableau ou un écran placé à sa hauteur. Elle peut ainsi approfondir avec lui un élément pédagogique sans pour autant pénaliser le reste de la classe.

Est-ce l’école de l’avenir ? La technologie évolue si vite qu’il est difficile de le prédire, constate Marie-France Morin, titulaire de la Chaire de recherche apprentissage lecture et écriture de l’Université de Sherbrooke. « On aura peut-être demain des écrans roulés dans nos poches arrière ! Actuellement, personne n’est en mesure d’imaginer les futurs dispositifs technologiques qui serviront à écrire ou à lire. »

Pour l’heure, au Québec, l’intégration des technologies numériques au primaire et au secondaire relève de l’initiative des enseignants et des écoles. Jusqu’ici, l’apport du ministère de l’Éducation dans ce domaine a consisté à équiper toutes les classes québécoises d’un tableau blanc interactif, en 2011. Or, l’usage de cet outil demande souvent de plonger le local dans l’obscurité afin de faciliter la lecture au tableau. Au revoir la lumière naturelle, qui a un impact bénéfique à la fois sur la santé et sur les résultats scolaires (voir « Conseils d’orientation ») ! « L’aménagement de nos écoles trahit une forme de confusion », remarque François Dufaux, professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval.

 

 

Classe du futur (mention spéciale dans le cadre du concours australien Future Proofing Our Schools), LAVA

Mot-clé: flexibilité

À défaut de prévoir les nouvelles méthodes d’enseignement ou les technologies qui les accompagneront, les concepteurs doivent miser sur la flexibilité des salles de classe, suggère une étude publiée en 2015 par l’Université de Salford, près de Manchester. Selon les chercheurs, qui s’intéressaient aux facteurs de design et d’architecture favorisant la performance scolaire, les classes du premier cycle du primaire permettant un type d’aménagement tel celui de madame Audrey, avec de multiples zones d’apprentissage, sont clairement un gage de réussite, entre autres parce que les pédagogies destinées aux jeunes élèves sont souvent basées sur le jeu individuel ou en équipe.

Architecte associé chez CCM2 Architectes, Mathieu Morel constate déjà cette tendance et adapte son travail en conséquence. « Les clients nous demandent de plus en plus des espaces adaptables, notamment avec du mobilier qui se déplace facilement, comme des chevalets et des meubles de rangement sur roulettes. Les pupitres et les chaises font encore partie du décor, mais pour le reste, on s’éloigne progressivement des classiques. »

À tel point qu’aux États-Unis, certaines écoles secondaires publiques ont mis de l’avant le concept de classe... sans enseignant ! Bien installé chez lui, ce dernier est visible sur un grand écran lorsqu’il s’adresse au groupe, ou dans une fenêtre ouverte sur l’ordinateur d’un étudiant lors de discussions individuelles. Qui sait si un jour, les écoles elles-mêmes ne disparaîtront pas du paysage...