Esquisses, vol. 26, no 3, automne 2015

RéhabilitationMauvaises réponses

Collège Marie-de-l’Incarnation, Trois-Rivières. Photo : Christian Brousseau


Les écoles malsaines n’ont pas forcément un problème d’enveloppe. La méconnaissance du patrimoine, les réparations à l’aveuglette et l’évolution des usages peuvent aussi leur pomper l’air.

Martine Roux

 

Des services de garde déplacés dans des sous-sols où le taux d’humidité relative avoisine les 70 %. Des planchers de bois pourris par les bottes mouillées de générations d’écoliers. Des réparations de fortune sur les systèmes mécaniques ayant pour effet d’inverser les différentiels de pression.

Rayon incongruités, l’architecte et consultant Richard Trempe, vice-président du Conseil et laboratoire en enveloppe du bâtiment, en voit de toutes les couleurs dans les écoles québécoises datant de la première moitié du 20e siècle. Dans la foulée de la décision de démolir l’école primaire Baril – un établissement du quartier Hochelaga-Maisonneuve fermé depuis 2011 pour cause de moisissures et en voie d’être reconstruit –, la Commission scolaire de Montréal l’a mandaté afin d’établir une procédure pour uniformiser la réhabilitation des écoles patrimoniales.

Tout un contrat. Car pour l’heure, l’improvisation est reine. Si plusieurs écoles sont délabrées, c’est que les différents spécialistes du bâtiment interviennent de façon inappropriée lors de travaux de rénovation, selon lui. « On ne sait pas comment entretenir les anciens systèmes de construction, qui sont complètement différents de ceux d’aujourd’hui. »

 

 

Colllège Saint-Charles-Garnier, Québec. Photo : Morgan

Leçons du passé

Plusieurs de ces systèmes n’en sont pas moins ingénieux, remarque-t-il. Par exemple, certains murs massifs sont munis de cavités qui aspirent l’humidité vers l’extérieur et assèchent naturellement le bâtiment. Autre démonstration du génie des anciens : des vestiaires équipés de bassins drainant l’eau des bottes et des vêtements mouillés, et percés de fenêtres afin que l’humidité s’échappe au-dehors. « La plupart des écoles ont démoli ces vestiaires pour agrandir les classes et ont opté pour les crochets dans le corridor. Mais nos analyses ont montré que le bois et les matériaux sous les planchers des corridors étaient souvent contaminés par l’humidité. »

D’où l’importance de traiter le bâtiment comme un écosystème, ajoute l’architecte. « On cible souvent l’état de l’enveloppe comme étant la source de divers problèmes, mais ce n’est qu’un élément parmi d’autres pour juger de la performance globale du bâtiment. Il faut tenir compte de l’évolution des usages ainsi que de l’historique des réparations. »

La question à cent piastres : comment rendre le bâtiment sain, confortable et efficace sur le plan énergétique avec une vieille enveloppe ? « Il est très difficile d’atteindre des niveaux élevés à ces égards à coût abordable, note Richard Trempe. L’implication du propriétaire est primordiale. Comme architecte, on doit bien faire comprendre les limites possibles de l’intervention. »

Le vieillissement des écoles représente une excellente occasion de mieux comprendre les bâtiments patrimoniaux, ajoute-t-il. « Il n’y a malheureusement pas de guide “ce qu’il faut faire” (ou “ne pas faire” !) notamment parce que les expériences de réhabilitation ne sont pas documentées. Pour l’instant, c’est du tâtonnement repensé par tout un chacun. Par son étendue et la diversité des systèmes constructifs, le patrimoine scolaire ouvre la voie à une telle réflexion. »

À défaut de mode d’emploi, l’architecte doit mener une enquête approfondie, avance Richard Trempe. « L’étude de l’évolution des usages – auprès du concierge et du propriétaire – est l’une des clés d’une réhabilitation réussie. Ensuite, pour comprendre le fonctionnement des enveloppes de l’époque, il faut évaluer leur performance en réalisant des relevés non seulement à l’extérieur – thermographie, tests de mouillage, etc. –, mais aussi à l’intérieur, notamment en retirant les revêtements de sol pour juger de l’état des matériaux. Cela nous permet de déterminer le potentiel et les limites de réhabilitation. »

 

Le syndrome de l’écureuil

Professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval, son collègue François Dufaux fait un constat similaire. Les usages et la façon dont les écoles sont occupées influent grandement sur la qualité de l’air, note-t-il dans le cadre de travaux sur la réhabilitation du patrimoine qu’il mène conjointement avec des collègues français.

Ainsi, les classes sont surchargées de matériel, selon ses observations. Et comme plusieurs enseignants du primaire occupent le même local pendant une partie de leur carrière, ils y entassent des quantités phénoménales d’objets. « C’est super encombré, voire désordonné, de sorte que les classes sont difficiles à nettoyer. On y fait rarement le ménage de fond en comble. »

Par ailleurs, les enfants restent beaucoup plus longtemps à l’école qu’il y a quelques décennies, poursuit-il. La plupart y mangent le midi, et plusieurs fréquentent le service de garde avant ou après la classe. « Comme on n’a pas de tradition de réfectoire, on leur sert un repas ou une collation à toutes sortes d’endroits : au gymnase, dans une salle désignée, parfois carrément dans leur classe. Après, on se plaint des problèmes sanitaires... C’est un vieux classique : il est beaucoup plus facile d’accuser le bâtiment que les occupants. »

 

En-tête: Collège Marie-de-l'incarnation, Trois-Rivières. Photo: Christian Brousseau