Esquisses, vol. 26, no 3, automne 2015

MultimédiaLivres et applications

 

Solid Wood: Case Studies in Mass Timber Architecture, Technology and Design

Joseph Mayo

Ce beau livre consiste en un plaidoyer pour la construction de bâtiments multiétagés en bois massif. En plus d’offrir un aperçu historique de la construction en bois, Joseph Mayo, un architecte de Seattle, présente le travail inspirant de concepteurs qui utilisent ce matériau pour la structure d’immeubles imposants. Chaque chapitre se penche sur un pays différent, puisque la règlementation varie d’un endroit à l’autre, tout comme le climat. Les projets présentés sont variés : bibliothèque, pavillons universitaires, sièges sociaux et immeubles résidentiels. Le contexte et le travail de conception sont présentés en détail, tandis que des plans et des photos de chantier ajoutent à la compréhension des projets. Avec les changements règlementaires permettant l’utilisation du bois dans la structure de bâtiments de cinq et six étages au Québec, ce livre tombe à point.

Routledge, 2015, 358 pages

 

 

 

100 Contemporary Concrete Buildings

Philip Jodidio

Il y a un an, Esquisses y consacrait un dossier : le béton, matériau artificiel le plus utilisé au monde, existe depuis l’Antiquité, mais c’est son perfectionnement et l’avènement du béton armé, au 19e siècle, qui en ont fait LE matériau de l’architecture contemporaine. L’éditeur Taschen entreprend ici de faire le tour des projets emblématiques ayant mis le béton en vedette au cours des 15 dernières années. Si on ne peut échapper aux Calatrava, Hadid et autres starchitectes, on s’attardera davantage, en feuilletant les deux volumes du coffret, à la découverte de nouveaux noms, de nouvelles utilisations du béton ou aux différents aspects qu’il peut prendre. On croirait ainsi la maison Fosc (Chili) recouverte d’algues, l’Atelier Bardil (Suisse) fabriqué en bois, le théâtre Thalia (Portugal) construit en terre ou le centre d’art Nottingham Contemporary (Royaume-Uni) décoré d’acier. Surprenant.

Taschen, 2015, 734 pages

 

 

The Condo Game

Helen Slinger et Lionel Goddard

En 2011-2012, la chute d’une trentaine de panneaux de verre provenant de nouvelles tours de condos du centre-ville de Toronto a mis la puce à l’oreille aux réalisateurs de ce documentaire, initialement diffusé en novembre 2014 à l’émission Doc Zone de la CBC. La construction de ces bâtiments aurait-elle été bâclée ? Leur enquête a permis de découvrir que les acheteurs des unités en cause sont les véritables dindons de la farce dans une course au profit qui se joue de toute notion d’intérêt public. Heureusement, la règlementation sur la copropriété a récemment été resserrée en Ontario, et la Ville de Toronto semble vouloir mieux encadrer le développement de ses quartiers. Mais les tours construites durant les années de laxisme, dont l’entretien est laissé à des copropriétaires pas toujours compétents en la matière, pourraient bien être des taudis en devenir. Une histoire qui trouvera certainement quelques échos à Montréal.

Doc Zone, CBC, novembre 2014, 45 min

 

 

Le temps des bâtisseurs – Le visionnaire

Louis Caron

Voici un roman qui n’a pas grand-chose à voir avec les livres recensés habituellement dans ces pages. Mais il y est tout de même question d’architecture en filigrane. L’auteur québécois primé Louis Caron, lui-même descendant de plusieurs architectes, publie le premier tome d’une trilogie qui plonge le lecteur dans la deuxième moitié du 19e siècle. On y suit les traces de Frédéric Saintonge et de son fils qui fuient L’Islet-sur-Mer – et leur famille – pour vivre en Illinois. Ces libres penseurs finiront par travailler tous deux à concevoir des bâtiments en même temps qu’ils se reconstruisent une vie. Ce roman contient tous les ingrédients d’une bonne saga familiale campée dans les temps anciens : une histoire d’amour, des trahisons, des curés véreux et un héros nageant à contre-courant. Pour les amoureux du genre.

Édipresse/L’Archipel, 2015, 331 pages

 

 

 

 

 

Le devenir des églises : Patrimonialisation ou disparition

Sous la direction de Jean-Sébastien Sauvé et Thomas Coomans

Cet ouvrage fait suite à une rencontre internationale ayant réuni une vingtaine de jeunes chercheurs qui s’intéressent au sort des églises délaissées faute de fidèles. Parmi les textes que cet atelier de réflexion a suscités, neuf ont été sélectionnés pour enrichir la collection « Nouveaux patrimoines » des Presses de l’Université du Québec. Les sujets réunis sont variés : un chapitre s’intéresse, par exemple, à la transformation des églises chrétiennes en lieux de culte pour d’autres religions. Un autre compare les réactions des professionnels du bâtiment et du public en général devant la transformation de la vocation des églises. Une étude de cas se penche quant à elle sur la cathédrale médiévale norvégienne de Nidaros, dont on a su préserver l’intégrité physique et fonctionnelle à travers les époques. Le propos est toujours bien vulgarisé et, donc, accessible à tous... à condition de lire l’anglais, car quatre chapitres sont écrits dans la langue de Shakespeare. Des résumés en français les accompagnent.

Presses de l’Université du Québec, 2014, 234 pages

 

 

 

 

Désastres urbains : les villes meurent aussi

Thierry Paquot

Écrit par un philosophe français, ce livre fustige cinq types de constructions érigées au nom du progrès et de la productivité, mais qui n’ont pour seul but que la rentabilité : les grands ensembles résidentiels, le centre commercial, le gratte-ciel, la gated community, les « grands projets ». Le propos est nourri par les observations de l’auteur et de nombreuses références artistiques, sociologiques, techniques ou encore historiques. Il en ressort un constat accablant pour ces lieux qui finissent par uniformiser et déshumaniser le territoire, aggravant les inégalités sociales et les problèmes écologiques, en plus d’aliéner profondément les citoyens. Cet ouvrage, qui se veut combatif, appelle à la « politisation des débats sur l’architecture ». Les architectes ne sont pas les seuls acteurs égratignés, mais ils sont présentés comme étant assujettis aux technocrates ou dotés d’une naïveté souvent empirée par un manque d’humilité. Ouch !

La Découverte, 2015, 226 pages

 

 

 

 

Architecture on the Web: A critical approach to communication

Sous la direction de Paolo Schianchi

Il y a à peine quelques années, seuls les ouvrages et revues spécialisés discouraient sur l’architecture. Aujourd’hui, n’importe qui ayant un compte Twitter ou Instagram peut en faire autant. Que l’on discute davantage d’architecture sur la place publique est en soi une bonne chose, mais les images que l’on partage en ligne en disent peu sur l’expérience des utilisateurs ou sur l’intention des concepteurs. D’où l’importance pour ces derniers de transmettre des messages clairs, qui sauront trouver leur cible dans ce maelström. Instigué par l’architecte, professeur et rédacteur en chef du portail Floornature.com, cet ouvrage collectif décortique la mise en scène de l’architecture sur le Web en plus de livrer quelques principes d’écriture et de branding propres à ce médium. Un chapitre présente les témoignages de plusieurs architectes, photographes et spécialistes de la communication et un autre traite de l’art d’alimenter un site sur l’architecture. Une lecture qui permet de prendre du recul dans un contexte de communication où tout évolue très vite.

Libreriauniversitaria.it, 2014, 214 pages

 

 

 

Architecture iconique : Les leçons de Toronto

Guillaume Éthier

Les projets d’architecture signature, comme celui du Musée Guggenheim à Bilbao, ont profondément marqué les années 2000. Ils ont créé un engouement inédit des acteurs politiques et du public envers l’architecture, pour le meilleur et pour le pire. Guillaume Éthier, docteur en études urbaines, se penche sur le cas de Toronto pour analyser le phénomène. Comme 11 bâtiments culturels d’importance ont été construits, rénovés ou agrandis dans la Ville reine au cours de la dernière décennie (dont le plus insolite, le Sharp Centre for Design, est surnommé « le dalmatien » !), il s’agit d’un terrain de recherche riche. L’auteur a ainsi pu mettre en lumière le lien entre la starchitecture et la quête d’une identité nouvelle à Toronto, qui tente de se défaire de son étiquette de ville monotone. Un livre bien structuré et bien documenté, qui s’intéresse même aux surnoms donnés à la ville à travers les époques pour étudier en profondeur le contexte sociologique qui a vu apparaître ces icônes architecturales.

Les Presses de l’Université du Québec, 2015, 265 pages

 

 

 

Frank Lloyd Wright

Bruce Brooks Pfeiffer et Peter Goessel

Ce gros livre sur le célèbre architecte – né en 1867 et mort en 1959 – est une compilation de l’immense monographie en trois volumes parue récemment. Si le bouquin n’a rien d’original, il comblera les admirateurs de Wright et permettra aux profanes de découvrir son œuvre, marquante pour l’architecture nord-américaine. Outre la biographie documentée de l’architecte, les projets présentés par de nombreuses illustrations permettent de percevoir l’évolution de son travail au fil du temps : simplification des lignes des bâtiments, retour à l’essence des matériaux, dialogue affiné avec la nature et généralisation des plans ouverts. En toile de fond : sa fascination pour le Japon et la modernité. On retient aussi son travail sur le mobilier, ainsi que son souci du détail, dont témoignent entre autres les vitraux et les aménagements paysagers. Il est vrai que ses riches clients avaient les moyens de se payer de la qualité !         

Taschen, 2015, 508 pages