Esquisses, vol. 27, no 4, hiver 2016-2017

Processus de conception intégréeMieux travailler avec les urbanistes

Qui n’a jamais vu son projet refusé par l’urbaniste d’une ville pour cause de non-conformité ? Pourtant, inclure cet acteur en amont de la conception permet de s’en faire un allié.

Andréane Girard, responsable, Communication et stratégies marketing au CFDD

Avec ses 15 étages et ses 35 000 m2, la Cité Desjardins de la coopération représente une implantation d’une envergure considérable dans une ville comme Lévis. L’ingénieur André Roy, anciennement directeur de projet des Placements immobiliers du Mouvement Desjardins et actuellement formateur au Centre de formation en développement durable (CFDD), a été étroitement associé au projet, qui s’est concrétisé en 2011 : « Nous avons travaillé de près avec l’urbaniste municipal et le service du génie, qui faisait partie de l’équipe de projet. Grâce à cela, nous avons pu déplacer une rue, de manière à implanter les infrastructures de façon plus logique, pour le bien du projet. Par le fait même, la Ville a pu moderniser les infrastructures des services publics, en plus de créer un parc semi-public. »

Normand Hudon, architecte associé chez Coarchitecture, concepteur du projet et formateur au CFDD, croit que la vision partagée entre les différents acteurs a grandement facilité la collaboration. « Ce qui nous a permis de travailler ensemble, c’est que nous étions tous d’accord sur ce que représentait le succès du projet. »

En incluant l’urbaniste municipal dans un processus de conception intégrée, on peut arriver à un projet novateur et durable en respectant les délais, confirment les experts.

On peut également faire appel à un urbaniste consultant en amont de la conception, fait remarquer Louis-Michel Fournier, urbaniste, associé fondateur de L’Atelier Urbain et formateur au CFDD. En discutant avec la Ville, celui-ci peut apporter des arguments supplémentaires à ceux de l’architecte « en traitant du territoire d’implantation, des retombées sur le milieu, de la façon dont le projet répond au plan d’urbanisme », dit-il.

Revitalisation du centre-ville de Sainte-Julienne, L’Atelier urbain
Illustration: L’Atelier Urbain et Lanterne Digitale

Mieux encore, l’urbaniste consultant peut aider à raccourcir les délais si une dérogation ou une modification au règlement est nécessaire. L’architecte peut donc poursuivre son travail de conception pendant que l’urbaniste utilise son expertise pour assurer le bon déroulement du processus d’autorisation. Louis-Michel Fournier précise : « Si tu souhaites faire un projet qui sort du cadre, ce sera difficile d’obtenir l’autorisation pour passer les demandes excédentaires. En ayant l’appui d’un urbaniste qui fait la démonstration auprès de son homologue de la Ville que les impacts négatifs pour lesquels le règlement a été rédigé ne sont pas présents, les demandes seront prises en compte. » 

Alors que les contraintes réglementaires sont établies pour éviter le pire, l’urbaniste, qu’il soit consultant ou à l’emploi de la Ville, peut devenir un allié pour l’innovation. « Au lieu de faire des grilles de compatibilité qui sont strictes et limitatives, l’urbaniste peut expliquer les intérêts fondamentaux de la Ville ou d’un territoire et donner un sens à la réglementation. Quels étaient les principes d’aménagement qui ont mené à ce règlement ? Quelle est la vision à long terme du territoire dans lequel s’imbrique le projet ? » poursuit Louis-Michel Fournier. S’il a une compréhension claire du contexte réglementaire, l’architecte peut s’en servir pour nourrir son projet.

Le recours à une vision multidisciplinaire au moment de la conception promet d’être de plus en plus fréquent. À preuve, depuis septembre, la Société québécoise des infrastructures impose la conception intégrée pour les projets de 5 M$ et plus. Pour les parties prenantes, cela représente un véritable apprentissage, reconnaît Bernard Sicotte, architecte et directeur de la planification stratégique de l’organisme. « L’abandon d’un mode de conception linéaire au profit d’une approche de contributions simultanées et de recherche de consensus implique de surmonter plusieurs paradigmes, notamment en ce qui concerne les rôles et les responsabilités des participants. »

Le travail collaboratif ne peut qu’être bénéfique pour un projet à condition, conclut André Roy, « d’établir un climat de confiance et d’exclure l’esprit de confrontation ».


 

En règle avec la Loi sur le lobbyisme

Les architectes peuvent-ils contrevenir à la Loi sur le lobbyisme en collaborant avec des urbanistes municipaux ? Pour Normand Hudon, il importe de travailler selon des modalités qui respectent les règles. « Pour s’assurer d’être conforme et que les gens puissent se parler, il faut que les représentants du donneur d’ordre, qui est enregistré au Registre des lobbyistes, déclarent les rencontres de travail. » Autre option : tous les professionnels collaborant au projet s’inscrivent au Registre en employant un libellé de mandat commun. 



Pour aller plus loin

Proposant des ateliers pratiques de conception intégrée, l’activité de formation du CFDD intitulée « Les stratégies responsables : des mesures concrètes pour bâtir durable » montre comment, concrètement, il est possible de bâtir durable malgré les normes, lois et autres contraintes de l’industrie. Outre la gestion des risques propres aux architectes, on y traite de l’apport de l’urbaniste à l’équipe quand vient le temps de faire des choix qui favoriseront l’acceptabilité sociale et donneront de la valeur au bâtiment et à la ville dans laquelle il s’intègre. Un regard sur ce qui se fait ailleurs dans le monde ainsi qu’une visite de bâtiments offrent l’occasion d’observer diverses stratégies de manière critique. 

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