Esquisses, vol. 27, no 4, hiver 2016-2017

Encadrement des stagiairesL'art de guider

Le maître de stage joue un rôle essentiel dans l’essor de la relève en architecture. Comment s’acquitter de ce devoir envers la profession ?

Emmanuelle Gril

Pour plusieurs bureaux d’architectes, l’embauche de stagiaires représente une valeur ajoutée. « Ce sont généralement des personnes très motivées qui maîtrisent les derniers outils technologiques. Cela permet d’avoir tout un éventail d’expériences différentes au sein du bureau, ce qui crée un bel équilibre », témoigne Sylvie Girard, architecte associée chez CGA architectes à Montréal, firme qui regroupe environ une vingtaine de professionnels et qui recrute régulièrement des stagiaires.

Si engager un stagiaire aide à dynamiser une équipe, l’encadrer suppose diverses obligations, notamment de nature administrative. L’architecte superviseur, ou maître de stage, reçoit le rapport de stage, donne périodiquement de la rétroaction à son stagiaire et fait parvenir tous les documents requis à l’OAQ. Mais ce n’est pas tout, car il a aussi une responsabilité morale. « Son rôle consiste à former la relève. En tant qu’employeur, il doit s’assurer de fournir un contexte favorable au développement professionnel de son stagiaire », explique Sébastien Desparois, directeur de la pratique professionnelle à l’OAQ.

Développer la relève

Le Programme de stage en architecture précise que le maître de stage doit encourager le stagiaire, l’orienter et lui formuler des critiques constructives. Il doit aussi faciliter la transition entre la formation et l’exercice de la profession tout en offrant à son protégé l’expérience pratique de l’architecture exigée pour la délivrance d’un permis d’exercice. La supervision s’effectue au jour le jour et doit être ponctuée de périodes régulières de rétroaction.

« De façon générale, le stagiaire arrive chez nous plein d’énergie et de bonnes intentions. C’est ensuite à nous de bien l’encadrer afin qu’il puisse s’intégrer plus facilement dans notre milieu de travail », confirme Robert LaPierre, architecte senior principal chez Architecture49, qui compte 14 bureaux au Canada, dont un à Montréal qui emploie 17 architectes et environ 12 stagiaires sur une cinquantaine d’employés.

Atteindre les objectifs

Pavillon de soins palliatifs de Verdun, Montréal, CGA Architectes
Illustration : CGA Architectes

Les stagiaires forment une main-d’œuvre de qualité, rappelle Sébastien Desparois, et il faut s’assurer de les accompagner le mieux possible tout au long du processus de stage. Car lorsqu’ils ont le sentiment qu’ils ne progressent pas, ou que certains volets de l’apprentissage ne pourront être abordés au sein de la firme, ils n’hésitent pas à tenter leur chance ailleurs. Pour le maître de stage, leur départ peut constituer une perte de temps et d’investissement.

Valoriser les compétences des stagiaires est une bonne manière de susciter leur engagement. « Certains stagiaires ont des talents particuliers qui peuvent faire ressortir le groupe, spécialement en design. Lorsque les projets nous le permettent, nous tâchons de les aider à déployer leurs talents et à les mettre en valeur », précise Robert LaPierre.

Néanmoins, il n’est pas toujours aisé de faire coïncider le carnet de commandes et les besoins du stagiaire, qui doit répondre aux exigences de l’OAQ. Par exemple, il peut être difficile de lui offrir du temps de chantier, d’autant plus que cette tâche est généralement confiée à des architectes expérimentés.

Sébastien Desparois souligne toutefois que cette obligation est parfois mal comprise, et que certains types d’activités peuvent parfaitement s’y inscrire. Ainsi, un stagiaire peut participer en tant qu’observateur, puis préparer un rapport de suivi qui est ensuite évalué par l’architecte superviseur.

Pour sa part, Robert LaPierre mentionne que lorsque le projet le permet, le stagiaire accompagne le chargé de projet responsable de la surveillance des travaux sur le chantier. « Les stagiaires peuvent réaliser plusieurs tâches de soutien qui sont nécessaires durant la phase de construction, par exemple la revue des dessins d’atelier. Naturellement, ces tâches sont supervisées, car c’est l’architecte qui assume la responsabilité professionnelle du projet », explique-t-il.

Autonomie et suivi

Salle de l'assemblée, Université de Montréal, CGA Architectes
Photo: Yves Lefebvre

Si certains bureaux – en général les grandes organisations – offrent un encadrement plus serré, d’autres peuvent au contraire accorder une grande autonomie à leur stagiaire. Il n’y a pas réellement de « recette », ni de bonne ou de mauvaise façon de faire.

De son côté, l’architecte montréalais Guillaume Lévesque laisse une grande latitude à sa stagiaire. « Elle sait prendre des initiatives et gérer son travail de la journée. Cela favorise sa responsabilisation et sa confiance en elle. J’essaye de lui confier des tâches variées sur des projets diversifiés. Je l’emmène également avec moi aux rencontres avec les clients, car deux têtes valent mieux qu’une ! » assure-t-il.

Il précise que les outils de l’Ordre permettent d’exercer un contrôle périodique. « Les différents formulaires à remplir aident à suivre l’évolution de son apprentissage. C’est aussi l’occasion de faire des commentaires constructifs sur son travail, de s’entendre sur les aspects à améliorer ou à approfondir. »

Chez CGA architectes, en plus du suivi régulier, les stagiaires sont soumis à une évaluation annuelle au même titre que les autres employés, mentionne Sylvie Girard, ce qui permet de réaliser un bilan exhaustif et de fixer des cibles claires.

Jean-François Roussel, professeur et directeur de la maîtrise en gestion de la formation au campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke, mentionne d’ailleurs que donner de la rétroaction est un aspect très important du processus de transfert d’apprentissage. « Le maître de stage doit aussi développer la réflexivité chez l’apprenant, c’est-à-dire l’amener à réfléchir sur ses propres façons de faire, afin qu’il puisse les adapter pour atteindre ses objectifs », ajoute-t-il. Quelle est la meilleure façon de s’y prendre ? « En réalisant les tâches devant lui, en donnant des exemples et en expliquant comment et pourquoi on fait les choses », suggère Jean-François Roussel. Avec tous ces bons conseils, il ne vous reste plus qu’à vous lancer dans l’aventure !
 



Maître de stage ou mentor ?

• Le maître de stage, ou architecte superviseur, est celui qui, au sein de la firme ou du lieu de travail qui emploie le stagiaire, dirige et supervise ce dernier au jour le jour. Son rôle est de l’accompagner dans le développement de son savoir-faire.

• Le mentor, quant à lui, est un architecte ou un architecte retraité qui n’est pas à l’emploi de la firme où travaille le stagiaire. Dans l’optique de développer le savoir-être, il rencontre régulièrement le stagiaire pour discuter du déroulement du stage, de ses objectifs de carrière et, de façon générale, de toute question touchant la profession. Le mentorat n’est pas obligatoire pour le stagiaire.