Esquisses, vol. 27, no 4, hiver 2016-2017

Exigences du stagePasser à l'action

Avant d’être admissible à sa profession, le futur architecte devra réaliser un stage de 3720 heures. Conseils pour tirer le maximum  de cette expérience.

Emmanuelle Gril

Louis Babin, stagiaire chez EVOQ Architecture, compare le stage à une « plante qui grandit avec un tuteur. On progresse en se nourrissant du savoir des autres », mentionne-t-il. Mais pour y parvenir, il faut s’investir dans ses tâches. « Ce n’est pas juste une job ! On doit montrer que l’on est intéressé aux projets. On doit être curieux et allumé, le but est d’apprendre le plus possible. »

L’un des objectifs principaux du stage est de mettre en pratique la théorie acquise sur les bancs de l’université. C’est donc une occasion en or pour parfaire ses habiletés et son professionnalisme, tout en se frottant à la réalité du métier. Une excellente école qui requiert toutefois un état d’esprit particulier. 

Les attentes de l’OAQ

Pour réussir son stage, le futur architecte doit remplir plusieurs obligations vis-à-vis de son ordre professionnel (voir ci-dessous : « Les obligations du stagiaire »). Il doit lui-même trouver son milieu de stage et s’assurer que celui-ci sert bel et bien son développement professionnel, quitte à changer d’endroit si ce n’est pas le cas. « Au cours de la démarche, le stagiaire devra demander périodiquement des rétroactions à son maître de stage, et à la fin, produire un rapport démontrant qu’il a acquis l’expérience requise », explique Sébastien Desparois, directeur de la pratique professionnelle à l’OAQ.

Il ajoute que le stagiaire doit s’assurer qu’il complète les heures nécessaires dans chaque catégorie d’apprentissage. « Pour éviter les mauvaises interprétations, j’invite les stagiaires à nous contacter afin de vérifier s’ils sont sur la bonne voie », précise Sébastien Desparois.

La qualité de la démarche – et pas seulement le cumul des heures – joue dans le processus d’admission. « On peut avoir une bonne idée du profil de la personne selon sa façon de remplir son rapport de stage. Si ce dernier est détaillé, bien documenté, on sait que le stagiaire maîtrise bien le sujet. Pour d’autres, c’est plus flou, certains font même des erreurs de catégories. Ce sont des éléments auxquels on porte attention », mentionne Alexia Coupez, coordonnatrice de l’admission à l’OAQ.

Pour sa part, Jean Peters, président du comité d’admission de l’OAQ, prévient qu’il existe des milieux de travail qui sont moins propices à l’atteinte des objectifs du Programme de stage, par exemple chez certains employeurs du secteur public ou parapublic. « Si le stagiaire travaille à l’hôtel de ville au Service des permis, qu’il se borne à faire des vérifications, et n’effectue aucune recherche par lui-même, ce sera insuffisant. Il en va de même pour toutes les organisations ne réalisant pas les plans et devis d’architecture à l’interne », précise-t-il. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’OAQ limite à 940 le nombre d’heures de stage que l’on peut effectuer dans ces milieux.

Comment s’assurer de trouver le bon maître de stage ? Alexandre Hamlyn, stagiaire chez SO-IL à New York, conseille de poser des questions lors des entretiens d’embauche. « Si l’employeur semble prêt à s’investir dans l’apprentissage du stagiaire, c’est bon signe, car cela signifie qu’il comprend l’importance du stage et qu’il aidera son stagiaire à se former. »

Quant à Louis Babin, il recommande de commencer le stage le plus tôt possible, durant le baccalauréat, comme l’autorise d’ailleurs l’OAQ. « Cela permet de tester différents bureaux et de mieux cibler ce qui nous intéresse. C’est le moment ou jamais pour le faire ! »

Ce que maître de stage veut…

De son côté, l’aspirant stagiaire doit démontrer qu’il représente une valeur ajoutée pour le maître de stage. « Nous recherchons des gens rigoureux, avec l’esprit curieux, qui veulent s’engager dans l’équipe. Nous voulons aussi qu’ils possèdent de solides bases de connaissances tout en ayant le désir de continuer à apprendre. Le stage, c’est une autre sorte d’école ! » dit Sylvie Girard, architecte associée chez CGA architectes à Montréal, un bureau qui regroupe une vingtaine de professionnels. Elle ajoute que si le stagiaire fait preuve d’autonomie, il n’est pas rare qu’on lui confie progressivement de petits projets, sous supervision.

« Nous voulons des candidats ouverts aux apprentissages, ayant la personnalité et la volonté nécessaires pour se greffer à notre équipe de travail, orientée vers l’innovation et le développement durable », indique Robert LaPierre, architecte senior principal chez Architecture49.

Pour sa part, l’architecte montréalais Guillaume Lévesque s’est livré récemment à un processus de présélection plus long qu’à l’habitude afin de mettre la main sur la perle rare, qu’il a d’ailleurs réussi à dénicher. « Je recherchais une personne capable d’effectuer des tâches variées, de travailler sur différents projets en même temps, tout en sachant résister à la pression des échéanciers serrés. Puisque je pratique seul, je voulais également un stagiaire qui soit en mesure de se débrouiller lorsque je ne suis pas là, et de se charger de certaines choses, par exemple dessiner une première esquisse. »

Saisir les occasions

Pour maximiser l’apprentissage, le stagiaire Louis Babin conseille « d’enlever ses écouteurs ». « On apprend beaucoup en observant et en écoutant ce qui se passe autour de soi. Plus tard, cela peut aussi nous aider à prendre des décisions dans des situations similaires », dit-il.

Romy Brousseau, stagiaire chez Bourgeois Lechasseur, abonde dans le même sens. « Dans un petit bureau, on voit tout et on entend tout : les conversations avec les clients, les fournisseurs... On a une meilleure vision d’ensemble et c’est très formateur », assure-t-elle. Elle insiste également sur la capacité à s’intégrer à une équipe et à accepter la critique. « Il ne faut pas oublier qu’on est là pour apprendre. »

Pour sa part, Alexandre Hamlyn insiste sur l’importance de faire preuve d’initiative si l’on veut progresser et toucher aux différents volets de la profession. « Pour cela, il faut se montrer disponible, poser des questions pour prouver son intérêt, ou encore demander à assister à une réunion à laquelle le maître de stage n’avait pas pensé nous inviter », illustre-t-il.

« Les choses ne se feront pas toutes seules ! Mes patrons sont tous deux très occupés et ils aiment que je propose d’accomplir certaines tâches », indique Romy Brousseau, qui n’hésite pas non plus à leur demander leurs commentaires sur son travail afin de s’améliorer. Autrement dit, le stage, c’est de l’ouvrage ! 




Les obligations du stagiaire
Salle de rédaction de La Presse, Montréal, Architecture49 et JBC
Photo : Stéphane Brügger

• Effectuer 3720 heures de stage dans un délai de 5 ans à partir de l’inscription au registre des stagiaires (sauf dérogations).

• Acquérir cette expérience sous la supervision et la direction personnelles d’un membre de l’Ordre des architectes du Québec, et ce, dans une firme d’architectes ou dans une autre situation d’emploi admissible en architecture. Le choix du maître et du lieu de stage doit être validé par l’OAQ.

• Avant d’accepter un emploi, s’assurer que celui-ci lui procurera l’expérience requise.

• Une fois inscrit, tenir un registre continu de l’expérience de travail acquise en architecture dans le 
Livret de stage canadien.

• Effectuer le nombre d’heures indiqué dans les différentes catégories, et sur des projets 
(au moins deux) de types, de complexité et d’envergure variés.

• Faire la démonstration de sa compétence dans chaque catégorie exigée; il ne suffit pas d’inscrire le nombre d’heures requis dans les différentes catégories.