Esquisses, vol. 27, no 4, hiver 2016-2017

Artistes et artisansUne autre dimension

Aérogare de Puvirnituq, Nunavik, EVOQ Architecture
Œuvre d’art : Peter Qumaluk Ittkalla
Photo : EVOQ Architecture

Artistes et artisans contribuent à la quête d’identité des projets architecturaux grâce à leur vision singulière.

Martine Roux

À la suggestion des habitants de la région, c’est un qamutik, le traditionnel traîneau de bois, qui a inspiré la conception de l’aérogare de Puvirnituq, au Nunavik. Histoire de bien marquer le caractère inuit, les architectes d’EVOQ Achitecture ont aussi fait appel à un artiste de cette communauté pour créer la sculpture qui orne l’intérieur de l’aérogare ainsi qu’une œuvre d’art réalisée à même le plancher.

Au Nunavik, les artistes autochtones sont « très impliqués » dans le travail de la firme, explique l’architecte Alain Fournier, associé fondateur. Une collaboration qu’il juge essentielle afin de mettre en valeur l’héritage culturel des communautés. « On travaille main dans la main avec les artistes. Avec le temps, on est d’ailleurs progressivement passés de l’accrochage de murales ou de la disposition de sculptures sur socle à la création en commun d’installations qui sont parties prenantes de l’architecture. »

Cette collaboration est aussi beaucoup plus naturelle que dans le Sud du Québec, où une certaine distance sépare les deux processus de création, remarque-t-il.

L’architecte Pierre Thibault a pour sa part souvent recours à l’expertise des artisans pour insuffler un caractère local à un projet d’architecture. Non seulement ces spécialistes contribuent-ils à l’identité culturelle d’un bâtiment, mais ils perpétuent également des savoir-faire patrimoniaux, explique-t-il. « Un mobilier adapté au projet et fait par un ébéniste de la région “personnalise” l’architecture. Comme architecte, on peut aussi apprendre beaucoup des artisans, qui sont souvent des mines de connaissances dans une région donnée. »
 

Au-delà du miroir

Centre hospitalier universitaire de Montréal, CannonDesign et NEUF Architect(e)s;
Oeuvre d’art : Doyon-Rivest
Illustration : CannonDesign et NEUF Architect(e)s

L’intégration des arts à l’architecture doit-elle absolument refléter une identité culturelle ? Tout dépend de l’intention de l’artiste, avance Simon Rivest, du collectif Doyon-Rivest. Ce duo d’artistes a signé La vie en montagne, une œuvre gigantesque qui orne le mur-rideau du nouveau CHUM, à Montréal. Comme elle se décline à trois niveaux d’échelle, on peut l’apprécier différemment de l’intérieur ou de l’extérieur. Par exemple, vue de loin, la position des cinq montagnes réfère au graphique d’un électrocardiogramme. « Comme le cycle du battement cardiaque, donc de la vie. »

Or, les pics enneigés évoquent davantage les Rocheuses que le mont Royal. Pourquoi ne pas avoir choisi un symbole plus représentatif du caractère montréalais ou québécois ?

« Une œuvre n’a pas à refléter notre identité culturelle de manière simpliste, répond Simon Rivest. Sa fonction est de nous faire réfléchir, rêver, de fournir du beau ou de nous sortir de notre zone de confort. Elle doit contribuer à bâtir notre identité culturelle. En ce sens, elle deviendra la touche locale de l’architecture. »

L’artiste cite l’exemple de Cloud Gate, célèbre sculpture urbaine d’Anish Kapoor installée dans le Millennium Park de Chicago. « À la base, cette œuvre ne représentait aucunement l’identité culturelle de Chicago. Par contre, elle en est devenue l’image de marque. »

Dans le cas du CHUM, c’est le « métasymbole » universel de la montagne qui établit le dialogue entre le public et l’œuvre, affirme-t-il. « Disons que le concept aurait été un peu moins fort et moins intéressant avec le mont Royal... »