Esquisses, vol. 29, no 2, été 2018

Concours d'architectureÉtat des lieux

Rénovation et agrandissement du Musée d’art contemporain de Montréal
Saucier + Perrotte Architectes / GLCRM & Associés Architectes
Illustration : Saucier + Perrotte Architectes/GLCRM & Associés Architectes

En théorie, les concours d’architecture favorisent l’émergence de la qualité architecturale. En pratique, tout dépend des conditions dans lesquelles ils se déroulent. Or, celles-ci sont en évolution au Québec. Le point sur la situation.

Hélène Lefranc*

Depuis notre dernier article sur le sujet (Concours d’architecture – Cuvée exceptionnelle, Esquisses, automne 2017), quatre concours d’architecture approuvés par l’OAQ ont été lancés: la résidence d’artistes Est-Nord-Est à Saint-Jean-Port-Joli, la salle de spectacle de Repentigny, le lieu de diffusion de Sherbrooke et le dôme de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph, à Montréal.

La Ville de Montréal a pour sa part mené le concours pour l’agrandissement de la bibliothèque L’Octogone sans avoir demandé l’approbation de l’OAQ, en raison de difficultés survenues lors d’un précédent concours (la bibliothèque Maisonneuve). Le comité des concours de l’OAQ avait toutefois été prévenu. Les deux parties ont ensuite convenu d’une rencontre pour faire le point avant l’organisation des prochains concours de la Ville.

Le comité des concours de l’OAQ entend en effet continuer à se pencher sur les différents obstacles à la tenue de concours dans les règles de l’art. Ses préoccupations touchent notamment les critères de sélection des équipes en première étape, la place faite à la relève, la lourdeur des règlements et autres documents, la marge de manœuvre laissée aux conseillers professionnels, la pondération des critères de jugement et l’exclusivité des ingénieurs dans les concours pluridisciplinaires. (Une même firme d’ingénieurs peut-elle s’allier à plusieurs équipes d’architecture concurrentes si ses chargés de projet sont différents? La question se pose vu la concentration des firmes dans le domaine du génie.)

Inquiétudes

Un autre enjeu est le faible taux de participation à plusieurs des concours organisés ces derniers mois. Par exemple, seulement cinq candidatures conformes ont été reçues dans le cas de l’auditorium de la Cité étudiante de la Haute-Gatineau à Maniwaki, sept dans le cas de L’Octogone et neuf dans le cas de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec. Cette situation fait en sorte que la plupart des candidats ont des chances de figurer parmi les finalistes, ce qui n’est pas idéal du point de vue de la saine concurrence. Dans le passé, seul le concours pour la salle de spectacle de Mont-Laurier, en 2011, avait été aussi peu couru (sept concurrents).

Qu’est-ce qui explique cette désaffection? On peut soupçonner que les conditions d’admissibilité sont parfois trop élevées. Dans le cas de L’Octogone, au moins quatre dossiers ont été rejetés, car ils ne respectaient pas le règlement stipulant que les architectes de paysage devaient avoir une accréditation LEED. Pour le président du comité des concours de l’OAQ, Frédéric Dubé, une telle exigence est nettement excessive. Si l’approbation de l’Ordre avait été sollicitée, cette condition aurait fait l’objet de commentaires de la part de l’analyste chargé d’étudier les règlements dudit concours.

Une autre explication serait que les firmes ont dû être plus sélectives étant donné que plusieurs concours se déroulaient en même temps. Difficile de savoir. Vingt bureaux d’architectes ont toutefois soumis une candidature conforme pour le concours de Saint-Jean-Port-Joli et 15 pour celui de la bibliothèque Maisonneuve. Plus récemment, 18 firmes ont présenté un dossier pour le projet de l’Oratoire Saint-Joseph, 14 pour la salle de spectacle de Repentigny et 10 pour le lieu de diffusion à Sherbrooke.

Consultations

Ces dernières années, la tenue de concours s’est complexifiée pour les promoteurs, en raison de l’encadrement provenant non seulement de l’OAQ, mais aussi des ministères financeurs – Culture et Communications (MCC) et Affaires municipales et Occupation du territoire (MAMOT). Dans le but d’harmoniser cet encadrement, l’OAQ et le MCC ont entrepris des discussions qui ont porté des fruits, ce qui se reflète dans le nouveau règlement type du ministère, entré en vigueur en 2016.

Le MAMOT songe pour sa part à se doter d’un tel outil. Le comité des concours, qui l’a approché il y a quelques mois afin d’en discuter, vient d’ailleurs d’être sollicité – parmi d’autres instances – pour donner son avis sur les orientations d’un futur document. À la suite de cette ouverture appréciée, qui lui a permis d’émettre une première série de remarques en mars dernier, le comité espère approfondir le dialogue.

À l’interne

Par ailleurs, le comité a souhaité prendre du recul sur le travail mené depuis 10 ans par les analystes. Il a entrepris une révision rétroactive de leurs analyses, en attribuant un mandat à deux architectes consultantes. Anne Saint-Laurent et Marie-Claude G. Leclair, collaboratrices au Catalogue des concours canadiens, ont eu pour mission d’étudier le suivi et la cohérence des décisions et de déterminer les sujets récurrents et les arguments les plus porteurs des analystes face aux donneurs d’ouvrage. La concordance avec les orientations et décisions collectives du comité a aussi été examinée. Ce travail pourrait déboucher sur une révision des Règles d’approbation des concours de l’OAQ.

Notons par ailleurs que le Livre blanc pour une politique québécoise de l’architecture, récemment publié par l’OAQ, réitère l’importance des concours d’architecture. On y rappelle que de nombreux participants aux conversations publiques menées au printemps 2017 ont réclamé qu’il y en ait davantage, et ce, pour différents types de bâtiments. On y reconnaît aussi que d’autres intervenants ont nuancé leur appui à cette idée, prétextant que le processus entraîne des délais et des coûts supplémentaires. L’OAQ estime que simplifier et harmoniser l’encadrement des concours répondrait en bonne partie à ces critiques.

 

*En tant que conseillère aux affaires publiques de l’OAQ, Hélène Lefranc accompagne le comité des concours, constitué d’architectes bénévoles.