Esquisses, vol. 27, no 2, été 2016

Collaborer versus coopérerLa grande connexion

Le travail en réseau a-t-il modifié nos modes de collaboration ? Sans aucun doute ! Selon le blogueur canadien Harold Jarche, consultant et conférencier dans le domaine de la transformation du travail, la collaboration serait même d’un autre temps. Bienvenue à l’ère de la coopération. 

Propos recueillis par Annick Poitras

 

Collabore-t-on toujours de la même façon à l'ère numérique Depuis plusieurs années déjà, nous apprenons à travailler avec des gens à distance, grâce à la technologie. Mais dans un monde de plus en plus connecté et complexe, il ne suffit plus de bien collaborer. On doit se tourner vers l'extérieur et apprendre à coopérer, ce qui est très différent.

Quelle est la différence entre collaborer et coopérer? Collaborer, c'est quand plusieurs personnes au sein d'une équipe, d'un groupe ou d'une entreprise travaillent selon des rôles définis et dans un objectif commun, par exemple concevoir et réaliser un édifice pour un client. Coopérer, c'est plutôt partager librement ses idées sans objectif précis et sans rien attendre en retour. Dans toutes les professions, c'est ce qu'il faut faire si l'on veut innover. La complexité croissante du monde et des enjeux ne nous laisse pas le choix.

Quelles sont les habiletés nécessaires pour bien coopérer alors? La coopération exige que des inconnus participent à la réflexion : on s'ouvre aux idées des autres et à leur influence. Dans ce contexte, on doit apprendre à « travailler à voix haute », c'est-à-dire partager sans filtre ce à quoi on travaille, sur les réseaux sociaux, au sein de réseaux professionnels et sur les intranets des grandes entreprises qui permettent ces échanges. Mais pour que l'exercice soit constructif, il faut partager des idées à moitié « cuites », inachevées, qui pourront être bonifiées par d'autres. Sinon, ça ne sert à rien !

L'hyper connectivité du monde fait en sorte que nous évoluons désormais dans une « phase bêta » perpétuelle. Autrement dit, rien n'est jamais terminé, tout est en processus, et on apprend continuellement des gens avec qui on choisit d'être connectés. C'est pourquoi bien choisir ses réseaux est essentiel : avec qui voulez-vous partager de l'information ? Qui innove dans votre domaine ? D'où pourraient venir les pratiques émergentes ? Actuellement, toutes les professions changent rapidement, suivant les évolutions scientifiques et technologiques. Est-ce que vos réseaux sont assez riches pour vous garder à jour ?

Dans un tel mode coopératif, n'est-il pas dangereux de se faire voler ses idées? Chose certaine, pour recevoir des autres, il faut d'abord donner. Il ne se passera rien si vous ne prenez pas d'abord ce risque. Apprendre à partager sur les réseaux sociaux, c'est comme apprendre une langue. Au début, on fait des erreurs et on a peur d'avoir l'air fou. Mais plus on s'ouvre aux autres, plus on développe cette confiance nécessaire à un partage à grande échelle.

Prenez mon cas : il y a 10 ans, ma femme me reprochait de propager gratuitement mes idées sur mon blogue. Elle disait : « Les entreprises vont te prendre tes idées et personne ne va t'embaucher ! » Eh bien, c'est l'inverse qui s'est produit : mes idées sont plutôt devenues mon filet de sécurité. Elles ont fait en sorte qu'aujourd'hui, je travaille avec une clientèle internationale alors que j'habite une petite ville du Nouveau-Brunswick ! 

Bien sûr, des entreprises ont « volé » certaines de mes idées. Or, à moins qu'elles soient brevetées ou qu'elles soient des marques de commerce, il n'y a pas de droit d'auteur sur les idées. Ce qui est difficile, c'est de faire quelque chose avec.