Esquisses, vol. 27, no 2, été 2016

HonorairesZones grises

La MDB bouleverse non seulement l’organisation du travail, mais aussi sa rétribution et son encadrement.

Hélène Lefranc

 

Le travail en MDB demande aux architectes plus d’effort dans la phase de conception, sans parler de l’investissement requis dans l’équipement et la formation. Or, le Tarif d’honoraires pour services professionnels fournis au gouvernement par des architectes – le « décret » – n’en tient pas compte, pas plus qu’il ne tient compte d’autres aspects comme la mise en service ou la contribution au dossier d’affaires. Les donneurs d’ouvrage publics négocient donc avec les firmes au cas par cas. « On se pose la question de la charge supplémentaire que cela amène, comme nous le ferions lors d’une certification LEED », explique Nathalie Rhéaume, de la Société québécoise des infrastructures (SQI). 

Selon Michael Labelle, d’Hydro-Québec, les professionnels ont encore peu de repères. « Quand ils font du 2D, ils savent si un dessin leur prend 50 ou 100 heures, mais ils l’ignorent lorsqu’ils construisent une offre de service en 3D. » Agacé par les demandes de compensation attribuables à l’apprentissage sur le tas, il demande aux concepteurs d’assumer leur part de mise à niveau : « Les points de repère, on les cherche tous ! Ne me dites pas que ça va vous coûter plus cher de faire une maquette 3D. Dites plutôt que vous allez travailler pour en comprendre les avantages et gérer le changement à l’interne. Si on se concentre là-dessus, on est en mode solution, on baisse les coûts et tout le monde va être gagnant. » De toute façon, impossible d’y échapper puisque c’est la responsabilité du fournisseur de proposer le meilleur produit en fonction des besoins de son client.

La MDB suppose d’autres réformes à entreprendre. Il faudra s’attarder à la portée contractuelle des modèles numériques (coût, propriété des données) ainsi qu’aux exigences règlementaires (sceau et signature, rôle et responsabilités, types de formats d’échange). Les modes de sélection doivent aussi être étudiés. Par exemple, le mode le plus utilisé – le  plus bas soumissionnaire  – ne favorise ni l’innovation ni la collaboration, pourtant au cœur de la démarche MDB. Gérer le changement et augmenter l’expertise a un coût.