Esquisses, vol. 27, no 2, été 2016

Projets exemplaires

Fondation Louis Vuitton, Paris

Fondation Louis Vuitton, Paris, Frank Gehry. Illustration : Syntetic XD

Ce bâtiment surréel montre à quel point la MDB permet de repousser les limites de la technique… et de l’expressivité.

Pascale Guéricolas

(texte révisé) À l’automne 2014, un vaisseau de verre a fait son apparition dans le jardin d’acclimatation du Bois de Boulogne, à Paris. Ce bâtiment, signé par l’architecte Frank Gehry à la demande de la Fondation Louis Vuitton, abrite un musée privé d’art contemporain. Il se compose en grande partie d’une douzaine de voiles en verre supportées par une structure en acier. Le genre de courbes et de contre-courbes qui auraient été presque impossibles à bâtir selon les modèles classiques de construction.

Sans la modélisation des données du bâtiment (MDB), il aurait fallu mouler individuellement chacune des centaines de pièces qui composent cet immense casse-tête, explique l’architecte François Amara, secrétaire général de BIM France et directeur BIM développement de SYNTETIC XD, le bureau d'études techniques qui a participé au projet. « La modélisation nous a permis d’optimiser ces surfaces non réglées, de les simplifier en étant au plus près des formes voulues par Frank Gehry. » 

Pour parvenir à ce résultat, SYNTETIC XD s'est servi du logiciel Digital Project, élaboré en 2005 par la firme Gehry Technologies à partir de l'outil de conception 3D CATIA de Dassault Systèmes, utilisé en aéronautique et en automobile. La Fondation Louis Vuitton s’est vu décerner en 2012 le prix d’excellence BIM par l’American Institute of Architects, tandis que le bâtiment est maintenant étudié au programme d’architecture de l’Université Harvard.

Le mode très collaboratif offert par l’outil de modélisation a également facilité la planification de la construction. En partageant la même maquette numérique, architectes et constructeurs ont prévu les différentes étapes de la mise en place de cette structure en constant déséquilibre. Le recours à la modélisation a même permis d’orchestrer le ballet des grues sur le chantier, en calculant leur rotation pour éviter d’éventuelles collisions.

 

 

Teck Acute Care Centre at BC Children’s and BC Women’s Hospital

Teck Acute Care Centre at BC Children’s and BC Women’s Hospital, Vancouver (Colombie- Britannique), CEI Architecture, ZGF Architects. Illustration : CEI Architecture

Alors que concevoir et construire un hôpital est d’une complexité folle, la MDB a permis de s’y retrouver avec assurance dans le cas de ce centre de soins pour enfants.

Pascale Guéricolas

Déjà convaincus de l’intérêt de la modélisation des données du bâtiment (MDB) pour ériger des centres communautaires ou des écoles secondaires, les architectes de CEI Architecture à Vancouver jugent ce procédé indispensable pour construire un hôpital, comme le centre de soins de courte durée pour enfants qu’ils réalisent actuellement. Doté d’un budget de 676 M$, le projet permettra de doubler la superficie d’un établissement existant à Vancouver. Le programme prévoit notamment la construction d’un bâtiment de huit étages qui fournira des soins aux nouveau-nés, à leurs mères et aux enfants malades.

« C’est un environnement incroyablement complexe avec toutes les gaines et les conduites qui passent dans les murs, explique Scott Chatterton, responsable de la MDB pour l’équipe d’architectes. Pouvoir visualiser l’emplacement prévu des tuyaux d’oxygène, de la plomberie, des systèmes électriques, de la climatisation et du chauffage avant de les sceller dans la structure constitue donc un avantage très important. » Associés à leurs confrères de ZGF, les architectes de CEI ont tiré parti au maximum de la visualisation et des calculs que permet la maquette numérique.

Ainsi, ils ont représenté les déplacements du personnel dans l’établissement en considérant différents scénarios. Une fois dessiné ce qui ressemblait à une toile d’araignée, ils ont pu déterminer l’emplacement des cloisons et couloirs afin de réduire le plus possible les distances à parcourir.

La maquette numérique partagée par les architectes et les constructeurs a aussi contribué à optimiser la forme et l’orientation du bâtiment en fonction de l’ensoleillement et des vents dominants, ce qui réduira les dépenses énergétiques. Par ailleurs, plusieurs cours intérieures permettront aux jeunes malades et à leur famille de prendre l’air en toute quiétude, sans se faire emporter par un tourbillon venteux, comme c’est souvent le cas au pied des tours. Voilà un élément qui peut aussi participer aux mieux-être des patients. ‘

 

 

Place Bell, Laval

Place Bell, Laval, Lemay et Cannon Design.
Illustration : Pomerleau, Lemay, Cannon Design, PSA, Beaudoin Hurens et Britton Electric

Le recours à la MDB a permis à Pomerleau et à Lemay de contrôler les coûts et les échéanciers au plus près.

Pascale Guéricolas

Maîtriser la MDB était indispensable pour décrocher le contrat clés en main du centre multifonctionnel culturel et sportif Place Bell à Laval. En effet, le client exigeait d’avoir accès à la maquette MDB afin de suivre l’avancement du projet en temps réel. Pomerleau s’est également engagé à livrer la maquette numérique à la fin du projet. D’ici un an, sportifs et spectateurs vont disposer d’un aréna de 10 000 places transformable en salle de spectacle, d’une patinoire olympique, d’une glace d’entraînement, d’un gymnase et d’un stationnement intérieur, le tout à proximité de la station de métro Montmorency.

Dès le départ, l’équipe de Pomerleau, qui comprenait le cabinet d’architectes Lemay, a intégré dans un modèle commun les données très précises exigées par le client pour ce projet clés en main de 150 M$, livrable en trois ans seulement. Grâce à la maquette numérique, chacun des partenaires disposait d’une estimation des coûts de construction mise à jour à toutes les étapes de la candidature. « Pour ce projet entrepris peu de temps après la commission Charbonneau, chacune de nos actions était scrutée à la loupe », fait remarquer Éric Croteau, directeur BIM chez Lemay. L’architecte associé considère que la MDB mise en place pour Place Bell va beaucoup plus loin que celle utilisée pour la construction du Centre universitaire de santé McGill, pourtant, selon lui, l’un des plus gros projets BIM en Amérique du Nord.

Il cite l’exemple d’un sous-traitant en électricité qui a directement dessiné dans la maquette numérique, sautant ainsi une étape et contrôlant lui-même son budget. Plutôt que de concevoir les plans du circuit électrique, comme ils le font dans un chantier traditionnel, les ingénieurs en électromécanique n’avaient plus qu’à approuver son travail, en coordination avec les architectes.

En ce moment, au chantier, des visites virtuelles du bâtiment permettent d’anticiper et de corriger des problèmes. Déjà, les hauteurs de plafonds ont été réajustées en fonction de celles des écrans géants. L’emplacement de certains éléments qui obstruaient la vue sur la patinoire a aussi été revu pour maximiser la vision des spectateurs. Ce travail très collaboratif a d’ailleurs valu à Pomerleau le prix CanBim pour l’innovation. L’organisme canadien, qui fait la promotion du BIM, a notamment apprécié la qualité et la précision des estimations en matière d’excavation et de coffrage. Pour l’instant, l’échéancier semble respecté et le bâtiment devrait être en fonction d’ici mai ou juin 2017.  

 

 

Nouveaux bâtiments de l’Université St. Jerome’s, Waterloo, Ontario

Nouveaux bâtiments de l'Université St. Jerome’s, Waterloo (Ontario), Diamond Schmitt Architects. Illustration : Diamond Schmitt Architects

La MDB se révèle un formidable outil de dialogue, constatent les concepteurs de chez Diamond Schmitt Architects.

Pascale Guéricolas

Doit-on installer les arbres du pavillon dans des pots ou pleine terre ? Avant même que ne soit produite la moindre esquisse des deux bâtiments à construire sur le campus de l’Université St. Jerome’s à Waterloo, en Ontario, voilà le genre de questions dont discutaient les comités universitaires, les architectes et les constructeurs lors de leurs réunions.

Pour les concepteurs de Diamond Schmitt Architects, ce type de détail n’a rien de futile. Il s’inscrit dans une volonté clairement affichée d’engager un dialogue fructueux entre les différentes parties prenantes du projet, caractéristique du mode de réalisation choisi, l’IPD (Integrated Project Delivery). Le projet de 47 M$ comprend une résidence universitaire de 7 étages de près de 10 000 mètres carrés et un bâtiment d’enseignement d’un peu plus de 2000 mètres carrés.

IPD et MDB sont particulièrement compatibles. « Utiliser une maquette numérique facilite beaucoup le dialogue avec les clients, car ils peuvent se représenter les volumes et les circulations dans le bâtiment plus aisément qu’avec des plans en 2D », précise Joseph Troppmann, architecte chez Diamond Schmitt. Par exemple, c’est lors de ces discussions qu’est née l’idée de fournir aux professeurs une estrade qui se prolonge dans l’allée centrale de la salle de cours.

La MDB a également facilité l’exécution du projet. Ainsi, la forme et les détails des fenêtres ont pu être déterminés de manière si précise qu’au moment de l’installation, celles-ci s’inséraient parfaitement dans les ouvertures. Leur coût de fabrication relativement élevé a donc pu être compensé. La souplesse de la MDB a également permis de trouver un nouvel emplacement au système de climatisation, qu’on a dû changer en cours de route. L’équipe a pu l’encastrer à un autre endroit tout en respectant les normes de dégagement. Il fallait surtout éviter de le placer sur le toit. Pas question, en effet, de disposer une telle structure sur une tour déjà haute par rapport au reste du campus.