Esquisses, vol. 27, no 2, été 2016

Qu'est-ce que la MDB, ou BIM?

Martine Roux

La modélisation des données du bâtiment (MDB) – la traduction de Building Information Modeling, ou BIM – est une méthode de travail qui s’appuie sur un processus collaboratif entre tous les acteurs d’un projet de construction ou de transformation d’un bâtiment : architectes, ingénieurs, techniciens, fabricants, constructeurs, clients, gestionnaires immobiliers.

Ce processus permet à tous de partager et d’alimenter une maquette numérique en trois dimensions où chacun des paramètres du bâtiment est rigoureusement consigné, de l’éclairage aux coefficients d’efficacité énergétique. Lorsqu’elle est utilisée à son plein potentiel, la MDB modifie la manière dont les bâtiments sont planifiés, conçus, construits et gérés.

« C’est une façon de construire virtuellement avant d’aller au chantier, résume Ivanka Iordanova, directrice BIM chez Pomerleau. Mais ça ne fonctionne que si tous les intervenants partagent le modèle. Sans collaboration, il n’y a pas de MDB. »

Ce mode de réalisation marque une rupture avec les méthodes traditionnelles de construction compartimentées (« en silos » ou « à la chaîne ») où chacun des intervenants attend que l’autre accomplisse son travail avant d’avancer le sien. « C’est une nouvelle façon de faire, un processus collaboratif autour d’un même modèle », précise Souha Tahrani, associée de recherche au Groupe de recherche en intégration et développement durable (GRIDD) et à la Chaire industrielle Pomerleau de l’École de technologie supérieure.

Plus vite, moins cher, plus durable

Les différents outils de modélisation permettent d’éviter les interférences afin de limiter le risque d’erreurs au chantier, en plus d’améliorer l’efficacité énergétique. Par exemple, les algorithmes de la MDB peuvent analyser en moins de deux l’impact de l’orientation du bâtiment ou de la taille de ses fenêtres sur la consommation d’énergie. En bref, la MDB permet des choix éclairés, et ce, au moment opportun : celui de la prise de décisions.

Autre avantage : la MDB s’étend bien au-delà de la phase de conception, ajoute Souha Tahrani. « Le modèle servira aussi lors de la mise en service et de l’exploitation du bâtiment. »

 

 

Quelle différence avec la conception intégrée ?

La MDB et le processus de conception intégrée sont des cousins germains. Contrairement aux processus traditionnels – où l’architecte convient d’abord d’un concept avec son client avant d’orchestrer les interventions des différents professionnels –, la conception intégrée recourt aux compétences de tous les membres de l’équipe du projet dès ses balbutiements, avant la réalisation des plans et devis. Lors 

des séances de travail, les différents intervenants – dont le client – discutent des différentes options et solutions quant aux mille et un aspects du bâtiment projeté : orientation, ventilation, efficacité énergétique, gestion des eaux usées, etc.

Comme pour la MDB, la synergie découlant de la conception intégrée vise à anticiper les problèmes pouvant survenir sur le chantier et à bonifier l’efficacité énergétique. Au bout du compte, le client obtient un bâtiment de plus grande qualité, à moindre coût.

La grande distinction entre les deux concepts tient au fait qu’en MDB, les intervenants nourrissent simultanément une maquette numérique. Peut-on travailler à la fois en MDB et en conception intégrée ? Oui, ce sont « deux approches complémentaires », dit Souha Tahrani. À l’inverse, on peut aussi travailler en conception intégrée sans recourir à la MDB. C’est d’ailleurs ce que font certains bureaux d’architectes de taille modeste, qui jugent que l’investissement en MDB représente un risque trop élevé (voir Implantation en entreprise).  

 

 

Guide de mise en œuvre

La mise en œuvre de la modélisation des données du bâtiment bouleverse l’organisation du travail, remarquent des chercheurs qui se sont récemment penchés sur son adoption par des petites entreprises du milieu de la construction, dont des bureaux d’architectes. Ce virage, qui peut être long et coûteux, ne s’improvise pas, disent-ils. Voici ce qu’ils recommandent aux firmes de toutes tailles souhaitant encadrer efficacement le déploiement de la MDB.

• Planifier la stratégie : la haute direction doit établir la vision globale.

• Embaucher les bonnes personnes.

• Réserver suffisamment de ressources financières au processus de mise en œuvre.

• Déterminer un projet-pilote. On peut se limiter à un seul aspect : programmation, élaboration de plans 3D, études d’efficacité énergétique, etc.

• Réaliser le projet.

• Mesurer l’évolution.

• Communiquer les résultats aux employés.

• Établir une boucle de rétroaction afin d’apprendre des expériences antérieures.

 

Pour en savoir plus

L'inévitable passage à la modélisation des données du bâtiment (BIM) dans l'industrie de la construction au Canada : synthèse de trois expérimentations ª, CEFRIO (avec la participation du Conseil de recherches Canada), 2014.

On peut consulter l'étude gratuitement dans le site Web du CEFRIO