Esquisses, vol. 26, no 4, hiver 2015-2016

Pont piétonnier de rêveQuartiers branchés


Montréal gagnerait à améliorer l’accès à l’île Sainte-Hélène, selon l’architecte américain Maxim Nasab. Son rêve : créer un pont piétonnier et cyclable qui relierait ce « joyau méconnu » à l’est du Vieux-Port.

Martine Roux

 

À vol d’oiseau, à peine 600 mètres séparent l’île Sainte-Hélène du quai de l’Horloge, dans le Vieux-Port de Montréal. Douze petites longueurs de piscine olympique ! Pourtant, c’est la galère pour s’y rendre.

Piétons et cyclistes ont le choix entre prendre le métro – avec correspondance –, traverser un no man’s land pour emprunter le pont de la Concorde, ou passer par le pont Jacques-Cartier. Ces deux derniers trajets font plus de 5 km à partir du quai de l’Horloge.

Résultat : « Les Montréalais et les visiteurs profitent peu de l’île Sainte-Hélène, déplore l’architecte américain d’origine canadienne Maxim Nasab. Pourtant, c’est un endroit unique que peu de villes ont la chance de posséder. Il faut l’exploiter davantage, un peu comme Central Park à New York. »

L’île Sainte-Hélène – qui forme, avec l’île Notre-Dame, le parc Jean-Drapeau – présente en effet un patrimoine hors du commun. On y trouve des vestiges d’Expo 67 telles la Biosphère (Richard Buckminster Fuller) et la place des Nations (André Blouin), des œuvres d’art, des boisés. Environ le quart de sa superficie est occupé à l’est par le parc d’amusement La Ronde.

Un pont pour piétons et cyclistes permettrait d’en revaloriser l’attrait, croit Maxim Nasab, qui a fait de ce projet son sujet de mémoire lors de ses études de maîtrise au Savannah College of Art and Design, en Géorgie.

Et qui dit plus de transport actif dit moins de voitures, selon lui : petit à petit, on pourrait ainsi remplacer les nombreux stationnements de l’île par des espaces verts.

En outre, le tablier du pont devrait être mobile afin de laisser passer les navires de croisière qui empruntent occasionnellement cette portion du fleuve pour accoster au quai Alexandra, un peu plus à l’ouest, explique Maxim Nasab.
 

Réponse simple

Le pont de ses rêves serait discret, fonctionnel et élégant. « J’imagine une ligne belle, mais simple afin de limiter la maintenance et de maximiser la durée de vie. Il ne faut pas que les gens regardent le pont en se disant : “Combien ont-ils dépensé là-dessus ?”»

Au-delà du design, le projet doit placer les usagers au centre du processus de conception, selon l’architecte. Par exemple, comme cyclistes et piétons ne circulent pas à la même vitesse, il faut idéalement prévoir deux zones de circulation distinctes, voire trois en tenant compte des joggeurs.

« Le problème de plusieurs de ces ponts, c’est qu’ils mélangent les usagers. Les pros de la vitesse côtoient les flâneurs, ce qui cause des accidents. » Il existe pourtant des façons simples de délimiter les zones de circulation, dit-il, notamment au moyen de revêtements texturés ou de barrières latérales, ou par l’utilisation de couleurs distinctes sur la chaussée. On peut aussi créer des niveaux légèrement décalés.

Inauguré en 1997, le pont piétonnier Zubizuri de Bilbao, en Espagne, est l’exemple à ne pas suivre, selon Maxim Nasab. Son concepteur, un certain Santiago Calatrava, avait opté pour un revêtement de chaussée en verre du plus bel effet. Mais par temps pluvieux, cette surface se transformait en savonnette ! Lasse d’être poursuivie par des citoyens qui s’y étaient blessés, la Ville a fini par le recouvrir d’un tapis de caoutchouc noir.

 

Un geste payant

Le projet de Maxim Nasab est-il envisageable ? « J’ignore si la volonté politique est présente en ce moment; j’ai l’impression que l’austérité guide beaucoup de décisions. Mais ce pont-là va être érigé, j’en suis sûr. » Un jour, songe-t-il, quelqu’un d’influent va regarder l’autre rive depuis le quai de l’Horloge et entrevoir le potentiel que représentent ces petits 600 mètres.

 

 

De rêve à projet : À pied dans la Silicon Valley

« Confluence », projet sélectionné pour le pont pour cyclistes et piétons Adobe Creek,<br \>Palo Alto (Californie), 64North. Illustration : 64North

Il n’est pas encore construit, mais le projet de pont pour cyclistes et piétons Confluence, à Palo Alto en Californie, constitue néanmoins l’un des meilleurs exemples du genre, selon l’architecte américain d’origine canadienne Maxim Nasab.

On est ici au cœur de la Silicon Valley, où bossent des milliers d’employés de Google, Facebook et autres Apple, dont plusieurs se rendent au travail à pied ou à vélo. Une barrière de taille sépare toutefois certains quartiers résidentiels des lieux de travail : l’autoroute 101, qui ne compte pas moins de 14 voies. En 2014, la municipalité de Palo Alto a lancé un concours de design pour la création d’une piste cyclable et piétonne enjambant l’autoroute afin de relier les deux zones.

Le gagnant, la firme américaine 64North, a imaginé un concept à la fois fonctionnel et élégant : un parcours tout en courbes pour les promeneurs, et plus droit pour les adeptes du vélo. Pour compenser la proximité de l’autoroute, les architectes ont imaginé des zones bucoliques à chaque extrémité de la passerelle, dont une promenade sur un marais protégé. Enfin, un bassin récupérera les eaux de pluie récoltées par la structure du pont.

La construction doit débuter en 2017.


En-tête : « Confluence », projet sélectionné pour le pont pour cyclistes et piétons Adobe Creek, Palo Alto (Californie), 64North. Illustration : 64North