Esquisses, vol. 26, no 4, hiver 2015-2016

Souhaits en vrac


Voici d’autres souhaits que des architectes ont pris la peine de nous envoyer.

Hélène Lefranc

 

Plus de mentorat

Maïa Djambazian, diplômée en architecture, souhaite que « les futurs architectes soient entourés de mentors professionnels, talentueux, consciencieux et généreux, capables de transmettre, non seulement leurs connaissances et savoir-faire, mais aussi leur excitation et un peu de la “magie” de l’architecture ». 

Bonne nouvelle : le regroupement des ordres d’architectes canadiens finalise un guide encadrant la relation entre le stagiaire en architecture et son mentor et les responsabilités de chacun. Un net progrès puisque l’actuelle version du manuel du programme de stage comporte à peine quelques lignes sur le mentorat. Le guide, qui devrait paraître en 2016, décrira également les responsabilités et le rôle du patron de stage.

  

Règlementer l’unifamiliale

Michel Lacroix fait le vœu que « la maison unifamiliale de 300 m2 de superficie brute de plancher soit assujettie à la Loi sur les architectes », tel que le demande l’Ordre.

Actuellement, ce type de bâtiment n’est pas règlementé, mais la Loi sur les architectes est en révision. Deux projets de loi – morts au feuilleton – prévoyaient d’assujettir les maisons unifamiliales à compter de 600 m2 de superficie brute totale de plancher. Lors de la commission parlementaire d’étude, l’Ordre a proposé – dans un souci de qualité du cadre bâti – de placer ce seuil à 300 m2, car, d’une part, les maisons de 600 m2 sont rarissimes et, d’autre part, de nombreux pays ont un encadrement plus serré. À titre d’exemple, en France, le seuil de recours à l’architecte est de 170 m2 et passera vraisemblablement bientôt à 150 m2 (voir « Politique de l'architecture en France »). Au moment d’écrire ces lignes, l’Ordre attendait le dépôt d’un nouveau projet de loi qui reprendra substantiellement les termes des deux précédents.

On peut toutefois s’interroger sur l’idée même de seuil. N’est-il pas nécessaire de bien concevoir et de bien optimiser l’espace, y compris – et surtout – dans les petites maisons ?

 

Des concours anonymes

Alexandre Bernier espère plus de concours d’architecture anonymes avec une sélection sur les idées : « Pas seulement des maudits concours de CV où il faut présenter son portfolio, prouver qu’on a déjà fait 10 bâtiments identiques et composer en partant une équipe pluridisciplinaire. Cela limite la participation et finit par ressembler à des concours fictifs, lancés uniquement pour obtenir les subventions destinées aux maîtres d’ouvrage. Les appels de candidatures sur CV donnent l’impression que nous sommes incompétents et que nous ne pouvons pas réellement répondre à la commande. Il faut trouver le moyen de renouveler la liste de noms que l’on voit toujours gagner, comme si c’était un club privé sélect. »

La place laissée à la relève dans les concours d’architecture préoccupe effectivement l’OAQ puisque tous incluent désormais une première sélection « sur dossier » qui ne demande généralement pas d’approche conceptuelle. Le comité des concours essaie de sensibiliser le ministère de la Culture et des Communications et les conseillers professionnels à ces questions.

Toujours au sujet des concours, Alexandre Bernier y va d’une idée originale : pour remédier aux difficultés de trouver des architectes acceptant de participer à des jurys, pourquoi ne pas tirer au sort un ou deux architectes, comme dans les procès avec jury ?

Tant qu’à y être, Alexandre Bernier apprécierait que des concours soient organisés pour d’autres types d’établissements que ceux à vocation culturelle. Par exemple, « les centres de la petite enfance font pitié », déplore-t-il. Même le privé pourrait être incité à en organiser.

L’OAQ ne rate jamais une occasion de rappeler que les concours d’architecture devraient être plus répandus. Il l’a fait, par exemple, dans le cadre de la tournée pour l’adoption d’une politique nationale de l’architecture, lors de ses interventions auprès de la commission Charbonneau ou dans les éditoriaux de la présidente.

 

Un évènement grand public

Alexandre Bernier aimerait un salon de l’architecture destiné au grand public, à l’image d’Expo Habitation, du Salon national de l’habitation, du Sidim et de ce que font les promoteurs pour présenter leurs projets de condos : « Avec une telle vitrine, nous pourrions démontrer la qualité ainsi que l’utilité de la pratique de l’architecture à toutes les échelles. »

Son vœu est en voie de se réaliser puisque la tenue d’un Sommet mondial du design a été annoncée à Montréal pour 2017. La présidente et le personnel de l’Ordre, de même que plusieurs architectes, participent activement à l’élaboration de cet évènement dont le contenu n’est pas encore défini. L’OAQ a de plus versé 15 000 $ à l’organisme chargé de le mettre sur pied.

 

Appui à l’architecture sociale

Suzanne Laure Doucet rêve d’être reconnue et appuyée financièrement dans ses projets d’architecture à vocation sociale, elle qui s’implique auprès de citoyens montréalais n’ayant pas la possibilité de s’offrir les services d’un architecte (personnes en situation d’itinérance, enfants d’âge scolaire, occupants de logements sociaux et leurs voisins). Elle donne en exemple le programme Design Corps aux États-Unis, qui permet aux architectes et à leurs collaborateurs d’intervenir auprès de communautés mal servies par les professionnels du design. « Un environnement bâti de qualité doit répondre aux besoins et aux aspirations de tous les usagers », explique-t-elle.

L’Ordre dispose depuis 2007 d’un bras humanitaire dont la vocation est de mener ce type d’actions, Architectes de l’urgence et de la coopération (AUC). En vertu d’une décision prise pour trois ans, les architectes versent d’ailleurs 40 $ à cet organisme au moment où ils renouvellent leur cotisation. Au Québec, AUC réalise des projets auprès de communautés autochtones. L’organisme est également actif au Népal et en Haïti.