Esquisses, vol. 26, no 4, hiver 2015-2016

Stationnement de rêveParc d'attraction


L’architecte Johanie Boivin rêve de remplacer le stationnement Dorchester, à Québec, par un élégant parking multiétagé flanqué d’habitations et d’espaces verts.

Martine Roux

 

Siège d’une manufacture de sous-vêtements pendant plus d’un siècle, l’édifice de La Fabrique accueille aujourd’hui les étudiants en arts visuels de l’Université Laval, son propriétaire. Sa façade en briques rouges, la richesse de son ornementation et ses tours d’inspiration médiévale en font un incontournable du quartier Saint-Roch, à Québec.

Côté cour, ça se gâte : un immense stationnement borde l’arrière du bâtiment ainsi que la rue Dorchester. Résultat : pour rejoindre les petites rues résidentielles situées plus au sud, plusieurs habitants du secteur zigzaguent à travers les voitures.

L’incongruité du lieu a frappé l’imagination de Johanie Boivin dès son arrivée à Québec, vers le milieu des années 2000, alors qu’elle entreprenait ses études d’architecture. « Pour moi, ce terrain vacant est un lieu plein de potentiel inexploité », dit celle qui est aujourd’hui architecte chez Brainbox Architecture.

Tant qu’à utiliser cet espace pour des voitures, autant le densifier tout en créant un environnement beau et fonctionnel dont tous les usagers du secteur pourraient profiter, s’était-elle prise à rêver à l’époque. Un rêve qu’elle a d’ailleurs transposé dans son mémoire de maîtrise.

 

Parking et bois

Propriété du groupe immobilier Kevlar, ce terrain judicieusement situé est l’un des rares espaces vacants de la Basse-Ville. Afin de l’optimiser, l’architecte a commencé par imaginer un stationnement multiétagé du côté de la rue Dorchester, à l’est, avec un design novateur « comme on en voit en Europe ». Pas un bloc de béton comme on peut en apercevoir près des centres commerciaux ou des aéroports, précise-t-elle. « Je vois plutôt un bâtiment cylindrique au design simple et recouvert d’une peau de bois. »

Pourquoi conserver un stationnement dans un quartier aussi central ? « Parce qu’il correspond à un besoin des usagers du secteur », dit Johanie Boivin qui croit qu’il y a moyen d’accommoder ce besoin tout en densifiant l’occupation du territoire et en respectant l’échelle du quartier. « J’ai calculé qu’un bâtiment cylindrique d’un maximum de six étages pourrait contenir le même nombre de places de stationnement que l’actuel espace. » 

Stationnement multiétagé à Heilbronn (Allemagne), MGF Architekten. Photo : Christian Richters

Les citoyens d’abord

Dans ses rêves, le reste du terrain accueillerait une coopérative de logements étudiants, une coopérative d’habitation ainsi qu’un immeuble de copropriétés de 30 unités chacun. Des allées piétonnes, des espaces de jeux et des espaces verts connecteraient les habitations.

« L’idée est de créer une mixité des fonctions et une mixité sociale, en symbiose avec la multifonctionnalité du quartier. Ça répondrait à un souhait que plusieurs citoyens ont exprimé ces dernières années. » De fait, au printemps dernier, un groupe de citoyens du quartier Saint-Roch a proposé un projet d’aménagement de maisons de ville, d’un marché public et d’espaces verts sur ce terrain. Un programme particulier d’urbanisme (PPU) pour cette partie du quartier est d’ailleurs attendu début 2016.

Johanie Boivin affirme que son projet est réaliste. « Financièrement, tout se tient. Reste à convaincre le propriétaire du terrain que ce serait rentable pour lui. »

Ça, c’est une autre histoire.

De rêve à projet : Heilbronn, Allemagne

Stationnement multiétagé à Heilbronn (Allemagne), MGF Architekten. Photo : Christian Richters

Le stationnement de Heilbronn approche une « sorte de perfection géométrique », souligne l’auteur Simon Henley dans L’architecture du parking (Parenthèses, 2007). D’un point de vue technique, il « donne l’impression d’appartenir à une catégorie hautement évoluée », écrit-il.

Situé en retrait du centre historique de Heilbronn – une ville du sud de l’Allemagne comptant 125 000 habitants, soit un peu moins que la population de Trois-Rivières –, ce stationnement étagé de 500 places a été érigé à la fin des années 1990 afin de décourager l’utilisation de la voiture au centre-ville.

Malgré son volume imposant, il se fond dans le parc qui l’accueille. Ses concepteurs, des architectes de la firme allemande Mahler Günster Fuchs, ont en effet opté pour une forme oblongue qu’ils ont habillée de bois, un matériau abondamment disponible dans la région. Comme la hauteur de ce bâtiment de cinq étages ne dépasse pas la cime des arbres environnants, l’intégration de la façade de bois avec le milieu naturel est d’autant plus harmonieuse.

Sur un côté de la façade, les lattes de bois ont été espacées afin de créer, à l’intérieur, de subtils jeux de lumière permettant de réduire l’apport de l’éclairage artificiel tout en assurant une ventilation naturelle. Si, par bonheur, votre voiture est garée à l’étage supérieur, vous bénéficiez en prime d’un joli point de vue sur la ville.

Qui eût cru que bois et voitures feraient aussi bon ménage ?