Esquisses, vol. 26, no 4, hiver 2015-2016

Village de rêveRencontre du troisième type


Un écovillage autosuffisant dont l’architecture et l’aménagement soignés influenceraient positivement les modes d’habitat existants : tel est le rêve de l’architecte Marie-Louise Roy.

Martine Roux

 

Les rêves naissent parfois de rencontres. Celle qui a marqué Marie-Louise Roy, architecte et urbaniste consultante, a eu lieu avec... un terrain. C’était en 2005, dans un coin du Québec qu’elle tient à garder secret de crainte que des spéculateurs peu scrupuleux ne mettent la main sur ce trésor.

« Il y a sur ce terrain une source d’eau incroyablement pure, raconte-t-elle. Ce serait l’endroit idéal pour aménager un écovillage autour d’un centre de santé où les visiteurs viendraient se soigner et se ressourcer, un peu comme la clinique Mayo, au Minnesota. C’est du moins le rêve qui m’est venu en parcourant le terrain avec son propriétaire. »

Qu’est-ce qu’un écovillage ? Il y a au moins autant de définitions que d’exemples à travers le monde, ce qui contribue à entretenir le flou autour du concept. De façon générale, il désigne une collectivité de quelques dizaines de personnes partageant des valeurs éthiques, sociales ou environnementales décrites dans une charte, à la manière des conventions de copropriété. Gérés collectivement, les bâtiments d’un écovillage ont idéalement un impact limité sur l’écosystème.

 

Esprit de communauté

Celui dont rêve Marie-Louise Roy viserait l’autosuffisance alimentaire et énergétique. Les bâtiments – rénovés ou neufs – y seraient à la fine pointe des technologies vertes : matériaux sains et écologiques, haute efficacité énergétique, etc. On y aménagerait éoliennes et panneaux solaires afin de réduire au minimum la consommation d’hydroélectricité. On y cultiverait des champs orientés de façon à capter un maximum d’ensoleillement.

« L’aménagement doit être peu gourmand en termes d’espace et rester d’échelle restreinte », précise Marie-Louise Roy. Ainsi, les voitures seraient reléguées en périphérie de façon à encourager l’utilisation des transports actifs au centre, où seraient regroupés quelques commerces de proximité et ateliers d’artisans.

 

Un modèle à répliquer

« Pour moi, un écovillage ne peut pas être une cité-dortoir. Je reproche souvent aux modèles existants d’être situés trop loin des centres urbains, sur un territoire où leurs fondateurs se créent une “non-ville” à leur goût. »

L’écovillage doit plutôt servir d’exemple, croit Marie-Louise Roy. « Pour l’instant, les gens reproduisent les schémas d’habitation existants parce qu’ils ne connaissent pas autre chose. Mais un projet novateur exposerait un milieu de vie non seulement plus sain et plus responsable, mais aussi plus intéressant pour ses habitants. »

Le projet de ses rêves pourrait-il prendre racine au Québec ? Absolument, assure-t-elle. « Un promoteur un peu fou pourrait fort bien le réaliser. Il y a un marché pour ce type d’habitat. Bien sûr, ça prend une administration municipale ouverte ainsi que les bonnes personnes à la tête du projet. »

Des intéressés ?

 

En-tête : Le Clos des fées, Paluel (France), CoBe Architecte et CoBe Urbanisme mandataire, Mutabilis Paysage. Photos : Luc Boegly, Opictures 

 

 

De rêve à projet - Normandie : le Clos des Fées

Le Clos des fées, Paluel (France), CoBe Architecte et CoBe Urbanisme mandataire, Mutabilis Paysage. Photos : Luc Boegly, Opictures

Il a beau être situé à quelques kilomètres d’une centrale nucléaire, le Clos des fées, à Paluel, en Haute-Normandie, semble tout avoir de l’écovillage exemplaire.

De la baguette magique de l’architecte Alexandre Jonvel, architecte-urbaniste associé de l’agence parisienne CoBe, est né cet ensemble de 18 chaumières articulées autour d’espaces communs : potagers, jardins, jeux pour enfants, terrains de pétanque et salles de réunion.

Son architecture fait appel à plusieurs astuces afin de réduire l’empreinte écologique des bâtiments. Par exemple, les toits des maisons arborent différents matériaux en fonction de leur orientation : le zinc et les panneaux solaires, côté sud, servent à la production d’eau chaude, et le chaume, côté nord, offre un bon coefficient de protection contre le froid et les intempéries. Il n’y a pas de pont thermique : l’ossature des maisons est en bois et l’isolation faite de chaume. Quant à l’eau de pluie, elle est dirigée vers des canaux et bassins qui alimentent le parc et les jardins. Une éolienne agricole actionne ce système hydraulique.

Financé par la commune de Paluel, le Clos des fées a nécessité un investissement de plus de 11 millions d’euros (plus de 16 M$). Les maisonnettes – offertes en location – accueillent une majorité d’artistes. C’est aussi devenu une destination touristique : le public peut y tenir des évènements dans les salles communes et séjourner dans les deux gîtes que compte le site, tandis que jardins et potagers proposent des parcours d’interprétation.

 

 

Le Clos des fées, Paluel (France), CoBe Architecte et CoBe Urbanisme mandataire, Mutabilis Paysage Photo : Luc Boegly, Opictures