Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Bâtiments résidentiels de type uniifamilial en milieu naturelLa Grande Percée : Vivre parmi les dunes

La Grande Percée, Grand-Barachois, Beaubassin-Est, Nouveau-Brunswick, Atelier Pierre Thibault
Photo : Maxime Brouillet

 

Les dunes où repose sa maison, Denis Leblanc les connaît par cœur. Enfant, c’est ici, dans le village de Grand-Barachois, au Nouveau-Brunswick, qu’il passait ses étés. Une fois adulte, il y achète une parcelle de terre avec l’ambition d’y construire une résidence secondaire pour sa famille et lui. Quand il décroche le téléphone pour appeler Pierre Thibault après l’avoir vu à la télévision, c’est le troisième été qu’il passe sur les lieux, dans une roulotte.

Par Catherine Bourbeillon

Malgré l’éloignement du site, l’architecte se laisse convaincre et se rend pour deux jours sur le terrain de Denis Leblanc, situé au bout d’une petite rue privée menant à la plage. «Mon premier réflexe a été de monter sur le toit de la roulotte, raconte Pierre Thibault. J’ai été complètement subjugué.» Immédiatement, il est frappé par les deux lignes que forment les dunes et l’horizon. «Il fallait absolument faire en sorte que ces deux lignes ne soient pas au même niveau, pour qu’on puisse voir le bleu de la mer, poursuit-il. C’est extrêmement puissant, un paysage comme ça.»

Durant la conception, il est retourné plusieurs fois sur le site avec son collègue architecte Jérôme Lapierre. «On est même allés en paddleboard sur la mer avec le client, pour voir ce que le projet pourrait donner de cette perspective. On s’est imprégnés du paysage pour que le bâtiment puisse sublimer les éléments naturels», explique Jérôme Lapierre. Les deux architectes ont aussi été très attentifs à la manière dont Denis Leblanc et sa famille occupaient les lieux. Quant à ce dernier, il avait un double objectif en tête: «On voulait avoir l’impression de vivre à l’extérieur tout en protégeant notre intimité.» La demeure a donc été conçue dans cet esprit.

Respecter l’horizon

Déposée sur les dunes de façon parallèle au paysage, la maison minimaliste d’un étage respecte l’horizontalité du site. Elle est bâtie sur pilotis afin de minimiser son empreinte sur cette zone côtière protégée, et de limiter les dégâts que pourraient causer d’éventuelles crues des eaux. Les deux volumes fragmentés qui la composent offrent des vues sur la mer tout en protégeant les résidents des regards indiscrets. Peu fenestré, le premier volume se trouve du côté du village et regroupe l’entrée principale et les chambres. Le deuxième volume comprend les espaces de vie, qui s’alignent le long de la façade nord-ouest, entièrement vitrée et donnant sur l’océan. Pour marquer la transition entre les deux lieux, le bois franc du plancher fait place au béton radiant tandis que les murs blancs passent de la plaque de plâtre aux lattes de bois posées parallèlement à la grève.

Complètement vitrée, la section supérieure des murs surélève le toit et crée une ouverture supplémentaire sur l’extérieur, comme le souligne Jérôme Lapierre: «Nous avons décollé la toiture pour ajouter un effet de flottement et de légèreté. Ce choix permet aussi d’intégrer la lumière au cœur des espaces de vie.» Se projetant en longs porte-à-faux, ce toit met en valeur les lignes horizontales du paysage. Face à la mer, une grande enceinte extérieure permet à la famille de prendre ses repas dehors tout en étant à l’abri des vents dominants grâce aux murs qui la protègent. Le parement de bois de cèdre qui recouvre ceux-ci se prolonge à l’intérieur, atténuant la frontière avec l’extérieur.

Afin que l’ensemble vieillisse bien malgré l’air salin, la structure d’acier extérieure a été peinte en blanc opaque et la terrasse, construite en cèdre naturel, qui grisonnera avec le temps. Tout au long de celle-ci, un emmarchement sans garde-corps descend vers les dunes. Plus qu’un simple élément technique, cet escalier épuré constitue un lieu dynamique où les membres de la famille se retrouvent en fin de journée. Ils soupent ensuite dans la pièce moustiquaire, munie d’un foyer, où ils peuvent observer le coucher de soleil au chaud et à l’abri des insectes.

Il en résulte un havre de paix parfaitement fidèle aux esquisses et aux attentes initiales. «On se sent vraiment comme si on était sur un bateau, illustre Denis Leblanc. Autant sur la terrasse qu’à l’intérieur, on a l’impression d’être seuls dans notre espace.»

Commentaires du jury

Le jury a été séduit par cette demeure qui se dépose avec légèreté dans le paysage maritime du Grand-Barachois, au Nouveau-Brunswick. Ses lignes élancées, les longues marches d’escalier longeant le pavillon côté rivage jusqu’à la fine toiture, font écho à l’immense horizon marin que la fenestration pleine hauteur des espaces de vie permet d’embrasser d’un large regard. Côté village, l’opacité du pavillon abritant les chambres délimite une zone de réclusion qui préserve l’intimité des occupants et encadre un espace extérieur inattendu. Le plan savamment élaboré autorise une multitude de parcours parmi des espaces à géométrie variable où l’on peut tantôt se rassembler autour d’un feu, tantôt s’immerger dans le panorama. Un projet qui se singularise par son minimalisme étudié, son grand respect pour le paysage et sa pertinence d’intervention remarquable.

LIEU
Beaubassin-Est, Nouveau-Brunswick

CLIENTS
Denis Leblanc et Guylaine Cormier

ARCHITECTES
Atelier Pierre Thibault : Pierre Thibault, Jérôme Lapierre

ENTREPRENEUR
Makor Construction