Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Bâtiments résidentiels de type uniifamilial en milieu urbainMaison J.J. Joubert : Retour vers le futur

Maison J.J. Joubert, Laval, la SHED architecture
Photo : Maxime Brouillet

Construite à Laval dans les années 1950 sur le modèle de la ranch-style housecalifornienne, la maison de Sylvain Duquette a été entièrement rénovée par la firme la SHED. Et le résultat est époustouflant.

Par Rémi Leroux

Il en existe des milliers de semblables dans les banlieues des grandes agglomérations d’Amérique du Nord et, pourtant, la maison de Sylvain Duquette, aujourd’hui rénovée, est devenue unique en son genre. Elle a été construite au milieu des années 1950 dans l’ancien quartier Haute-Rive, à Laval, en bordure de la rivière des Prairies. Les promoteurs de l’époque s’étaient inspirés des ranch houses californiennes, ces maisons à un étage de forme plutôt allongée disposant d’une toiture basse à grands rebords et d’une généreuse fenestration.

«Il s’agissait de maisons plutôt modestes, avec des matériaux de base très communs, explique Sébastien Parent, architecte associé de la SHED, la firme qui en a réalisé la rénovation. Après 70 ans, toutes les composantes architecturales de ce type de construction sont généralement rendues en fin de vie utile.»

Plutôt que de rénover leur résidence, de nombreux propriétaires choisissent de la démolir et de construire une monster house à la place, se désole l’architecte. Ce n’était pas le souhait de Sylvain Duquette. «Comme je vis seul, j’aurais pu acheter un condo dans un projet ultramoderne, mais je voulais un espace extérieur, une sorte de penthouse avec du gazon tout autour», précise-t-il.

Sylvain Duquette connaissait l’avenue J.-J.-Joubert et ses maisons à un étage. Il lui arrivait de se promener dans le quartier lorsqu’il était plus jeune. Il a vite été convaincu que ce type d’architecture se prêterait bien à sa vision de penthouse gazonné et a acheté la maison en 2014. Optométriste, il avait par ailleurs déjà fait affaire avec la SHED pour l’aménagement de son centre d’optique, également situé à Laval. «
J’appréciais leur façon de travailler, cet art de rénover jusque dans les moindres détails», dit-il.

Le rythme du design

« Nous avons conservé la forme originale de la maison et nous avons travaillé à partir des composantes architecturales d’origine pour la rénover sans la dénaturer », explique Sébastien Parent. L’équipe de la SHED a joué au touche-à-tout : le décloisonnement des espaces (passage de trois à deux chambres) afin de maximiser les aires de vie, l’agrandissement de la fenestration, l’aménagement paysager. La SHED s’est également intéressée à ce que l’architecte appelle «le rythme du design».

Ainsi, certains éléments symétriques et verticaux, tels les deux murs de rangement et leurs portes en noyer qui se font face dans la pièce à vivre, sont des aménagements qui rythment l’espace. La conception s’inspire par ailleurs du courant mid-century modern. «La hotte avec ses étagères en verre dépoli suspendue au-dessus de l’îlot est un élément que nous avons emprunté à ce courant, illustre Sébastien Parent. Mais nous ne souhaitions pas non plus que la maison ne soit qu’un pastiche sans goût de cette époque.» Il prend l’exemple de la salle de bain principale, ouverte sur la chambre à coucher: la circulation entre les deux pièces est un parti pris tout à fait contemporain.

Une homogénéité remarquable dans le quartier

Il y avait également, chez l’architecte comme chez Sylvain Duquette, la volonté de préserver le style ranch house de la maison, qui est aussi celui de ses voisines. «Il y a une homogénéité remarquable dans le quartier, et nous ne voulions pas le dénaturer en arrivant avec une maison qui aurait eu l’air d’un ovni», explique Sébastien Parent. Les briques ont certes été repeintes en blanc, mais c’est là la principale transformation extérieure visible.

La SHED espère que le projet de rénovation de la maison de Sylvain Duquette, baptisée J.J. Joubert (du nom de la rue), inspirera d’autres propriétaires du secteur. «Le patrimoine, affirme Sébastien Parent, ce n’est pas que des bâtiments prestigieux et de vieilles églises. Ce quartier et son ensemble de maisons ont marqué le développement de la banlieue au milieu du 20e siècle et, à ce titre, il y a un intérêt à les mettre en valeur.»

De son côté, Sylvain Duquette est comblé. Sa maison n’a qu’un seul défaut: «Elle ne peut plus être changée parce qu’elle est parfaite!»

Commentaires du jury

Ce projet de rénovation rend un hommage bien senti à l’architecture banlieusarde des années 1950. Résistant à la tentation de dénaturer la construction existante par une intervention qui l’aurait fait passer à l’arrière-plan, les concepteurs ont habilement sublimé l’élégance du bâtiment d’origine. La façade de brique repeinte en blanc ainsi que les fenêtres pleine hauteur sont mises en valeur par une toiture, des cadrages et d’autres composantes en acier de couleur noire. À l’intérieur, les panneaux de noyer lisses entretiennent un dialogue avec les murs blancs, accentuant les qualités du plan, d’une cohérence et d’une sophistication remarquables. L’esprit de ce projet raffiné, bien que résolument contemporain, témoigne d’une compréhension profonde et d’un grand respect de l’imaginaire qui a présidé à la conception du bâtiment d’origine. Le jury applaudit cette capacité à composer avec les caractéristiques de l’ancien pour le faire entrer dans une nouvelle ère, ce qui constitue un exemple inspirant d’architecture durable.

 

LIEU
Laval

CLIENT
Sylvain Duquette

ARCHITECTES
La SHED architecture

INGÉNIERIE
Géniex