Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Mise en valeur du patrimoineHôtel William Gray : Conjuguer le passé et le présent

Hôtel William Gray, Montréal, Béïque, Legault, Thuot Architectes
Photo : Hôtel William Gray

Concevoir un hôtel de luxe avec trois édifices patrimoniaux qui n’ont pas grand-chose en commun: c’est presque de l’alchimie! Et c’est le défi qu’a relevé la firme Béïque, Legault, Thuot Architectes (BLTA) avec le William Gray, dans le Vieux-Montréal, un ensemble de 127 chambres alliant avec finesse le passé au présent.

Par Valérie Levée

Avec cinq hôtels-boutiques, le Groupe Antonopoulos est déjà bien implanté à Montréal. En acquérant un îlot du Vieux-Montréal qui comptait un entrepôt délabré et une maison patrimoniale, l’entreprise ne voulait pas seulement bâtir un sixième hôtel empreint d’histoire, elle souhaitait aussi bonifier le paysage urbain.

Trois vestiges à valoriser

L’hôtel tire son nom de la maison Edward-William-Gray, un bâtiment en pierre de deux étages datant du 18e siècle et inscrit au patrimoine culturel du Québec. S’il a été fidèlement restauré conformément aux directives du ministère de la Culture et des Communications (MCC), il fallait toutefois y insérer des équipements modernes de chauffage, de ventilation et de climatisation, ce qui a demandé aux architectes et ingénieurs de faire preuve d’imagination. Ne vous y trompez pas: les lucarnes sont des prises d’air et l’une des cheminées masque un évent…

La maison William-Gray jouxtait un entrepôt frigorifique bâti à l’emplacement de la maison du Cabinet-de-Côme-Séraphin-Cherrier, datant elle aussi du 18e siècle. L’entrepôt, irrécupérable, a été démoli, mais à la demande du MCC, la maison Cherrier, dont il ne restait que les murs en moellons, a été reconstruite. «Elle a été rebâtie quasiment à neuf sur la base de photos et d’entretiens avec le ministère», indique Olivier Legault, architecte chez BLTA. 

Troisième élément historique: un immeuble de béton… de 1987! «À la surprise de tous, le ministère a exigé que soit conservée la façade. On souhaitait préserver des marques historiques de différentes époques», rapporte Denis Blais, architecte chez BLTA. Cette façade n’étant pas autoportante, il a fallu démanteler et numéroter les panneaux de béton pour les réinstaller sur la nouvelle structure.

Composer avec le passé

C’est autour de ces vestiges que les concepteurs ont dû imaginer un hôtel dont les sections neuves s’agencent harmonieusement aux différents éléments patrimoniaux. Le défi était de faire concorder les différents niveaux de ces constructions et de conjuguer le tout avec la pente de la rue. Il fallait aussi organiser les services de l’hôtel en tenant compte de ces contraintes. «Il y a eu une adaptabilité remarquable du client pour élaborer un concept sur mesure en fonction du terrain et des propriétés», témoigne Denis Blais.

Les architectes ont opté pour une composition fragmentée dont les volumes s’imbriquent autour et au-dessus des deux maisons historiques. Les façades extérieures allient le verre à la pierre calcaire utilisée pour la maison Cherrier et d’autres bâtiments du quartier, tandis que la fenestration s’accorde avec celle des anciennes constructions. «BLTA a réinventé la façade historique de l’hôtel de façon magistrale en fusionnant deux immeubles du 18e siècle avec une tour de verre et de pierre de huit étages entièrement neuve», décrit Maria Antonopoulos, directrice marketing du Groupe Antonopoulos.

Par ici la visite!

On entre dans l’hôtel par la maison Cherrier et, comme le fait remarquer Denis Blais, la taille modeste de cette maison ne laisse pas deviner les vastes dimensions de l’établissement. De la réception, un couloir mène à un atrium central, coiffé d’une verrière, d’où l’on découvre plusieurs parcours vers les chambres, le centre de conférence, la piscine et les autres services, répartis parmi les huit étages. «En général, dans les grands hôtels, les étages sont relativement semblables et ne donnent pas envie de visiter le bâtiment», note Denis Blais. C’est tout le contraire au William Gray, où les corridors vitrés et les terrasses, qui offrent des vues différentes – et parfois saisissantes – du Vieux-Montréal, donnent envie de visiter et le bâtiment et la ville!

Commentaires du jury

Ce projet de construction, de conversion et d’intégration de bâtiments patrimoniaux à un nouvel édifice hôtelier érigé sur un îlot historique du Vieux-Montréal représentait un défi technique d’une rare complexité. Un savoir-faire poussé a été mobilisé afin de mettre en place cinq étages de stationnement sous les deux bâtiments à statut patrimonial intégrés au nouvel établissement de 127 chambres et suites. Si l’expression architecturale de l’agrandissement n’a pas fait l’unanimité, l’imbrication réussie de l’ancien et du nouveau qui caractérise le projet, le respect des exigences urbanistiques et patrimoniales que comportait cette reconversion ainsi que l’espace incarné que les concepteurs sont arrivés à créer ont su rallier le jury. Le William Gray offre un exemple probant de modernisation et de densification urbaine menées dans le respect du patrimoine bâti.

LIEU
Arrondissement de Ville-Marie, Montréal

CLIENT
Le Groupe Antonopoulos

ARCHITECTES
Béïque, Legault, Thuot Architectes: Gilles Thuot, Denis C. Blais, Olivier Legault

INGÉNIERIE
Électrique, mécanique: Bouthillette Parizeau
Génie civil et structure: Pasquin St-Jean et associés

DESIGN INTÉRIEUR
Camdi Design

ENTREPRENEUR GÉNÉRAL
EMD Construction