Histoire et mission

Place Telus, ABCP architecture. Photo: Stéphane Groleau
Un Ordre pour protéger

L’Ordre des architectes du Québec s’engage à contribuer au bien-être et à l’essor de la société québécoise par la promotion de la qualité dans la conception et la production architecturales. Cette contribution s’appuie sur une démarche d’ouverture et d’échange avec le public ainsi que sur une amélioration constante de l’exercice de la profession.

L’Ordre des architectes du Québec (OAQ) contrôle l’accès à la profession d’architecte et en règlemente l’exercice dans la province. Son registre compte près de 3800 architectes et près de 1000 stagiaires. Créé en 1974, l’Ordre veille à l’application des dispositions du Code des professions, de la Loi sur les architectes et de la règlementation qui en découle.

Comme les autres ordres professionnels de la province, l’OAQ a pour mission d’assurer la protection du public. L’expression « protection du public » s’entend ici au sens large et, dans cette logique, l’Ordre s’engage à contribuer au bien-être et à l’essor de la société québécoise par la promotion de la qualité dans la conception architecturale. Le slogan de l’OAQ, « Un environnement bâti de qualité, ça profite à tous », traduit cette vision, qui s’appuie sur une démarche d’ouverture et d’échange avec le public ainsi que sur une amélioration constante de l’exercice de la profession.

L’OAQ est dirigé par un conseil d’administration formé d’un président élu au suffrage universel des membres et de 16 administrateurs, parmi lesquels figurent 14 architectes provenant des différentes régions du Québec et élus par leurs pairs, et 3 représentants du public nommés par l’Office des professions du Québec. Les administrateurs sont secondés par des comités et des groupes de travail bénévoles, ainsi que par une équipe composée d’une quinzaine d’employés permanents.

Un peu d'histoire
Les fondateurs de l'Association des architectes de la province de Québec

L’Association des architectes de la province de Québec (AAPQ) voit le jour le 10 octobre 1890.

À l’époque, les architectes américains ont la cote. Beaucoup de bâtiments importants sont conçus par des Américains, comme les bureaux montréalais de la Canada-Vie (Richard Waite) ou la gare Windsor (Bruce Price).

Même les concours, forts populaires pour les constructions importantes, comportent régulièrement des dispositions qui avantagent les Américains. Ainsi, en 1890, le Montreal Board of Trade lance un concours pour la conception de ses nouveaux bureaux. Les six firmes des États-Unis invitées à soumissionner reçoivent 300 $ chacune, tandis que les architectes canadiens ne sont pas rémunérés pour leur participation.

Excédés, des architectes du Québec se réunissent pour trouver un moyen de contrer ce genre de pratique. À l’instar de leurs confrères ontariens, qui ont fondé 10 mois plus tôt la Ontario Association of Architects, ils décident de constituer une association professionnelle. Objectif : améliorer l’image des architectes québécois aux yeux du public en haussant les normes de pratique et en contrôlant l’accès à la profession.

Premiers pas

La réunion de fondation de l’association a lieu le 10 octobre 1890 au Mechanics Institute, rue Saint-Jacques à Montréal. Trente-cinq architectes sont présents, dont huit de Québec. John William Hopkins est élu président.

L’acte d’incorporation précise en ces termes les buts de l’AAPQ :

– Rendre plus facile l’étude de la profession par l’échange réciproque des connaissances de l’art que les membres se feront entre eux

– Promouvoir les intérêts de la profession en démontrant le rôle important qu’elle joue dans les arts, les sciences et le cours ordinaire des affaires

– S’efforcer d’obtenir de la législature les pouvoirs nécessaires pour l’admission régulière tant à l’étude qu’à la pratique de la profession

La contribution annuelle est fixée à 10 $ (3 $ pour les élèves associés).

Pendant sa première année d’existence, l’AAPQ se fixe divers objectifs, dont : trouver des locaux, constituer une bibliothèque, élaborer un document pour encadrer les concours, établir une grille tarifaire.

En décembre 1890, à peine deux mois plus tard, l’Assemblée législative du Québec adopte l’acte d’incorporation de l’AAPQ, mais rejette la notion d’adhésion obligatoire. Il n’est donc pas nécessaire d’être membre de l’association pour pratiquer l’architecture.

Ce revers décourage les membres et l’intérêt pour l’association stagne. Les dîners-conférences qui ont lieu chaque mois sont peu courus. Toutefois, l’AAPQ continue son travail et contribue notamment à la création d’un programme d’architecture à l’Université McGill.

Ce n’est qu’en 1898 que l’AAPQ obtient le droit de contrôler l’accès à la profession. Dorénavant, les candidats doivent passer les examens de l’association pour avoir droit au titre d’architecte. Dans le procès-verbal de l’assemblée annuelle de cette année-là, on peut lire : « Non seulement les intérêts de la profession, mais surtout ceux du public sont maintenant protégés contre les praticiens sans connaissances ni responsabilités suffisantes. » 

Du coup, les architectes québécois sont parmi les premiers à porter un titre exclusif sur le continent nord-américain. L’AAPQ compte alors 138 membres.

Mieux vaut tard que jamais

Quelques décennies plus tard, en 1942, Pauline Roy-Rouillard devient la première femme à adhérer à l’AAPQ. Il était temps ! Le Québec est la dernière province à accueillir une femme dans la profession. Ailleurs au Canada, une poignée de pionnières pratiquent l’architecture depuis près de 20 ans. 

Lors de l’assemblée annuelle suivante, le conseil de l’AAPQ lui accorde une mention particulière : « Elle est, en effet, la première de son sexe admise à porter les responsabilités de l’architecte et nul doute que les brillants succès remportés par Mademoiselle Roy, au cours de ses études, se répéteront et qu’une carrière des plus remarquable soulignera ce fait qui passe maintenant à l’histoire. »

Parc Falaise, Sillery, Eugène Chalifour, 1948.
Pignon sur rue

En 1959, l’AAPQ achète le 1825 de la rue Dorchester (aujourd’hui boulevard René-Lévesque). La maison est l’œuvre de l’architecte montréalais William McLea Walbank, un des membres fondateurs de l’AAPQ. Prix : 51 500 $, dont 31 500 $ payés comptant.

Au départ, la propriété comprend un bâtiment principal donnant rue Dorchester et deux garages à l’arrière, surmontés d’un studio. En 1961, des travaux sont entrepris sous la direction de l’architecte Jean-Louis Lalonde. Doter l’association d’un club privé pour ses 730 membres est considéré comme une priorité.

Quelques années plus tard, Expo 67 amène de nombreux architectes étrangers à travailler ici. L’AAPQ les admet gratuitement comme membres temporaires et les associe chacun à un architecte d’ici. 

Vers la fin de la décennie, l’AAPQ commence à publier un mensuel bilingue, le Bulletin.

Adieu AAPQ, bonjour OAQ

En 1974, le gouvernement du Québec instaure le système professionnel. Dorénavant, un regroupement professionnel ne peut plus assurer à la fois la protection du public et les intérêts de ses membres.

L’AAPQ souscrit entièrement à ces principes. Il s’agit d’ailleurs d’une voie dans laquelle elle est déjà engagée, puisqu’au cours des années précédentes, elle a adopté un nouveau code d’éthique et a abandonné les privilèges corporatifs.

L’Ordre des architectes du Québec (OAQ) figure parmi les premiers ordres professionnels créés au Québec. Jean-Luc Poulin en est le président. Un peu plus de 1200 architectes y adhèrent, dont 3 % sont des femmes.

Conformément au nouveau Code des professions, certaines structures sont établies : comité d’inspection professionnelle, comité d’assurance responsabilité professionnelle, embauche d’un syndic et d’un enquêteur, etc.

Parallèlement à ces grandes transformations, de nouveaux travaux sont entrepris au siège social en 1975, toujours par Jean-Louis Lalonde, pour aménager des espaces de bureaux supplémentaires. Le club est déménagé dans la partie arrière.

En 1978, l’Ordre remet pour la première fois les Prix d’excellence en architecture, qui visent à souligner les meilleures réalisations architecturales au Québec et ailleurs dans le monde.

Outils de communication

En 1977, le Bulletin change : il est désormais imprimé sur du papier blanc, en trois colonnes, avec une illustration ou une photo en couverture. En 1982, il devient unilingue français.

L’année suivante, le périodique Nouvelles OAQ voit le jour, un mensuel sur « l’information qui intéresse l’architecte au jour le jour dans l’exercice de sa profession », comme l’indique le premier numéro. La publication d’une première publicité payée dans ses pages, en 1984, crée une certaine controverse.

Six ans plus tard, Nouvelles OAQ fait peau neuve et devient le magazine Esquisses, que l’OAQ publie toujours quatre fois par année. 

En 1985, l’Ordre achète son premier ordinateur, « un petit IBM-PC qui devrait révolutionner certains aspects de son administration », s’enthousiasme-t-on dans une édition de Nouvelles OAQ. La même année, le prix du permis passe à 100 $.

100 ans

L’Ordre fête son centenaire en 1990. En croissance depuis les années 1970, le nombre de membres se stabilise autour de 2700 dans les années 1990. C’est un plafond qui ne sera pas dépassé avant les années 2000.

Plusieurs raisons sont mises de l’avant pour expliquer cette stagnation, notamment la retraite anticipée de certains architectes au moment où l’assurance professionnelle devient obligatoire et la modification de la Loi sur les architectes qui ouvre à tous une bonne partie du champ de l’architecture résidentielle.

Mais c’est surtout la complexification de l’accès à la profession avec la mise en place des examens nord-américains qui est en cause. La complexité du processus et son coût en découragent plus d’un. Le nombre de nouveaux membres passe de 74, en 1996, à 34 en 2004.

L’Ordre aujourd’hui

En 2008, l’Examen des architectes du Canada (ExAC) est mis en place. En quelques années, les résultats sont spectaculaires : alors que le nombre de membres était demeuré le même pendant une quinzaine d’années, il passe de 2700 à 3800 en sept ans. Une augmentation de 40 % ! Les femmes comptent pour environ 38 % de la profession et, signe d’un changement encore plus profond, elles sont maintenant majoritaires parmi les moins de 50 ans.

Dans les dernières années, des ententes ont été conclues pour faciliter la mobilité des membres dans le reste du Canada et en France. L’Ordre est également partie prenante d’ententes similaires conclues avec les États-Unis, le Mexique, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Des discussions sont amorcées avec l’Europe.

Le magazine Esquisses a pris du galon et, en plus de se refaire une beauté, il est devenu l’un des meilleurs véhicules de la crédibilité de l’Ordre. Il est dorénavant distribué dans les facultés d’architecture québécoises.

L’OAQ intervient régulièrement sur la place publique, prenant position sur des sujets comme les partenariats publics-privés (PPP), la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (commission Charbonneau), les plans métropolitains d’aménagement et de développement (PMAD), ou encore en participant à des consultations sur des enjeux comme la construction durable, l’efficacité énergétique ou le patrimoine.

En novembre 2013, l’OAQ déménage dans de nouveaux locaux, au 2e étage du 420, rue McGill, à la jonction du Vieux-Montréal et du Quartier international. Les lieux lumineux et modernes – aménagés à la suite d’un concours d’architecture – sont plus accessibles en transport en commun, plus fonctionnels et correspondent davantage à l’image attendue d’un ordre professionnel du domaine de l’aménagement. De plus, des organismes partenaires comme le Fonds des architectes et l’Association des architectes en pratique privée du Québec (AAPPQ) ont emménagé aux étages supérieurs, ce qui facilite la collaboration lorsque le besoin s’en fait sentir.

Dans la foulée du déménagement, une réorganisation des services a été entreprise afin de permettre à l’OAQ de mieux remplir sa mission de protection du public. Un nouveau système de gestion des membres et des contacts, nommé Sagemec, couplé à un site Web plus performant, permet maintenant aux membres et aux stagiaires d’accéder à leur dossier en ligne.

L’Ordre a aussi adopté, pour la première fois de son histoire, un plan stratégique, qui couvre les années 2013 à 2018. Et avant même les recommandations de la commission Charbonneau, le souci d’une bonne gouvernance est devenu un chantier prioritaire.

Au-delà des interventions publiques qui évoluent au gré de l’actualité, l’OAQ porte depuis quelques années deux projets importants auprès du gouvernement du Québec : la révision de la Loi sur les architectes et l’adoption d’une politique nationale de l’architecture.

Muse ou déesse?

Le mystère plane au sujet de la muse qui orne le sceau de l’Ordre des architectes. On ignore qui est cette femme aux seins dénudés, assise sur les talons, le bas du corps partiellement couvert d’un voile.

Même si l’on revient dans le temps, qu’on interroge d’anciens présidents de l’Ordre, le doute demeure et ne laisse place qu’à des suppositions : pourrait-il s’agir de la déesse Minerve ? D’Athéna ? D’un dessin d'Ernest Cormier ? 

En consultant les rapports annuels des années 1930, on peut lire, dans l’Annuaire de l’Association des architectes de la province de Québec de 1936 : « L’Association remercie MM. Ernest Cormier et J. R. Smith pour leur travail sur ce Comité spécial [le comité sur le nouveau Sceau officiel] ». Il est donc évident qu’Ernest Cormier a joué un rôle dans la mise au point du nouveau sceau. On ignore cependant s’il en est le concepteur.

Les présidents au fil des ans

J.W. Hopkins – 1890-1891  

F.X. Berlinguet – 1892

Victor Roy – 1893

James Nelson – 1894

Chas. Baillargé – 1895

A.C. Hutchison – 1896

Sir Andrew Thomas Taylor – 1897

J.F. Peachy – 1898

A. Raza – 1899

S.H. Capper – 1900

G.E. Tanguay – 1901

Jos. Venne – 1902

W.E. Doran – 1903

J.P. Ouellet – 1904

John S. Archibald – 1905

Alcide Chaussé – 1906

R.P. Lemay – 1907

David R. Brown – 1908

J.Z. Resther – 1909

Thos. Raymond – 1910

J. Rawson Gardiner – 1911

Jos. Venne – 1912

J.P.E. Dussault – 1913

W.S. Maxwell – 1914

Joseph Perrault – 1915

E.B. Staveley – 1916

Hugh Vallance – 1917

G.A. Monette – 1918

J.H. LeBon – 1919

D. Norman MacVicar – 1920

J. Émile Vanier – 1921

Eugène Payette – 1922

L.A. Auger – 1923

P.E. Nobbs – 1924

G.A. Monette – 1925

J. McDougall – 1926

J.O. Marchand – 1927

Geo.T. Hyde – 1928

Ernest Cormier – 1929

Wilfrid Lacroix – 1930

Ernest I. Barott – 1931

Hon. Irénée Vautrin – 1932

Philip J. Turner – 1933

L.A. Amos – 1934

Gordon McLeod Pitts – 1935

Ludger Venne – 1936

H.L Fetherstonhaugh – 1937

J.Siméon Bergeron – 1938

R.H. Macdonald – 1939

J.J. Perrault – 1940

J.Roxburgh Smith – 1941

Charles David – 1942

R.E. Bostrom – 1943

Eugène Larose – 1944

Harold Lawson – 1945

Oscar Beaulé – 1946

A.J.C. Paine – 1947

Louis-N. Audet – 1948

J.C. Meadowcroft – 1949

P.C. Amos – 1950

H.Ross Wiggs – 1951

Maurice Payette – 1952

John Bland – 1953

Lucien Mainguy – 1954

E.J. Turcotte – 1955

Henri Mercier – 1956

H.A.I. Valentine – 1957

Gérard Venne – 1958

Randolph C. Betts – 1959

Henri Mercier – 1960

Richard E. Bolton – 1961

Paul-O. Trépanier – 1962

Francis J. Nobbs – 1963

Gilles Marchand – 1964

Francis J. Nobbs  – 1965

Henri-P. Labelle  – 1966-1967

Joseph Baker – 1968

Jean-Louis Lalonde – 1969

Philip Freedlander – 1970

William Steward – 1971

Jean Ouellet – 1972

Jean-Luc Poulin – 1973-1975

Paul-André Tétreault – 1975-76

Marvin Cohen – 1976-77

Jean-Luc Poulin – 1977-78

Denis Bouchard – 1978-1979

Patrick Blouin – 1979-1981

Hubert Chamberland – 1981-1985

Jacques Reeves – 1985-1987

Paul-André Tétreault – 1987-1991

Bernard McNamara – 1991-1992

Josette Michaud – 1992-1994

Odile-Gagnon Hénault – 1994-1995

Paul Baillargeon – 1995-1997

Claude Hamelin Lalonde – 1997-2003

Pierre Beaupré – 2003-2005

André Bourassa – 2005-2013