Architecture sans frontières Québec

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Inondations à Montréal en 2017
Photo : Coastal Elite

Architecture sans frontières Québec (ASFQ) prépare un programme de résilience aux inondations. Les objectifs: accroître sa capacité d’intervention, offrir une meilleure assistance aux sinistrés et valoriser le rôle de l’architecture dans la protection du cadre bâti contre les impacts des changements climatiques.

Par Sylvie Lemieux

«En situation d’urgence, on ne peut pas intervenir efficacement en agissant de manière spontanée», affirme Bruno Demers, directeur général d’ASFQ, le bras humanitaire de l’OAQ. C’est une des leçons que l’organisation tire des inondations de 2017, les plus importantes jamais vues au Québec avec plus de 5300 résidences endommagées et 4000 personnes évacuées dans plus de 260 municipalités.

À cette occasion, comme lors des inondations de 2011 en Montérégie, ASFQ avait offert de la documentation technique en ligne et mobilisé des architectes bénévoles pour conseiller des sinistrés sur les moyens à prendre pour remettre leur habitation en état. «Notre impact est resté limité en raison de différents facteurs: le manque de ressources et de temps et, surtout, l’absence d’un programme permanent prêt à être déployé, explique Bruno Demers. Lorsqu’une catastrophe de ce genre frappe, on doit être préparé à y faire face. De façon collective, il faut se doter des capacités nécessaires pour y résister et pour s’en remettre. C’est cela, la résilience.»

La grande oubliée

La mise sur pied d’un programme de résilience est devenue une priorité stratégique pour l’organisme à la suite du Forum Inondations organisé par le gouvernement du Québec à l’automne 2017. Différents acteurs concernés par les évènements du printemps précédent s’y étaient réunis afin de réfléchir à des pistes de solution pour améliorer la résilience de la société québécoise lors de pareils épisodes.

Après une autre consultation tenue en décembre 2017, le ministère de la Sécurité publique a publié le Plan d’action en matière de sécurité civile relatif aux inondations. «Les notions d’architecture, de design et d’environnement bâti étaient absentes des discussions comme elles le sont du plan d’action, déplore Bruno Demers. [D’où la décision] de créer un programme capable de présenter la plus-value de l’architecture dans la discussion publique sur la résilience aux inondations.»

Intervenir et prévenir

Le programme qu’ASFQ entend mettre sur pied comporterait deux volets: intervention et prévention. Dans le volet intervention, l’organisation prévoit, lors d’une future inondation, une campagne d’information auprès des municipalités et des sinistrés par l’entremise d’outils de communication et de visites des zones touchées par des architectes bénévoles. ASFQ souhaite aussi proposer un protocole d’intervention dans lequel les mandats d’expertise relatifs à la remise en état des bâtiments ou à leur démolition pourraient être confiés à des professionnels de la construction, dont des architectes, formés en évaluation postinondation. Cela suppose de conclure à l’avance des ententes avec les autorités publiques.

Dans le volet prévention, ASFQ veut réfléchir aux meilleurs moyens à prendre pour limiter les dommages directs et indirects subis par le cadre bâti et ses occupants lors d’une inondation. Il compte stimuler le débat public afin de faire évoluer les politiques et la réglementation à cet égard.

Plusieurs questions se posent, notamment celle de la pertinence de reconstruire des maisons dans des zones inondables. «Au-delà de cet aspect litigieux, ne peut-on pas reconstruire autrement?» demande Bruno Demers. «On pourrait s’inspirer de villes ailleurs dans le monde qui ont appris à vivre avec les inondations ou qui sont carrément construites sur l’eau. Certaines mesures d’adaptation aux pluies diluviennes et inondations pourraient être incluses dans la réglementation, par exemple éviter les composantes putrescibles et les systèmes électriques sous la ligne de montée des eaux.»

ASFQ a également l’intention de concevoir de la formation à l’intention des professionnels du bâtiment afin qu’ils contribuent par leur pratique à un environnement bâti résilient. On envisage aussi de la formation sur les évaluations postcatastrophe.

L’organisme souhaite lancer son programme en 2020 et le déployer à l’échelle du Québec selon un échéancier à déterminer. Il lui reste à trouver les bons partenaires et à consolider des alliances avec les instances municipales et provinciales concernées.

«Chose certaine, il n’y aura pas de résilience aux inondations sans l’apport de l’architecture, soutient Bruno Demers. En raison des changements climatiques, les experts confirment que la fréquence et l’ampleur des inondations vont augmenter. Dans ce contexte, la question qu’il faut se poser c’est: comment mieux concevoir, construire et vivre avec l’eau?»