Immobilier

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Palais de justice de Montmagny, propriété de la SQI, CCM2 architectes + Groupe A + Roy-Jacques Architectes
Photo : Stéphane Groleau

L’inertie face aux changements climatiques risque de coûter plus cher que l’investissement dans la résilience. Le monde de l’immobilier est en train de se faire à l’idée.

par Guillaume Roy

L’adaptation n’est pas un luxe si on se fie aux pertes liées aux catastrophes naturelles prises en charge par les assureurs, qui ont bondi de 300 M$ à plus de 1 G$ par année au Canada de 1983 à 20091. Et selon les prévisions des experts, cette progression va continuer.

« Nous observons des évènements météorologiques plus extrêmes et qui durent plus longtemps qu’avant », remarque Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques au Bureau d’assurance du Canada, une association qui représente la majorité des assureurs de dommages, qu’ils soient résidentiels, commerciaux, industriels ou institutionnels. Les travaux de prévention, comme l’aménagement d’un terrain en pente pour éloigner l’eau ou la rénovation visant une meilleure étanchéité de l’enveloppe, demeurent le moyen par excellence pour diminuer les impacts des changements climatiques et, ainsi, d’éviter les réclamations et les dégâts, selon ce dernier. « Quand des dommages surviennent à répétition, le risque devient une certitude, et il est alors impossible d’assurer un bâtiment », explique-t-il, à moins que le problème ne soit réparé.

Selon Andrée De Serres, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environne­mentale de l’UQAM et titulaire de la Chaire Ivanhoé Cambridge d’immobilier, les prêteurs et les assureurs exigeront des constructions plus résilientes aux changements climatiques au cours des prochaines années. C’est d’ailleurs déjà le cas à certains endroits. « En Floride, par exemple, les assureurs sont de plus en plus exigeants et, dans certains cas, ils refusent même d’assurer certaines zones », dit-elle, en faisant référence aux dommages causés par les ouragans. 

Prévenir plutôt que guérir

À la Société québécoise des infrastructures (SQI), on a bien compris l’enjeu. « On ne peut pas se permettre d’attendre que le Code évolue pour adapter nos bâtiments aux changements climatiques », souligne Bernard Sicotte, directeur de la planifi­cation stratégique à la SQI. Pour cet architecte qui gère des actifs publics d’une valeur de plus de 4 G$, ne pas agir maintenant mettrait en péril les investissements de l’État, car le risque d’usure des matériaux et des systèmes est exacerbé par les aléas climatiques. « De plus, on mettrait en danger la santé et la sécurité des fonctionnaires, ainsi que la première ligne de protection civile », dit-il.

C’est pourquoi la SQI a lancé en mars dernier un vaste projet visant à caracté­riser la vulnérabilité de tous ses bâti­ments pour se préparer à l’augmen­tation des risques climatiques. Ce projet, réalisé en collabo­ration avec le consortium Ouranos et l’Institut national de santé publique du Québec, mènera à la création d’un guide d’analyse de la vulnérabilité qui sera publié à la fin de 2020.

Selon Nathalie Bleau, coordonnatrice du programme de recherche sur l’environ­nement bâti à Ouranos, ce projet est pertinent pour tous les propriétaires d’immeubles du Québec, car la SQI possède différents types de bâtiments – des immeu­bles de bureaux, des hôpitaux et des palais de justice –, construits à différentes époques et situés dans toutes les régions du Québec.

L’outil permettra à la SQI comme aux autres propriétaires « d’élaborer une méthodologie d’analyse et de dresser un plan d’intervention », souligne pour sa part Marie Aubé, architecte à la Direction de l’expertise de Québec et membre du comité du développement durable à la SQI. « Par exemple, on pourra choisir des membranes de toitures capables de résister aux vents intenses ou encore planter des arbres et prévoir des zones d’ombrage dans les stationnements pour réduire les îlots de chaleur. »

Vision d’ensemble

De son côté, BOMA Canada a lancé en janvier Avez-vous bien préparé votre immeuble ?, son premier guide de résilience. La publication, qui sera actualisée tous les ans, décrit des stratégies d’adaptation payantes, comme la sélection de matériaux étanches, l’installation de fenêtres résistantes aux chocs ou encore de toits végétalisés. De telles améliorations, y apprend-on, en plus de diminuer les risques, entraînent d’autres avantages pour les entreprises : intensification de la concurrence, augmentation de la productivité et de l’efficacité, santé des employés et réduction du taux d’absentéisme.

Cela dit, les propriétaires ne doivent pas agir de manière isolée, estime Andrée De Serres. « Un propriétaire peut mettre un toit blanc et ajouter des végétaux, mais il ne réglera pas le problème des îlots de chaleur à lui seul », dit-elle. Il en va de même pour les problèmes qui peuvent toucher un réseau d’égout ou un réseau énergétique lors d’une inondation. « Nous devons avoir une vision plus systémique pour développer des communautés résilientes. »

 

1. Glenn McGillivray, directeur général de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques, présentation Catastrophic loss trends in Canada, 18 octobre 2016.