Aménagement des intersections

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Pour de nombreuses personnes âgées, traverser une intersection tient du parcours du combattant. De meilleurs aménagements et l’établissement de circuits plus sécuritaires réduiraient les risques de collision et favoriseraient la marche, démontre une recherche montréalaise.

Jean-François Venne

À Montréal, environ les deux tiers des piétons heurtés par une voiture à une intersection sont des personnes âgées, selon la Table de concertation des aînés de l’Île de Montréal. De quoi leur donner envie de rester chez elles… ou de se déplacer en voiture !

« Réduire les émissions de gaz à effet de serre en limitant l’usage de la voiture et favoriser les déplacements à pied ou à vélo pour améliorer la santé publique sont des préoccupations omniprésentes dans nos sociétés. Elles posent la question de la sécurité des marcheurs et des cyclistes, notamment aux intersections », lance Sébastien Lord. Ce chercheur en aménagement de l’Université de Montréal s’est intéressé à la sécurité des piétons âgés, souvent les plus vulnérables.

L’originalité de ses travaux de recherche tient à la méthode employée. La plupart des études sur ce sujet procèdent par observation. Les chercheurs scrutent les traversées d’un certain nombre de piétons, puis dressent des constats. Sébastien Lord a été plus loin, en soumettant plusieurs piétons âgés à un questionnaire, sur place, immédiatement après leur traversée. Ses conclusions tiennent donc compte des perceptions des premiers intéressés.

En 2014, son équipe et lui ont observé plus de 2000 traversées d’intersection à Montréal, en banlieue et en région. Ils ont aussi fait passer 200 questionnaires.


L’aménagement en cause

Les résultats font ressortir trois déterminants de la sécurité des piétons : leur comportement, la complexité de l’intersection et son aménagement. En ce qui a trait au comportement, les gens sont plus ou moins prudents selon leur perception des risques. Une petite portion des personnes interviewées prenaient des risques sans en être conscientes, comme traverser ailleurs qu’aux endroits réservés à cet effet, ce qui augmente leur vulnérabilité. Les personnes âgées peinant à se déplacer adoptaient aussi certains comportements risqués. La plupart concentraient leur attention sur la chaussée, afin d’éviter de tomber, et ne regardaient donc pas la circulation.

Bien sûr, la complexité d’une intersection augmente le péril : il est plus ardu de franchir une route à six voies qu’un sens unique à une voie. Or, l’aménagement compte aussi pour beaucoup. « Il est possible, en aménageant les intersections, de réduire les risques et d’inciter les piétons à des comportements prudents », soutient le chercheur. Heureusement, les solutions à cet égard sont souvent simples. Par exemple, lorsque le marquage au sol d’une traversée est clair et propre, les piétons ont tendance à le suivre plutôt que de marcher où bon leur semble. Franchir une rue plus étroite est aussi moins risqué, ce qui milite, selon Sébastien Lord, en faveur de l’aménagement de saillies de trottoir ou de terre-pleins larges et accueillants. En effet, les personnes âgées sont nombreuses à traverser les plus grandes artères en deux temps, mais se retrouvent souvent isolées sur un étroit terre-plein, dans une position précaire.

Certaines municipalités mènent déjà des expériences en matière d’aménagement piétonnier aux intersections. L’arrondissement montréalais de Rosemont–La Petite-Patrie teste, par exemple, des trottoirs qui traversent carrément la rue. Les piétons ont tendance à les suivre pour franchir les intersections, ce qui est plus prudent. Surélevés, ces trottoirs font aussi office de dos d’âne, incitant les automobilistes à ralentir.


Parcours sécuritaires

« Il est impensable d’aménager parfaitement toutes les intersections et de les rendre absolument sécuritaires, concède toutefois Sébastien Lord. Les décideurs devraient d’abord se concentrer sur l’établissement de parcours favorables à la marche utilitaire. »

Ainsi, le réaménagement des intersections pourrait être ciblé à des endroits stratégiques, près de commerces, de bibliothèques ou d’établissements de soins de santé, par exemple. Cela permettrait aux piétons de suivre des parcours sécuritaires pour se rendre là où ils ont besoin d’aller. De tels aménagements auraient aussi l’avantage de concentrer les piétons, notamment les plus âgés, à certains endroits. Et plus il y a de piétons massés à une intersection, plus les automobilistes sont vigilants. 

Mais pour déterminer quels endroits viser en priorité, il faut bien comprendre pourquoi les gens choisissent de marcher et où ils vont. « Les gens ne se déplacent pas de la même manière, ni pour les mêmes raisons, sur Le Plateau-Mont-Royal et à Blainville », illustre le chercheur. C’est le sujet qui le préoccupe, désormais. Son équipe et lui mènent à présent des entrevues auprès de personnes âgées afin d’établir leurs déplacements et leurs itinéraires. Il espère que les données recueillies permettront d’établir des circuits conviviaux, qui inciteront encore plus de gens à opter pour la marche.