Samson et Dalila - Opéra de Montréal    

Oeuvres hors catégorie

L’opéra français Samson & Dalila, composé par Camille Saint-Saëns sur un livret de Ferdinand Lemaire, fut à sa création présenté comme un oratorio, c’est-à-dire une forme opératique chantée sans incarnation scénique, ce qui en fait l’une des oeuvres du répertoire les plus difficiles à mettre en scène. Sa structure qui soutient le récit dramatique sans égard à la dramaturgie propre à l’opéra multiplie les moments où le rythme de la représentation est mis en péril. Ce qui explique sans doute le désir de l’Opéra de Montréal d’intégrer la vidéo à la représentation afin d’en soutenir le rythme dramatique et d’ainsi inscrire la production dans un axe esthétique contemporain. Le travail de l’espace aura constitué en l’élaboration d’une structure modulable aux proportions monumentales destinée à recevoir des projections de grand format. Inspiré des murs qui séparent encore aujourd’hui certains territoires, notamment la « barrière de séparation » érigée entre Israël et la Cisjordanie, le dispositif joue le rôle d’un bâtiment dont la modénature changeante épouse les moindres soubresauts de la partition musicale et visuelle. Ses deux murs en angle et son plancher en pente dynamisent les mouvements de groupe opérés par un choeur de 70 protagonistes autant qu’ils supportent les scènes intimistes entre les deux personnages principaux incarnés par la contre-alto québécoise Marie-Nicole Lemieux et le ténor allemand Endrik Wottrich. Le plus grand défi du dispositif relevait de la rapidité avec laquelle les différentes configurations pourraient se déployer mais aussi du bruit potentiel que les mouvements pourraient créer. Faut-il rappeler que le bruit parasite est un problème à l’opéra mais aussi que la trame temporelle de la représentation est rythmée par la musique elle-même et que les mouvements éventuels doivent se conformer à la partition. Les qualités formelles du dispositif en font une sorte de conque naturelle qui redirige le son de l’orchestre vers le public, alors que ses lignes pures et sa matérialité contemporaine supportent la trame du mythe tout en l’inscrivant dans le monde actuel.

Anick La Bissonnière, architecte