Date de publication : 16 juin 2026

Étudier l’architecture à l’ère de l’intelligence artificielle


L’intelligence artificielle est débarquée depuis peu dans le domaine de l’architecture. Une nouveauté qui préoccupe les candidates et candidats à la profession, le corps enseignant et les maîtres de stage, qui se préparent aux bouleversements qui s’en viennent.

Photo : Sam Richter / Adobe Stock

L’intelligence artificielle (IA) et autres changements technologiques constituent une préoccupation majeure pour les candidats et candidates à la profession d’architecte au Canada, révèle un sondage mené par l’Institut royal d’architecture du Canada (IRAC) dont les résultats ont été rendus publics en novembre 20251. «Les répondants prévoient des impacts importants liés à l’intelligence artificielle, à l’automatisation et à l’évolution des outils de conception, et s’interrogent sur la manière dont les architectes peuvent s’adapter sans perdre la créativité humaine », écrivent Fiona Hamilton et Giovanna Boniface, les autrices du sondage, dans le Journal de l’IRAC. 

Un avis que partage Maria Jose Nolasco, candidate à la profession d’architecte chez NFOE et étudiante à la maîtrise en architecture à l’Université McGill. Selon elle, l’IA, en plus d’effectuer certaines tâches demandées habituellement aux jeunes diplômées et diplômés, comme des concepts préliminaires ou des exportations de plans, forcera les étudiantes et étudiants à développer davantage leur esprit critique en raison de l’abondance de documents qu’ils pourront créer rapidement grâce aux outils d’IA. « Ces outils permettent de faire beaucoup de dessins, de belles images, mais parfois le projet n’est pas présenté de manière compréhensible et cohérente, ou encore les étudiants ne comprennent pas bien toutes les informations générées », constate-t-elle. 

Malgré tout, elle pense que la généralisation des outils d’IA va pousser l’ensemble des architectes à être plus efficaces et à faire preuve de précision. « Si l’IA permet de faire certaines tâches plus rapidement [comme les rendus photoréalistes], nous devrons être plus clairs dans nos concepts et dans nos décisions », dit-elle. Des concepts trop vagues ou des consignes imprécises risquent de générer de la part de l’IA des réponses qui sont loin des résultats espérés.  

C’est entre autres l’objectif que poursuivent les architectes Patrick Harrop et Ewan Branda, professeurs invités à l’École d’architecture de l’Université de Montréal (UdeM) avec leur atelier Perturbations et potentialités. Dans cet atelier, les étudiants et étudiantes examinent les défis et les possibilités offertes par la technologie de l’IA dans le domaine de l’architecture. « Le but n’est pas forcément de leur enseigner l’IA, mais de les habituer à réagir à une vitesse qu’on n’a jamais connue dans le métier », explique Patrick Harrop. 

Avec les étudiantes et étudiants, ils travaillent entre autres sur ComfyUi, un logiciel open source qui permet de générer des images et de créer un workflow. « Là où nous développions à l’origine une approche conceptuelle unique, l’IA génère une multitude infinie d’idées, précise Ewan Barda. Nous encourageons les étudiants à regrouper leur travail dans des modules d’IA réutilisables et bien documentés, au sein d’un catalogue plus large de flux de travail englobant à la fois des méthodes analogiques et numériques. » 

Vers une évolution des compétences 

Nicholas Harvey, candidat à la profession d’architecte chez NFOE, estime essentiel de se former aux outils qui existent. « Si on ne s’y met pas, on va peut-être perdre des occasions d’être plus productif dans notre travail. » 

Il sert toutefois une mise en garde. « Un écart de compétence risque de se créer entre ceux qui utilisent les résultats sans trop réfléchir et ceux qui font l’effort de comprendre par eux-mêmes les calculs qu’il est désormais possible d’effectuer avec l’IA – l’étude solaire ou la consommation d’énergie, par exemple – et qui seront à même de challenger les outils », estime-t-il. 

Laurent Mercure, architecte, associé chez NFOE et directeur Pratique, Qualité et Innovation, a une autre préoccupation : « Par crainte de déranger, des employés junior peuvent avoir tendance à s’adresser à l’IA plutôt qu’à un architecte d’expérience pour obtenir des informations », soulève-t-il. À son avis, cela risque de faire en sorte que les jeunes architectes s’isolent et travaillent en vase clos, se privant ainsi d’un précieux transfert de connaissances venant de générations précédentes d’architectes. 

À l’inverse, des architectes ayant plus d’expérience pourraient privilégier les outils d’IA pour effectuer certaines tâches plutôt que de les expliquer à leurs jeunes collègues, ce qui constitue un risque pour la formation de la relève. 

Cet architecte, qui a notamment contribué à l’intégration d’agents d’IA spécialisés dans certains aspects de la pratique – les questions liées au Code de construction notamment –, participe actuellement à la réflexion sur la refonte du référentiel de compétences de l’OAQ, dont il est membre du conseil d’administration. « On réfléchit justement à la place à faire aux nouvelles technologies dans le référentiel », indique-t-il.  

Pour l’instant, l’équipe chargée de cette refonte n’a pas encore de pistes de solution précises pour y intégrer l’utilisation de l’IA. Mais une chose demeure : il faut toutefois faire la distinction entre savoir-faire et compétences, rappelle Patrick Littée, architecte, directeur de la pratique professionnelle à l’OAQ. « L’IA ne change pas le métier, souligne-t-il. Ce qu’un architecte était capable de faire seul avant, il doit savoir le faire seul même lorsqu’il a à sa disposition un agent d’IA. » 

Selon Timothé Plante, étudiant à la maîtrise en architecture à l’UdeM et participant à l’atelier Perturbations et potentialités, l’IA ne remplacera pas les architectes, mais modifiera bel et bien la pratique de l’architecture. « Ça va éliminer des tâches répétitives et automatisables, comme la mise en page de documents ou les comptes rendus de réunions », illustre-t-il.  

En viendra-t-on un jour à exiger des architectes qui débutent dans la profession qu’ils et elles connaissent l’IA ? Laurent Mercure ne saurait l’affirmer. Mais il note que cette compétence varie beaucoup au sein des candidats et candidates à la profession d’architecte qui travaillent chez NFOE. « Certains l’utilisent beaucoup tandis que d’autres pas du tout, et ça n’affecte pas mon avis sur la personne, spécifie-t-il. Ce qui va plus m’allumer, c’est sa vigilance et son esprit critique par rapport à l’outil. » 

L’architecte croit d’ailleurs que les maîtres de stage ont la responsabilité de se tenir à jour sur l’évolution de ces outils. « Il faut poser des questions, regarder ce qui se fait, observer comment les stagiaires l’utilisent et avoir un regard critique là-dessus. » 

Selon lui, il est essentiel d’intégrer l’aspect éthique et déontologique de l’utilisation de l’IA dans le référentiel de compétences et dans la formation continue de l’OAQ. Car il ne faut pas oublier que « le modèle d’affaires de l’IA, c’est de prendre des données », conclut l’architecte.  

1  Journal de l’IRAC – Le novembre 2025

PORTRAIT D’UNE CANDIDATE  À LA PROFESSION 

Noémie Lachance, candidate à la profession d’architecte chez PRISME architecture 

Noémie Lachance, 26 ans, a trouvé dans l’architecture de quoi satisfaire ses passions. Cette profession « regroupe plusieurs de mes intérêts et mobilise des compétences variées comme la créativité, la psychologie de l’espace, la durabilité et l’analyse », détaille-t-elle. 

Pendant ses études au baccalauréat en architecture à l’UdeM, elle met rapidement en pratique ses nouveaux acquis en travaillant à temps partiel comme candidate à la profession d’architecte pour PRISME architecture. 

Et les marques de reconnaissance s’enchaînent depuis. Grâce à son projet final d’atelier du baccalauréat intitulé Synergie urbaine, une serre imaginée au cœur du quartier Saint-Henri, à Montréal, avec sa collègue Béatrice Pépin, elle décroche la Bourse d’excellence NFOE et le Prix d’excellence SDK et associés. La structure autoportante en bois de ce projet leur vaut également le Prix étudiant – Projet de conception 2025 de Cecobois. 

Peu de temps après, durant sa maîtrise, elle participe au concours international sur l’accessibilité au CEPSUM avec sa coéquipière Jolayne Barbeau. Leur projet, conçu pour répondre à l’un des trois sujets du concours, « assister à un match dans le stade », remporte le deuxième prix ex aequo. Il intègre des aspects écologiques, comme le réemploi du béton concassé des escaliers extérieurs – qu’elles proposaient de démolir – pour en faire des gabions à intégrer dans l’aménagement paysager. 

Cet intérêt pour le développement durable, qui s’est manifesté durant ses cours de biologie au cégep, la pousse à suivre une formation pour obtenir la certification « associée écologique LEED » en 2025. Elle envisage de passer le niveau supérieur en suivant une autre formation pour devenir « LEED AP », ce qui lui permettra de devenir une référence en la matière chez PRISME. 

Rendu de l’intérieur de la serre verticale imaginée par Noémie Lachance et sa collègue Béatrice Pépin