À l’approche de l’Examen des architectes du Canada, qui a lieu chaque année en novembre, la pression monte pour les candidats et candidates à la profession. Passage obligé en vue de l’obtention du titre d’architecte, l’ExAC suscite son lot de questions… et d’inquiétudes. Zoom sur les meilleures façons de s’y préparer.
Une affirmation d’entrée de jeu : on n’aborde pas l’Examen des architectes du Canada, mieux connu sous l’acronyme ExAC, comme un simple examen universitaire. « L’ExAC repose d’abord sur l’expérience », résume Isabelle Beauchamp, architecte associée chez Blouin Beauchamp Architectes et membre du comité de l’ExAC en tant que représentante de la région du Québec et de la francophonie. Selon elle, une exposition variée à la pratique, depuis le développement de projet jusqu’aux visites de chantier, permet de mieux comprendre les mises en situation soumises à l’examen.
L’expérience, premier outil de préparation
Pour être admissibles à l’ExAC, les candidates et candidats doivent avoir enregistré au moins 2800 heures de stage dans le Livret de stage canadien. Beaucoup choisissent toutefois d’en accumuler davantage avant de se présenter à l’examen afin d’optimiser et de diversifier leur expérience.
C’est le cas de Sandrine Arguin, architecte à l’Agence Spatiale. Lorsqu’elle a passé avec succès l’examen, en 2024, elle avait effectué 3720 heures dans le Programme de stage en architecture, soit près de 1000 heures de plus que le nombre requis pour l’ExAC. « Travailler en pratique aide beaucoup plus que de simplement lire des textes », affirme-t-elle. Le fait d’avoir participé à des projets du début à la fin lui a permis de mieux comprendre les rouages de la profession et d’être fin prête pour les mises en situation présentées à l’examen.
Michael Simard, architecte chez Provencher_Roy, a lui aussi choisi de patienter avant de se présenter à l’ExAC en 2023, malgré le nombre d’heures requis déjà atteint. « En lisant le guide de préparation, j’ai vite compris que la section 4 reposait beaucoup sur des cas pratiques liés au chantier. Comme j’avais peu touché à cet aspect pendant mon stage, je ne me sentais pas vraiment prêt, même en ayant étudié la théorie. » Afin de pallier cette lacune, Michael a discuté avec sa superviseure afin d’obtenir davantage d’occasions de participer à des visites de chantier.
Pour nombre de candidats et candidates, le terrain demeure l’un des meilleurs outils de préparation à l’examen. L’expérience de Khalid Jerrar, architecte chez MSDL Architectes, illustre bien cette réalité. Après deux échecs à l’ExAC, en 2023 et 2024, il a constaté que l’expérience acquise en pratique, combinée à des formations spécialisées, avait joué un rôle déterminant dans la réussite de l’examen en 2025.
Trouver son rythme et ses ressources
Michael Simard se souvient de sa préparation soutenue à l’ExAC. Il y a consacré environ 20 heures par semaine, pendant près de trois mois, en s’imposant un calendrier d’étude et des lectures hebdomadaires. Et il s’est associé à des collègues pour étudier. « C’est exigeant, surtout en travaillant à temps plein, mais le fait d’avoir eu un groupe d’étude m’a vraiment aidé. »
Parmi ses nombreuses lectures, sa référence principale a été le Guide technique et pratique de la construction, de Francis D. K. Ching, dont il a apprécié la clarté. « J’ai suivi principalement la liste d’ouvrages recommandés dans le guide de l’ExAC, en choisissant ceux qui me semblaient les plus pertinents. Je me suis aussi appuyé sur l’expérience de candidats des années précédentes pour mieux cibler mes lectures. »
Même chose du côté de Sandrine Arguin. Pas question d’y aller à la légère. « J’ai commencé à étudier début août avec un plan de match structuré en m’assurant de bien valider les objectifs des quatre parties de l’examen. J’ai beaucoup étudié le Manuel canadien de pratique de l’architecture, qui m’a éclairée sur le rôle de l’architecte dans l’ensemble du processus de projet. J’ai travaillé avec quelques amis qui vivaient la même préparation. »
Il est également possible de suivre des formations. Parmi les plus populaires : celle sur le Code de construction du Québec, de Jozef Zorko, architecte associé chez DMA architectes. Offerte par l’OAQ (35 heures, 770 $ pour les candidats et candidates), elle propose une méthode pour naviguer efficacement dans le Code. Beaucoup suivent également le séminaire gratuit offert par Éric Moutquin, architecte associé chez EVOQ Architecture, couvrant la matière de la section 4 de l’ExAC, qui porte sur les processus d’appels d’offres, la négociation contractuelle et l’administration de projets.
Signe des temps, plusieurs candidats et candidates ont aussi intégré les outils d’intelligence artificielle à leur préparation. Utilisés pour obtenir des explications supplémentaires, clarifier certains concepts ou générer des exercices pratiques, ils peuvent constituer un complément utile aux formations et aux lectures, à condition de les utiliser avec discernement, en vérifiant les informations et en les croisant avec des sources fiables.
Le jour J : gérer son temps, son énergie et son stress
Une fois devant l’examen, plusieurs candidates et candidats constatent que la réalité est moins intimidante que ce qu’ils avaient imaginé. « Il y a souvent plus d’inquiétude autour de l’examen que ce que l’on vit réellement au moment de le passer », observe Sandrine Arguin.
Pour autant, l’ExAC demeure exigeant. Plus que les connaissances elles-mêmes, « le facteur temps est l’un des éléments les plus importants de l’examen », souligne Sandrine Arguin. Khalid Jerrar abonde dans le même sens : « Lorsqu’une question “résiste”, mieux vaut passer à la suivante et y revenir plus tard plutôt que de s’y enliser. »
L’examen se déroule sur deux journées complètes. La concentration est donc mise à rude épreuve. « La gestion de son énergie est essentielle », rappelle Michael Simard. Selon lui, les derniers jours avant l’épreuve devraient être consacrés au repos plutôt qu’à la révision intensive. Car l’ExAC ne s’appuie pas uniquement sur la mémorisation de concepts. « Au-delà des connaissances techniques, l’examen teste notre capacité à raisonner et à prendre de bonnes décisions », fait remarquer Sandrine Arguin. L’expérience acquise en pratique et le jugement professionnel demeurent donc des alliés aussi importants que les heures passées à étudier.
Tous et toutes insistent enfin sur un point : il est impossible de tout savoir. « Il faut accepter qu’on ne connaîtra pas toutes les réponses », laisse tomber Sandrine Arguin.
Pour obtenir plus de renseignements sur l’ExAC et télécharger le Guide de préparation, visitez le site.
Maïté Ligot : la curiosité comme moteur de préparation à l’ExAC

Candidate à la profession d’architecte chez Provencher_Roy depuis près de deux ans et forte de ses quelque 3300 heures d’expérience professionnelle, Maïté Ligot prévoit passer l’ExAC en novembre 2026. Malgré l’ampleur de la préparation, elle aborde cette étape avec curiosité, comme une occasion d’approfondir des notions moins familières, notamment en chantier et en dessins d’exécution.
« Il y a tellement de choses à découvrir en architecture ; c’est sans limite », confie la jeune femme de 26 ans, diplômée de l’Université de Montréal. Pourtant, elle n’avait pas l’architecture en tête lorsqu’elle a entrepris des études en sciences, lettres et arts au cégep. Mais attirée par les arts appliqués et la sociologie, elle a vu dans l’architecture une façon de réunir ses différents champs d’intérêt.
Un atelier estival de design à Hanoï, au Vietnam, confirme son intérêt. « Les visites de sites urbains m’ont marquée. Comprendre comment l’île aux Bananes [un écrin de verdure au milieu du fleuve Rouge] s’est développée, avec toutes ses réalités sociales et urbaines, m’a vraiment fascinée. »
Chez Provencher_Roy, Maïté Ligot participe à des mandats variés à différentes étapes de conception, dont le projet Terra Nostra, dans le futur Écoquartier Louvain, à Montréal, et une étude patrimoniale à Montréal-Nord. Lorsqu’on lui demande où elle se voit dans quelques années, elle hésite à tracer une trajectoire trop précise. « Pour l’instant, je préfère profiter de mon stage pour découvrir les multiples facettes de la profession », dit-elle.