Une conception de qualité profite mutuellement aux êtres humains et non humains. Tout ce que nous concevons a des conséquences directes sur les écosystèmes du site et de ses environs. Comprendre la dynamique du site permet de prendre conscience de ces répercussions.

- Comment l’environnement bâti peut-il soutenir la santé écologique de son lieu d’implantation au fil du temps?
- Comment l’environnement bâti peut-il aider les gens qui l’utilisent à se familiariser avec l’écosystème environnant et à s’y sentir liés?
- Comment l’environnement bâti peut-il soutenir la résilience et favoriser l’adaptation aux changements climatiques grâce à des solutions fondées sur la nature?
- Comment le projet peut-il favoriser la restauration de l’habitat régional?
- Comment le projet peut-il favoriser un accès équitable à la nature?
Principaux thèmes
- Limites environnementales du site : terre, eau et atmosphère
- Réduction des incidences sur les êtres humains : lumière, bruit et chaleur
- Solutions fondées sur la nature
- Biodiversité et conception régénérative
Boîte à outils : Concevoir pour les écosystèmes
Note : les passages surlignés en bleu indiquent des adaptations au contexte québécois.
Si vous ne pouvez faire qu’une chose (ou quelques-unes) :
- CARBONEUTRALITÉ : au moment de sélectionner les matériaux, tenez compte de différents facteurs (p. ex., fabrication, construction et élimination en fin de vie) ainsi que des répercussions sur les écosystèmes de leur lieu d’origine et du site.
- RÉSILIENCE : évaluez les caractéristiques de l’état initial des lieux, les services écosystémiques et la capacité d’adaptation à un climat changeant. Cherchez à comprendre l’écosystème et la dynamique du site. Cela peut aider à adapter le projet aux conditions et aux répercussions du climat changeant.
- ÉQUITÉ : étudiez l’histoire et la culture du territoire pour en comprendre l’évolution au fil du temps. Intégrez des stratégies de restauration : améliorer le couvert arboricole urbain dans les zones historiquement désinvesties, réduire l’effet d’îlot de chaleur et favoriser la régénération des sols. Réhabiliter les milieux humides fait également partie des stratégies de restauration.
- SANTÉ : cernez les stratégies les plus importantes pour réduire les incidences négatives sur l’écosystème, améliorer la santé humaine et éliminer la toxicité chimique.
Note : les passages surlignés en bleu indiquent des adaptations au contexte québécois.
« Nature » est un terme général qui englobe une variété d’écosystèmes à une multitude d’échelles. Pour concevoir en harmonie avec la nature, il faut comprendre le fonctionnement des écosystèmes et ce dont ils ont besoin pour prospérer. Les êtres humains SONT la nature; ils n’en sont pas distincts. Ils sont même totalement dépendants de la biodiversité de la nature pour survivre. Pour concevoir dans un réel souci de bien-être, il faut le faire de façon à soutenir les écosystèmes.
Terre, eau et atmosphère
Analyser la géographie d’un site n’est pas un concept nouveau. En effet, il est essentiel de comprendre la dynamique d’un site pour créer une conception réellement adaptative. Les projets de conception ont une incidence sur les sites, et l’inverse est tout aussi vrai; cet équilibre est d’ailleurs crucial pour concevoir en harmonie avec la nature, et non contre elle. Une conception hautement adaptative résiste bien aux changements et est plus saine pour tous les gens qui habitent le site et dans les environs. Avant d’amorcer tout travail de conception, prenez le temps de comprendre l’écologie locale et les services écologiques offerts sur le site et dans l’ensemble de l’écosystème régional. L’aménagement d’un site de manière à protéger ou à rétablir ces services écologiques permet de relier la terre à son histoire écologique. Une bonne analyse de site prend en compte les répercussions sur la terre, l’eau et l’atmosphère :
La terre et les écorégions abritent différentes espèces qui ont évolué pour s’épanouir dans des conditions particulières et souvent difficiles. Il est important de comprendre la géologie d’un site et les sols qui le composent pour non seulement établir des fondations durables, mais aussi pour prévoir les mouvements futurs et les forces perturbatrices comme les tremblements de terre et les éruptions volcaniques.
L’eau et ses mouvements influencent également le terrain d’un site, façonnant la topographie. Il est essentiel de comprendre l’hydrologie d’un site pour en améliorer la résilience et soutenir les éléments vivants. La présence d’eau sur un site influe sur la santé humaine – du bassin versant au tuyau de descente d’eaux pluviales.
L’atmosphère, le climat et les conditions météorologiques ont des répercussions sur le site. Les effets des changements climatiques anthropiques devenant plus fréquents et plus intenses, il est important d’anticiper les dangers possibles et de planifier des stratégies d’adaptation et d’atténuation.
Évaluez les différentes conditions géographiques sur le terrain. Évaluez les caractéristiques de l’état initial des lieux, sur les plans quantitatif et qualitatif. Pour la terre, considérez la géologie, la géographie, le terrain, la topographie et les écorégions; pour l’eau, tenez compte des bassins versants, du mouvement de l’eau, des plans d’eau, de l’hydrologie, des plaines inondables et des eaux pluviales; pour l’atmosphère, envisagez le climat, les conditions météorologiques, le vent et l’ensoleillement.
Un site réaménagé peut présenter des problèmes environnementaux particuliers découlant de ses fonctions antérieures : contaminants du sol et des eaux souterraines et matériaux dangereux dans les bâtiments qui peuvent nécessiter une remise en état. Reconnaissez les risques pour l’environnement et travaillez avec des spécialistes à des stratégies d’atténuation.
Terre : préserver les sols et les habitats
- Recensez les sols et les formations rocheuses sur le site. Ce faisant, vous découvrirez des indices sur la dynamique du site et les mouvements de la nature qui l’influencent. Les types de sols donnent des indications sur leur perméabilité, ce qui peut faciliter la planification de la gestion des eaux de pluie et d’autres stratégies d’aménagement à faible impact.
- Réduisez le plus possible les perturbations du terrain non seulement pour économiser de l’argent, mais aussi pour préserver la topographie naturelle du site et réduire les effets sur les écosystèmes existants.
- Plantez plus et pavez moins. Remplacez les infrastructures à forte empreinte carbone par des solutions vertes : essayez de respecter une proportion de 70 % de matériaux végétaux et de 30 % de matériaux inertes, ou faites mieux.
- Évitez le plus possible de démolir des sites et des bâtiments. Réutiliser les matériaux sur place réduit directement l’empreinte carbone et les répercussions sur une planète en mutation.
- Augmentez la teneur en carbone du sol en maximisant le couvert végétal. Le fait de laisser des débris de bois, des arbres morts, des tas de branchage et de la litière de feuilles augmente également le carbone organique dans le sol. Étudiez les possibilités d’assainissement et d’aération des sols.
- Améliorez la biodiversité du site. Élargissez les corridors d’habitat régionaux et raccordez-les à l’environnement bâti. Enfin, augmentez la perméabilité du site et la surface végétalisée par rapport à l’état initial des lieux.
- Assainissez les friches industrielles afin d’accroître la valeur économique du site à long terme pour la communauté et les générations futures.
- Sensibilisez les parties prenantes au contrôle des espèces envahissantes. Invitez-les à consulter la réglementation à cet effet, à appliquer des mesures pour éliminer durablement ces espèces durant les travaux et à choisir des espèces non envahissantes dans les aménagements paysagers.
Eau : préserver et restaurer les cours d’eau
- Comprenez l’hydrologie du site. Repérez les plaines inondables et appuyez-vous sur des données pour prévoir au mieux leur évolution dans le temps, en particulier dans les collectivités côtières menacées par l’élévation du niveau de la mer. Au Québec, la plateforme Géo-Inondations présente une carte interactive qui indique les secteurs pour lesquels des informations relatives aux zones inondables sont disponibles.
- Évaluez les plans d’eau adjacents : d’où proviennent-ils et où s’écoulent-ils? Établissez s’il existe des zones humides sur le site; si c’est le cas, déterminez-en le fonctionnement (d’où vient l’eau et où va-t-elle?). Déterminez les conséquences en cas de débordement ou d’assèchement des plans d’eau adjacents.
- Établissez comment le site réagit aux précipitations et à leurs cycles naturels et accélérés par le climat. Déterminez la trajectoire d’écoulement naturel des eaux pluviales sur le site et la quantité attendue lors d’un épisode de précipitations. Concevez le projet de manière à réduire le plus possible la contamination des eaux souterraines et celle provenant des rejets du site du projet.
- Dans la mesure du possible, rétablissez l’hydrologie afin de restaurer l’intégrité écologique et de pouvoir gérer les eaux pluviales.
- Maintenez des zones tampons autour des zones sensibles telles que les rivières, les côtes, les zones humides et les pentes abruptes afin de protéger les écosystèmes hautement productifs de tout dommage causé par les activités de construction et d’occupation.
Atmosphère : travailler avec le microclimat et réduire les contaminants
- Analysez le climat de votre site. Veillez à connaître les plages de température et d’humidité, car elles auront une incidence sur les exigences liées au confort thermique et aux systèmes mécaniques ainsi que sur l’efficacité des stratégies de conception passive.
- Évaluez les répercussions potentielles de phénomènes météorologiques violents sur le site, tels que les incendies, les ondes de tempête et les vents violents. Procédez à une évaluation des vulnérabilités pour cerner les dangers potentiels et hiérarchiser les stratégies de conception résiliente.
- Déterminez les vents dominants sur le site, annuellement et par saison. Le vent change souvent de direction au cours de l’année. Déterminez la vitesse et la température des vents dominants pour savoir s’ils peuvent servir à la production d’énergie ou à la ventilation, ou s’ils doivent être bloqués pour protéger le bâtiment.
- Déterminez la trajectoire du soleil sur le site tout au long de l’année. L’azimut et l’altitude sont utiles pour déterminer des stratégies d’ombrage efficaces ainsi que la production potentielle d’énergie renouvelable.
- Exploitez les ressources solaires et éoliennes pour réduire la consommation d’énergie et produire de l’énergie renouvelable. Les vents dominants sont à double tranchant : ils peuvent soit permettre une ventilation naturelle, soit être une source de froid extrême. L’insolation permet un éclairement lumineux naturel et un chauffage passif gratuits.
- Concevez dans le but de réduire le plus possible les changements de microclimat sur votre site.
- Concevez dans le but de réduire le plus possible les émissions et les particules en suspension dans l’air. Pour ce faire, veillez à diminuer le nombre de kilomètres parcourus par les véhicules pour réaliser les activités d’approvisionnement en matériaux, de construction et d’entretien. Améliorer le couvert végétal présente de nombreux avantages. Cela contribue notamment à réduire les particules en suspension dans l’air ainsi qu’à améliorer l’ombrage et la gestion des eaux pluviales.
- Demandez des déclarations environnementales de produits. Celles-ci indiquent le potentiel de réchauffement climatique des émissions de gaz à effet de serre générées par des produits donnés. Sélectionnez des matériaux à faible potentiel de réchauffement climatique.
Lumière, bruit et chaleur
Comprendre comment l’activité humaine a une incidence sur les écosystèmes locaux – en particulier la pollution par la lumière et par le bruit, et l’effet d’îlot de chaleur – aide les architectes à s’attaquer aux causes de ces problèmes, ce qui améliore à la fois la santé de l’être humain et de l’écosystème.
Prévenir la pollution lumineuse et les intrusions de lumière pour protéger les ciels nocturnes
- La pollution lumineuse nocturne peut perturber le rythme circadien des gens du voisinage et est préjudiciable aux phases de sommeil, tant chez l’être humain que chez les animaux. Maintenir des environnements naturels sombres est donc une considération majeure dans le domaine de la conception de l’éclairage extérieur. Reportez-vous aux lignes directrices relatives à l’éclairement maximal à l’extérieur dans le document Guidelines for Good Exterior Lighting Plans (en anglais seulement) de la Dark Sky Society.
- Tous les luminaires extérieurs doivent être situés en retrait et orientés vers la surface à éclairer. Tout doit être mis en œuvre pour que la source lumineuse ne soit pas dans la ligne de vision des gens.
- L’éclairage du site doit être programmé pour s’allumer au coucher du soleil et s’éteindre à l’heure où les occupants et occupantes ont quitté la propriété ou se sont retirés à l’intérieur.
- Un éclairage restant allumé toute la nuit sur le site est à éviter. Une combinaison de caméras à vision nocturne et de systèmes d’éclairage à détecteur de mouvement peut être utilisée pour veiller à la sécurité du site la nuit, tout en préservant l’obscurité.
- Après avoir suivi toutes les bonnes pratiques ci-dessus, envisagez d’effectuer une simulation par ordinateur pour confirmer que tout éclairage nocturne requis se trouve hors de la ligne de vision des fenêtres.
Réduire la pollution par le bruit
La pollution par le bruit peut causer des problèmes de santé aux gens comme aux écosystèmes. Les sons forts et persistants peuvent entraîner une perte d’audition et causer du stress et de l’hypertension. L’équipe de conception n’a pas beaucoup de contrôle sur les sources acoustiques environnantes, telles que les autoroutes ou les trajectoires de vol.
- Façonnez le bâtiment ou d’autres éléments du site de manière à protéger les gens qui l’occupent et le voisinage de ces bruits.
- Le moyen le plus efficace de contrôler le bruit ambiant est de bloquer physiquement la source à l’aide d’un mur antibruit. Le mur doit être placé aussi près que possible de la source ou du récepteur. Il est nettement moins efficace d’utiliser des plantations pour se prémunir du bruit.
- La quantité de son qui peut voyager dans l’air est déterminée par la densité de l’air. Plus l’air devient sec ou froid, plus il devient dense, ce qui crée davantage de problèmes acoustiques.
- Utilisez des stratégies de masquage des sons, notamment des jeux d’eau, des dispositifs éoliens, des ruches et des jardins pollinisateurs.
- Tenez compte de la pollution par le bruit causée par la construction elle-même et atténuez-la dans la mesure du possible.
- Certains éléments du site, tels que des compresseurs ou des refroidisseurs, créent des bruits et des vibrations indésirables. Privilégiez des équipements plus silencieux et placez-les loin des espaces utilisés par les personnes ou les animaux.
Atténuer l’effet d’îlot de chaleur et la chaleur extrême
Les changements climatiques entraînent une augmentation de la fréquence et de l’ampleur des chaleurs extrêmes (vagues de chaleur). Selon deux études récentes, l’une menée en 2022 et l’autre en 2020, les vagues de chaleur peuvent interagir en synergie avec l’effet d’îlot de chaleur urbain et créer une surchauffe localisée (chaleur urbaine) dépassant de 10 °C et plus les températures ambiantes. Cela peut avoir de graves répercussions sur la consommation d’énergie de refroidissement, la demande d’électricité en période de pointe, la mortalité et la morbidité liées à la chaleur, la qualité de l’environnement urbain, la vulnérabilité locale et le confort.
Aujourd’hui, plus de 50 % de la population mondiale réside dans une zone urbaine, et cette proportion devrait passer à 70 % d’ici 2050. En contexte urbain, la chaleur est particulièrement aiguë dans les zones où les températures sont plus élevées par rapport à leur environnement; c’est ce qu’on appelle des îlots de chaleur. Aux États-Unis, l’effet d’îlot de chaleur augmente les températures diurnes de 0,5 °C à 3,5 °C et les températures nocturnes de 1 °C à 2,5 °C par rapport à la périphérie, selon une récente étude sur les climats urbains locaux.
Des îlots de chaleur de surface se forment parce que les surfaces urbaines, telles que les chaussées et les toits, absorbent et émettent de la chaleur dans une plus grande mesure que la plupart des surfaces naturelles. Lors d’une journée chaude à 32 °C, les matériaux de toiture traditionnels peuvent devenir jusqu’à 33 °C plus chauds que la température de l’air, comme l’indiquait la quatrième évaluation nationale du climat (États-Unis) en 2017. Les îlots de chaleur de surface ont tendance à être plus intenses pendant la journée, lorsque le soleil brille. Les toits sombres augmentent la température de l’air ambiant de 52 %, ce qui accroît les coûts de refroidissement et la consommation d’énergie, tandis que les toits noirs intensifient le ruissellement et les inondations.
Les chaleurs extrêmes peuvent accroître la vulnérabilité d’une communauté. Des recherches ont établi une relation positive entre la température et la mortalité, et ses effets sont exacerbés dans les communautés très vulnérables, notamment celles à faibles revenus, autochtones et vivant en région éloignée ou isolée. Les chaleurs extrêmes peuvent provoquer un épuisement par la chaleur ou un coup de chaleur mortel ou aggraver des conditions sous-jacentes, telles que des maladies cardiovasculaires ou respiratoires, ce qui peut causer la mort. Au cours de l’été 2020, plus de 25 % de la population américaine a présenté des symptômes liés à la chaleur. Parmi tous les groupes socioéconomiques, les plus vulnérables étaient les femmes, les ménages à faibles revenus, les sans-emplois ainsi que les personnes qui s’identifient dans les recensements comme les minorités ethniques. Ces communautés ont toujours eu un accès limité à la climatisation, à des installations de refroidissement ou à des zones naturellement ombragées.
- Utilisez des surfaces perméables pour gérer les eaux pluviales sur le site. Les matériaux de pavage perméables comportent des vides remplis d’air interconnectés et ont donc une plus faible capacité à absorber la chaleur. Les matériaux perméables comprennent le béton et l’asphalte perméables spécialement conçus, les pavages alvéolés et l’agrégat grossier très poreux.
- Fournissez de l’ombre pour réduire l’absorption de chaleur par les éléments minéralisés (allées, stationnements, pistes cyclables, trottoirs, cours et places), les surfaces de toit et les matériaux muraux. Augmentez le couvert arboricole en bordure des rues, des trottoirs et des aires de stationnement. Des treillis et d’autres structures de ce type peuvent soutenir la végétation de façon à ombrager les allées et les places. Dans certains climats, des arbres à feuilles caduques peuvent être utilisés pour permettre un gain de chaleur solaire pendant les mois d’hiver, lorsque les températures extérieures sont froides, et pour faire de l’ombre pendant les mois d’été.
- Les surfaces réfléchissantes chauffent moins au soleil. La réflectivité mesure la capacité d’un matériau à renvoyer le rayonnement. Or, comme toutes les surfaces absorbent une certaine quantité de chaleur, l’émissivité, c’est-à-dire la capacité d’une surface à renvoyer la chaleur dans l’espace, doit également être prise en compte. L’indice de réflectance solaire (IRS) intègre à la fois la réflectivité et l’émissivité. La combinaison de la réflectivité et de l’émissivité signifie que les surfaces claires, faiblement émettrices, sont plus performantes que les surfaces sombres, fortement émettrices. Les matériaux de revêtement efficaces doivent avoir un IRS minimum de 29.
- À l’instar des éléments minéralisés, les surfaces des toits peuvent soit absorber la chaleur, soit la refléter ou en émettre. Les valeurs IRS suggérées pour les toits sont fonction de leur faible pente (inférieure ou égale à 2:12) ou de leur forte pente (supérieure à 2:12). Les options de couverture sont multiples : membranes thermoplastiques ou en PVC blanches, couvertures métalliques blanches, bardeaux sélectionnés, etc. Il est important de confirmer l’IRS d’un produit auprès de son fabricant. Au lieu d’un toit assorti d’une valeur IRS, une toiture végétalisée réduira non seulement l’effet d’îlot de chaleur, mais aussi l’incidence des eaux pluviales en absorbant les précipitations. Une toiture végétalisée améliore également la qualité de l’air, absorbe le bruit ambiant, sert d’isolant thermique et fournit un refroidissement par évapotranspiration. Une toiture végétalisée augmente également la biodiversité d’un site.
- Augmentez les espaces verts, en mettant l’accent sur les zones désinvesties historiquement.
- Bâtissez des centres de résilience climatique – des lieux où les habitants et habitantes peuvent se rafraîchir lorsque les températures montent en flèche. Concevez ces centres avec des sources d’énergie renouvelables et une alimentation de secours pour assurer la continuité des opérations.
- Concevez des ombirères pour couvrir les aires de stationnement et celles pour recharger les véhicules électriques.
- Par le passé, le problème des îlots de chaleur était souvent lié à l’équité. En effet, certaines collectivités vulnérables ont historiquement moins investi dans l’aménagement paysager, le couvert arboricole et les emprises suffisamment larges pour atténuer la chaleur des rues, le bruit et les polluants. Reconnaissez les injustices climatiques et mettez à jour les connaissances de la communauté. Évaluez comment chaque projet peut remédier à des décennies de désinvestissement et rétablir l’équilibre de l’écosystème.
Solutions fondées sur la nature
Il s’agit de pratiques durables de planification, de conception, de gestion de l’environnement et d’ingénierie qui intègrent des caractéristiques ou des processus naturels dans l’environnement bâti afin de promouvoir l’adaptation et la résilience. Ces solutions fondées sur la nature peuvent contribuer à réduire les pertes humaines et matérielles associées à certains des dangers naturels les plus présents dans notre pays. Elles contribuent également à réduire les risques d’inondation, à améliorer la qualité de l’eau et à protéger les environnements côtiers. Mettez en place des couches de protection multiples reposant sur des éléments diversifiés et évolutifs qui permettront de s’adapter aux conditions climatiques changeantes. Les avantages d’une telle approche sont notamment d’ordres environnemental, économique et social : réduire les pertes, rafraîchir le microclimat, améliorer la santé publique et accroître la valeur des biens immobiliers.
- Mettez en place des stratégies de repli ordonné (déplacement des personnes, des bâtiments et des autres actifs) afin de protéger la vie humaine et les investissements en évitant de placer les structures en danger.
- Maintenez les plaines inondables intactes afin de réduire l’érosion, de stocker les eaux de crue, de filtrer la pollution de l’eau et de fournir un habitat aux espèces marines et terrestres.
- Restaurez et protégez les zones humides le long des rivières et des côtes afin de créer des zones tampons contre les inondations et l’action des vagues. Des zones humides saines filtrent, absorbent et ralentissent les eaux de ruissellement.
- Captez, utilisez et récoltez les eaux pluviales par le biais d’aménagements de captage, d’une réalimentation des nappes souterraines et de la gestion de l’eau.
- Améliorez la qualité de l’eau grâce à des stratégies d’infiltration et de phytoremédiation.
- Utilisez des toits verts pour réduire les effets du ruissellement et d’îlot de chaleur, isoler le bâtiment et réduire les coûts énergétiques.
- Mesurez et améliorez l’empreinte carbone des projets. Éliminez les émissions provenant des opérations sur le site et engagez-vous à réduire à zéro les émissions d’ici à 2040.
- Intégrez la production alimentaire dans vos projets. Utilisez les projets pour lutter contre la pénurie alimentaire et les déserts alimentaires. Établissez des partenariats avec des organismes communautaires locaux pour favoriser une répartition équitable des ressources.
- Créez un réseau d’espaces verts et de voies navigables connectés accessibles au public. Préservez les terres pour les voies vertes, les parcs d’eaux pluviales et les espaces récréatifs. Les espaces ouverts interconnectés soutiennent des collectivités saines et résilientes en reliant les habitats ainsi qu’en permettant la circulation de l’eau, de multiples espèces et des êtres humains.
- Concevez des jardins de pluie et des systèmes d’évacuation des eaux pluviales végétalisés à proximité des rues et des chaussées afin de détourner les eaux pluviales des égouts et de favoriser l’infiltration. Utilisez les plantes pour intercepter les polluants et les sédiments et favoriser l’expansion du couvert arboricole.
- Protégez et restaurez des littoraux : dunes, rivages vivants, forêts maritimes, récifs, zones humides et parcs.
Biodiversité et conception régénérative
La biodiversité est essentielle au maintien d’écosystèmes fonctionnels qui soutiennent la vie sur Terre, y compris la vie humaine. Les architectes et les architectes paysagistes peuvent contribuer à la conception de paysages prospères et riches en biodiversité grâce à une planification à l’échelle du site et de la région.
- Protégez les écosystèmes et le peuplement végétal existants des perturbations liées à la construction et des effets du développement urbain. Identifiez et protégez les espèces fauniques et floristiques du site.
- Restaurez les paysages perturbés, régénérez les sols, éliminez les contaminants et introduisez des micro-organismes sains à l’appui des écosystèmes locaux.
- Préservez tous les arbres matures du site. Les arbres contribuent à la séquestration du carbone, éliminant ainsi le CO2 de l’atmosphère tout en fournissant un habitat. Travaillez avec un ou une architecte paysagiste ou un arboriculteur ou une arboricultrice pour évaluer la santé des arbres existants et déterminer la distance de sécurité appropriée des bâtiments. Établissez un plan de protection et mettez-le en œuvre à la phase de construction. Si un arbre doit être abattu, envisagez les possibilités d’utiliser le bois récupéré.
- Améliorez le couvert arboricole urbain, en particulier dans les zones désinvesties historiquement.
- Enlevez les revêtements de chaussée inutiles et remplacez-les par des aménagements paysagers faits de plantes indigènes. Faites valoir les avantages de la réduction des espaces de stationnement et du rétrécissement des rues.
- Concevez des aménagements paysagers composés à 100 % de plantes endémiques (se trouvant dans une zone limitée à l’état naturel) et indigènes, en particulier d’espèces qui attirent les pollinisateurs. Les plantes indigènes ont évolué pour prospérer dans leur environnement local sans irrigation ni traitement du sol.
- Couvrez la plus grande partie possible de la zone non bâtie avec une grande diversité de plantes indigènes afin de créer un microclimat confortable. Chaque parcelle d’habitat compte, même si la seule intervention possible en est une minime.
- Diversifiez les sélections de plantes pour éviter les maladies et les ravageurs. Travaillez avec un ou une architecte paysagiste ou une horticultrice ou un horticulteur pour créer une palette d’espèces indigènes permettant à chacune d’entre elles de s’épanouir.
- Concevez de manière à éliminer les rouleaux ou les plaques de gazon.
- Concevez en ayant pour but de favoriser la production alimentaire sur place.
- Conservez et protégez les écosystèmes aquatiques, y compris les zones humides et les habitats aquatiques qui assurent des fonctions écosystémiques essentielles pour les poissons, les autres espèces sauvages et l’être humain.
- Collaborez avec la collectivité locale et les peuples autochtones pour apprendre les systèmes de connaissances culturelles et les pratiques de soins.
- Évaluez comment les changements climatiques modifient les zones de rusticité et planifiez pour les 50 prochaines années. Facilitez la migration des espèces en élargissant les corridors verts.
- Renseignez-vous sur la région écologique et les espèces végétales qui s’y développent. Visitez le site de Biodiversité Québec, un système de suivi scientifique intégré contenant un atlas, des inventaires terrain et des indicateurs.
- Concevez des aménagements paysagers pour piéger le carbone. Augmentez la séquestration du carbone grâce à des solutions fondées sur la nature et engagez-vous à doubler la séquestration dans vos projets d’ici à 2040.
- Améliorez le couvert arboricole urbain, en particulier dans les zones historiquement désinvesties.
- Utilisez des éléments du paysage pour préserver ou créer des habitats pour la flore et la faune locales. Parmi les exemples urbains simples, on peut citer les nichoirs à oiseaux, les nichoirs à chauves-souris et les plantes indigènes qui attirent les pollinisateurs. Sur les sites vastes en milieu rural, il est possible de créer et de préserver des habitats pour un plus large éventail d’espèces.
- Gérez les espèces envahissantes. Évitez d’utiliser des plantes envahissantes connues ou qui présentent un fort potentiel en ce sens en raison des changements climatiques. Éliminez les espèces envahissantes identifiées sur le site.
- Utilisez les aménagements paysagers comme éléments d’une stratégie de lutte naturelle contre les parasites. Plantez des espèces qui repoussent les moustiques et d’autres insectes nuisibles. Maintenez des distances appropriées entre les aménagements paysagers et le bâtiment afin de protéger les matériaux de construction moins durables.
- Tenez compte des différentes variétés d’insectes et de leur façon de nuire potentiellement au confort des occupants et occupantes et au cycle de vie du bâtiment.
- Au moment de sélectionner les matériaux, il faut tenir compte de l’incidence de l’approvisionnement en matériaux sur les écosystèmes. Par exemple, procurez-vous du bois provenant de forêts qui ne sont pas coupées à blanc ou qui sont gérées de manière à réduire le risque de feux de forêt.
- Planifiez en fonction des risques d’incendie dans les milieux périurbains.
- Concevez dans le but d’assurer la sécurité des oiseaux et intégrez des stratégies qui leur permettront d’éviter les collisions. Des centaines de millions d’oiseaux meurent chaque année en Amérique du Nord parce qu’ils se heurtent à des fenêtres. Des spécialistes estiment cette perte à 10 % de la population annuelle d’oiseaux migrateurs, et cette tendance ne fait que s’accentuer à mesure que nous intégrons davantage la nature dans nos environnements urbains. Les stratégies qui contribuent à réduire les collisions protégeront les oiseaux et les nombreux écosystèmes qui en dépendent.
- Concevez l’habitat paysager de façon à protéger les oiseaux. Ceux-ci jouent un rôle essentiel dans les activités agricoles traditionnelles et régénératives (lutte contre les parasites, dispersion des graines, fertilité des sols, pollinisation et plusieurs autres services écosystémiques). Les stratégies d’atténuation des risques de collision sont donc étroitement liées aux questions de justice alimentaire ainsi que de santé et de bien-être humains. Pour des conseils récents, consultez le guide de conception de bâtiments adaptés aux oiseaux (en anglais seulement). L’OAQ recommande également la norme
CSA A460:F19 (C2024), Conception de bâtiments respectueuse des oiseaux.
- Intégrez des solutions d’aménagement respectueuses des oiseaux dans la documentation et les graphiques de présentation afin de tenir toutes les parties prenantes au courant de cet objectif.
- Au moment de sélectionner les matériaux, tenez compte de différents facteurs (p. ex., fabrication, construction et élimination en fin de vie) ainsi que des répercussions sur les écosystèmes de leur lieu d’origine et du site. Les matériaux nécessitent-ils un traitement hautement toxique? Le processus de récolte ou de fabrication entraîne-t-il une contamination de l’eau ou du sol? Épuise-t-il une ressource naturelle très limitée?
- Utilisez des matériaux qui ne présentent pas de toxicité chimique et qui atténuent les risques pour les collectivités où ils sont récoltés, extraits, fabriqués, transportés et éliminés. L’injustice environnementale pèse de manière disproportionnée sur les collectivités de couleur et les populations à faibles revenus.
- L’International Dark-Sky Association est la source d’information de référence sur les niveaux d’éclairage extérieur appropriés, les dispositifs d’éclairage nocturne approuvés, les stratégies de conception, la recherche et le matériel pédagogique.
- Bird-friendly Building Design (en anglais seulement) de l’American Bird Conservancy présente de nombreuses stratégies pour protéger et soutenir les oiseaux dans les environnements urbains.
- Conçus à l’origine par Denver Water, les sept principes du xéropaysagisme ont depuis été étendus à des concepts simples et applicables pour créer des aménagements paysagers qui consomment moins d’eau. Voir la page Wikipedia Xeriscaping (en anglais).
- Bien que situé au centre du Texas, le Lady Bird Johnson Wildflower Center est une excellente ressource pour trouver des espèces indigènes dans différentes régions.
- Climate Positive Design a récemment lancé un outil exploratoire pour l’évaluation du carbone dans la conception des sites.
Ressources canadiennes
- La norme canadienne CSA A460:F19 (C2024) Conception de bâtiments respectueuse des oiseaux vise à éviter les collisions d’oiseaux sur les bâtiments, neufs ou existants.
- La Fondation David Suzuki documente la notion de solution fondées sur la nature en illustrant ses déclinaisons et avantages et en fournissant des études de cas.
À venir
Guide Mieux concevoir
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Chapitre suivant
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