L’étanchéité à l’eau constitue depuis toujours un enjeu pour préserver l’intégrité des enveloppes. Pourtant, les méthodes privilégiées aujourd’hui tendent à reléguer au second plan les dispositifs de protection des façades hérités de siècles d’expérience. Survol pour mieux construire.
J’habite à Sainte‑Christine‑d’Auvergne, petite municipalité de 700 habitants au cœur de Portneuf. La région n’a pas été épargnée l’an dernier : grandes crues de la rivière Sainte‑Anne1 au printemps – et érosion de ses berges –, glissement de terrain à Saint-Thuribe à l’été, tempête de neige et de pluie à l’automne, avec des rafales de vent atteignant 100 km/h. Novembre 2025 restera d’ailleurs marqué par une succession d’épisodes de fortes pluies, d’orages et de vents violents, provoquant de nombreuses pannes de courant un peu partout au Québec.
Plusieurs organismes, dont l’Observatoire québécois de l’adaptation aux changements climatiques, s’intéressent à ces évènements et à leurs conséquences : inondations, sous-sols endommagés et débordements des réseaux d’égouts pour ne nommer que celles-là. Mais qu’en est-il des façades, balayées de plus en plus par la pluie non seulement en été, mais en hiver aussi2 ? Comment peut-on les rendre plus résilientes ?
Les réponses à cette question sont multiples. Mais avant d’explorer ce qui peut être fait, voyons d’abord ce qui a déjà été fait, car les façades jouent depuis longtemps un rôle essentiel dans la performance globale des bâtiments.
Évolution des pratiques
Pendant des siècles, l’étanchéité des murs reposait sur leur épaisseur et leur capacité à s’assécher. Les façades, constituées de matériaux poreux permettant d’absorber et de rejeter l’humidité, agissaient en quelque sorte comme une grosse éponge. Mais comme nous le rappelait Viollet-Le-Duc dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle (1854-1868), il fallait aussi limiter le lessivage par l’eau de pluie, en intégrant de multiples stratégies ingénieuses telles que les corniches, les gargouilles, les frises, les larmiers « afin que l’eau se détache et tombe au lieu de ruisseler ».
Les approches adoptées pour nos propres bâtiments d’époque sont essentiellement les mêmes, alors que les façades comportent des éléments muraux éloignant l’eau de l’ouvrage de maçonnerie. Les architectes utilisaient aussi de larges avant-toits, des galeries et des revêtements sacrificiels3.
Il faudra attendre le début du 20e siècle pour voir apparaître une innovation majeure : une coupure capillaire entre les premiers rangs de maçonnerie extérieure et le massif derrière, le mur creux, ancêtre du mur à écran pare-pluie contemporain, conçu au cours des années 1950-1980, alors qu’on y ajoute des solins, une cavité aérée et drainée de même qu’un plan d’étanchéité à l’eau sur la face intérieure de la cavité.

Photo : Richard Trempe
Constat actuel
Malgré les progrès réalisés dans les matériaux et les techniques de construction, les expertises auxquelles je participe révèlent que l’eau a toujours un effet considérable sur les façades, souvent amplifié par la pression du vent. Résultat : certains bâtiments connaissent dès leurs premières années des défaillances majeures. On observe une dégradation prématurée des surfaces, l’arrachement ou la rupture des revêtements, des infiltrations d’eau, la corrosion progressive des attaches et de la charpente ainsi que l’apparition de contamination fongique.
Et si, dès le départ, on construisait mieux ?
Respecter sur le chantier les exigences de conception et relever avec soin les défis techniques des jonctions – qu’il s’agisse des angles, des balcons ou de la fenestration – constituerait déjà un solide point de départ. L’écran pare-pluie représente aujourd’hui le minimum requis pour garantir une enveloppe performante. À l’inverse, les systèmes de façades uniquement basés sur l’étanchéité de surface, conçus depuis les années 1950 et reposant sur un seul plan d’étanchéité à l’eau, ont montré leurs limites. Non seulement ils s’avèrent insuffisants, mais ils exigent en plus un entretien constant.
Et si, en prime, on réintégrait des dispositifs d’éloignement de l’eau lors de la conception de nos façades ?
Se réapproprier corniches, encorbellements et autres éléments architecturaux permettrait de réduire la quantité d’eau plaquée sur les murs. Ces formes, loin d’être purement décoratives, influencent aussi les pressions d’air et modifient la trajectoire de la pluie de manière avantageuse. Pourtant, l’architecture contemporaine semble allergique à ces intégrations, qui pourraient pourtant contribuer à une vision plus adaptée à notre climat.
Et si, dans une volonté de construire mieux et de façon plus durable, on améliorait l’écran pare-pluie ?
Encore trop peu utilisés au Québec, mais pas si nouveaux4, les murs à écran pare-pluie à pression équilibrée doivent être conçus de façon à ce que la différence de pression de part et d’autre du parement extérieur soit la plus faible, en compartimentant la cavité murale, ce qui diminue considérablement les contraintes de l’eau poussée par le vent, alors qu’une pression inverse sera exercée sur la face arrière du parement, dans la cavité. La dimension des compartiments et leurs ouvertures vers l’extérieur, toutes alignées sur le même plan horizontal, seront variables en fonction des contraintes dues au vent, plus élevées aux angles et aux parties hautes des façades.

Photo : Richard Trempe
Autres solutions innovantes
La double peau
La façade à double peau prévoit deux couches distinctes de murs, séparées par une cavité dont l’épaisseur peut varier de quelques centimètres à plus d’un mètre. Cette cavité sert souvent de régulateur thermique et de ventilation. La couche externe, généralement en verre, sert de protection supplémentaire contre les intempéries, alors que l’autre tient lieu de paroi principale. L’usage de façades double peau remonte à plus de 60 ans en Europe et constitue une façon d’assurer la pérennité de l’enveloppe principale.
Le mur parfait
Cette approche est de plus en plus utilisée au Québec. Son principe repose sur un seul plan continu d’étanchéité à l’eau, à l’air et à la vapeur d’eau qui recouvre la charpente. De son côté, le plan d’étanchéité est protégé, vers l’extérieur, par des isolants hydrophobes. Une telle approche assure une protection plus rapide de l’ouvrage au cours des travaux et simplifie la conception des détails aux différentes jonctions.
Le principe de la redondance
À peu de frais, l’ajout d’un deuxième pare-air – qu’il soit perméable ou non à la vapeur d’eau – permet de compenser les imperfections du premier et de réduire ainsi les risques d’infiltration d’eau. Des essais d’infiltrométrie comparatifs menés sur les pavillons de recherche d’Auvergne laboratoire vivant5 ont d’ailleurs confirmé l’efficacité notable d’une telle barrière supplémentaire. Dans la même logique, l’intégration d’une seconde paroi drainée, habituellement réalisée à l’aide de panneaux isolants rainurés (comme on le voit plus souvent en Colombie-Britannique), contribue elle aussi à améliorer la performance de l’écran pare-pluie.
La paroi respirante et la paroi perspirante
Concevoir des murs dont les matériaux deviennent progressivement plus perméables à la vapeur d’eau vers l’extérieur représente la base d’un système capable de s’assécher naturellement si jamais l’humidité s’y infiltre. En poussant cette logique, il s’agit d’imaginer des parois qui favorisent l’assèchement non seulement vers l’extérieur, mais aussi vers l’intérieur, grâce à des membranes hygrovariables6. On obtient alors des murs « perspirants », capables d’absorber, sans dégrader le matériau, une plus grande quantité d’humidité avant de la rejeter. L’enjeu n’est plus simplement de créer des enveloppes parfaitement étanches, mais d’y intégrer des mécanismes de cicatrisation qui permettent à l’enveloppe de se rétablir en cas d’incident.
Que nous réserve l’avenir ?
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes de façades ouvre la voie à des enveloppes capables de s’adapter de façon autonome aux conditions climatiques. Ces innovations visent avant tout à répondre aux exigences énergétiques et au confort thermique, et les recherches en ce sens sont déjà bien avancées. Les enjeux liés à la protection contre l’eau et le vent seront de toute évidence explorés dans un avenir rapproché. Ces nouvelles approches aideront à concevoir des façades encore plus résilientes, capables de faire face aux rigueurs d’un climat où pluie, neige et grésil – seuls ou combinés – deviennent des enjeux majeurs de durabilité de l’enveloppe du bâtiment.
Et le bâtiment existant dans tout cela ?
Plus de 60 % des bâtiments actuels seront toujours en place en 20607. Leur préservation et leur réhabilitation sont un levier pour l’économie durable.
Devant cette réalité, il est impératif de mettre en place des programmes d’entretien et de réparation. En dépit de l’obligation d’inspection des façades de cinq étages et plus en vertu du Code de sécurité du Québec, la dégradation de l’enveloppe de nos bâtiments existants est manifeste et commande une sensibilisation accrue et des actions concrètes, allant de la restauration ciblée des éléments dégradés au recouvrement complet des façades lorsque nécessaire.
1 Relevé de débit du Centre d’expertise hydrique du Québec, 2025.
2 Selon le rapport réalisé par AECOM pour le compte de la Communauté métropolitaine de Québec (juin 2024), les changements les plus notables surviendront en hiver, car les quantités de pluie pourraient doubler dans la période 2041-2070.
3 Se dit d’un revêtement supplémentaire, qui est habituellement du bois, du crépi ou du métal et qui protège le revêtement principal derrière.
4 Rousseau, M. Z., Poirier, G. F. et Brown, W. C. (1998)., Équilibrage des pressions dans les murs à écran pare-pluie, Solution constructive no 17, CNRC.
5 Projet de recherche scientifique mené par Richard Trempe, en collaboration avec la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval, STGM Architecture et la firme en science du bâtiment Partie 5.
6 Membranes dont la perméance à la vapeur d’eau varie en fonction de l’humidité contenue dans les matériaux, pouvant agir ou non comme pare-vapeur.
7 Écobâtiment, Bourassa, A., Trempe, R. et Méthé, L. (2024)., Valo