Grand bâtisseur de la Révolution tranquille, l’architecte Jacques Coutu laisse derrière lui un riche héritage, en particulier au Saguenay, sa région natale.
Jacques Coutu a marqué le paysage architectural du Saguenay. Né en 1927 à Chicoutimi, il ouvre son cabinet 30 ans plus tard, après des études à l’École des beaux-arts de Montréal et un stage à Milan auprès du fameux architecte et designer Gio Ponti, considéré comme le père du modernisme italien. Au fil de voyages au Danemark et en Suède, il développe aussi un intérêt marqué pour l’architecture scandinave, qui constitue une importante source d’inspiration pour lui. Son utilisation du bois et la façon dont il intègre ses bâtiments à leur environnement sont particulièrement représentatives de cette influence. Jacques Coutu, qui a placé l’audace au centre de sa pratique, est décédé en février dernier à l’âge de 98 ans.
Maude Thériault et Daniel Paiement, deux architectes de Chicoutimi qui l’ont bien connu, peuvent témoigner de son influence sur le patrimoine bâti de la région. « Il a utilisé de nouveaux matériaux et savait jouer avec les formes et la lumière. Il a osé sortir du cadre et apporter un souffle moderne significatif », souligne Maude Thériault. Daniel Paiement ajoute que Jacques Coutu a su innover en mariant le béton et le bois, notamment, donnant une touche distinctive à tous les bâtiments qu’il a conçus.
Il faut dire que cet architecte a commencé sa carrière pendant ce qui a été un véritable âge d’or pour l’architecture au Québec, alors qu’il fallait construire écoles, polyvalentes, universités ainsi que de nombreux bâtiments institutionnels, rappelle Yves Bergeron, architecte retraité qui fut son associé. « Il avait un style original, et aucune de ses créations n’était semblable aux autres. Chaque projet était unique », se souvient-il. On trouve ainsi sa signature dans le pavillon principal de l’Université du Québec à Chicoutimi, le Centre de recherche et de développement d’Arvida, l’École régionale Riverside d’Arvida, le Palais de justice d’Alma et les écoles secondaires Laure-Conan et Charles-Gravel à Chicoutimi.
Il a tout autant marqué le patrimoine religieux en concevant les plans d’églises, dont certaines sont inscrites au Répertoire du patrimoine culturel du Québec. On lui doit entre autres les églises Saint-Mathias, à Arvida, Saint-Luc et Sainte-Claire, à Chicoutimi, et Notre-Dame-de-la-Baie, à La Baie, de même que le Séminaire Marie-Reine-du-Clergé, à Métabetchouan–Lac-à-la-Croix, au Lac-Saint-Jean.
Habile pour s’affranchir des codes, Jacques Coutu possédait un style unique qui se reconnaît aussi dans de nombreuses résidences de la région. L’ancien ministre Sylvain Gaudreault, aujourd’hui directeur général du Cégep de Jonquière, habite d’ailleurs l’une d’elles. « Il est très représentatif de la Révolution tranquille, cette période où le Québec est en ébullition et en construction. Son œuvre, audacieuse, est le miroir d’une époque où la province se modernise et s’ouvre sur le monde », dit-il.
Jacques Coutu a d’ailleurs reçu la médaille de l’Assemblée nationale du Québec en 2019 des mains de Sylvain Gaudreault ainsi que le prix du Conseil canadien du bois pour son usage novateur de ce matériau. Il a également été nommé fellow de l’Institut royal d’architecture du Canada.
Passionné jusqu’à son dernier souffle, il dessinait encore des croquis 24 heures avant son décès. Sans contredit un professionnel qui avait l’architecture tatouée sur le cœur…

à Arvida, au Saguenay,
dessinée par Jacques Coutu
Photo : CPRQ 2003