Prix d'excellence en architecture, catégorie Bâtiments culturels

La réalisation du théâtre Le Diamant, à Québec, exigeait de marier une salle de spectacle à la fine pointe de la technologie à un bâtiment patrimonial construit en 1879. Pour dénicher le meilleur projet, la compagnie de création multidisciplinaire Ex Machina a lancé un concours d’architecture présidé par Robert Lepage lui-même.

Le Diamant offre à la ville de Québec un équipement qu’elle ne possédait pas. « Cette salle est un “plateau européen”, c’est-à-dire que le plateau où se trouve la scène est de la même taille que la partie où s’assoient les spectateurs », explique Robert Lepage. Beaucoup de spectacles sont désormais conçus pour ce type de théâtre, populaire en Europe, mais qui manquait à Québec. Le créateur et metteur en scène, à l’origine du projet, souhaitait également que la salle puisse se reconfigurer facilement afin d’accueillir des évènements de disciplines aussi diverses que le théâtre, l’opéra, le cirque et la lutte. 

Grand amoureux de la capitale québécoise, où il a depuis toujours son quartier général, Robert Lepage tenait à y construire la nouvelle salle de sa troupe Ex Machina et à y installer son centre décisionnel. Le choix du lieu s’est finalement porté sur un site bordant la place d’Youville. Le théâtre a été construit sur un lot à moitié occupé par un bâtiment patrimonial de style Second Empire qui a longtemps abrité un YMCA, dont la façade a été préservée. « La place d’Youville est un lieu d’animation important à Québec, et Le Diamant contribue à cette vocation, avec ses voisins le Capitole et le Palais Montcalm », explique Robert Lepage.

Un site complexe

Pour les trois firmes d’architectes qui ont collaboré à ce projet, toutefois, le site recelait de grands défis. Riche en histoire, il est protégé et assujetti à de nombreux règlements. Mais c’est surtout l’espace limité qui a compliqué la conception. « Intégrer la salle dans la forme rectangulaire de départ du YMCA n’aurait laissé aucune place pour les circulations verticales et trop peu d’apports en lumière naturelle », précise l’architecte Marie-Chantal Croft, à l’époque directrice de conception chez Coarchitecture. Cette firme était notamment chargée de l’enveloppe du bâtiment.

Le consortium a donc découpé une tranche diagonale dans l’ancien YMCA, un geste qui deviendrait l’élément vedette de ce projet. « Nous avons inséré un vide triangulaire qui sépare la vieille partie de la nouvelle, qui crée un espace de circulation et laisse entrer pleinement la lumière naturelle », raconte Annie Lebel, architecte d’in situ atelier d’architecture, firme surtout responsable de la conception intérieure. L’intégration de la partie neuve à l’ancienne a représenté un défi particulier. Du côté du bâtiment patrimonial, les vieux murs de brique ont été refaits en béton, mais en reprenant la forme des arches préexistantes. Annie Lebel décrit le foyer principal comme un « fantôme » de l’ancien YMCA. « Il s’agit d’une reconstruction contemporaine assortie de vraies traces de l’ancien, comme les plafonds à caissons et les planchers », ajoute-t-elle. La nouvelle partie, avec sa structure de béton, est plus brute. La salle de spectacle et la salle de création, qui sont superposées, sont des boîtes en béton exposé.

Le projet d’une vie

Pour l’architecte Jacques Plante, dont la contribution a été largement dirigée vers la salle elle-même, l’espace représentait une contrainte majeure. Même l’épaisseur des murs a dû être calibrée afin de ne pas réduire la largeur de la salle, qui devait loger 625 sièges dont la dimension était déterminée à l’avance. « Nous n’avions pas de jeu, tout devait s’emboîter parfaitement », souligne l’architecte. 

Il indique qu’il n’y avait pas plus de flexibilité du côté de l’échéancier. Les travaux amorcés en 2016 devaient être terminés à l’automne 2019. « Pendant la construction, déjà, des billets étaient vendus, et des artistes et des techniciens, réservés pour le premier spectacle prévu à l’ouverture », poursuit-il. Pari tenu : les représentations ont pu avoir lieu comme prévu dès le 7 septembre 2019.

Travailler avec des artistes présente par ailleurs des avantages. « Ils sont habitués à plancher sur de la conceptualisation et ils s’y intéressent beaucoup. Nous avons donc vraiment travaillé en équipe avec le client », dit Marie-Chantal Croft. Elle n’hésite pas à qualifier Le Diamant de projet d’une vie. « Nous avons beaucoup appris et nous en sortons grandis », résume-t-elle. 


Le Diamant, Québec, Coarchitecture/in situ atelier d’architecture/
L’architecte Jacques Plante
Image : Coarchitecture/in situ atelier d’architecture/L’architecte Jacques Plante

EMPLACEMENT : Québec
CLIENT : Robert Lepage
ARCHITECTES : Marie-Chantal Croft, Coarchitecture, Annie Lebel, in situ atelier d’architecture, Jacques Plante, L’architecte Jacques Plante
INGÉNIERIE : Structure : Tetra Tech, Mécanique : Dupras Ledoux/Ambioner
SCÉNOGRAPHIE : Pierre Lemieux et Yves Bouchard, Trizart
ACOUSTIQUE: Jean-Marie Guérin, WSP

Commentaires du jury

Ce lieu de diffusion culturelle se démarque par son intégration audacieuse et judicieuse aux édifices avec lesquels il compose : l’ancien YMCA et le Capitole de Québec. Son monumental volume de verre qualifie franchement l’espace public, tandis que le ventre du bâtiment renferme une salle de spectacle modulable dont le raffinement technologique s’accorde à l’inventivité des œuvres de Robert Lepage. La préservation de l’ossature de bois de l’ancien YMCA et sa mise en valeur manifestent une conscience environnementale aiguisée et une vive sensibilité à l’histoire des lieux. Les rappels du passé, l’alliance maîtrisée des matériaux – verre, bois, béton – et la salle riche de possibilités artistiques concrétisent de belle façon la volonté du client de faire du Diamant un point de ralliement culturel dans la cité.

Finalistes

• La Fondation Grantham pour l’art et l’environnement, Atelier Pierre Thibault
• Le Centre Est-Nord-Est, Bourgeois/Lechasseur architecte