Les architectes du Québec ont maintenant accès au Guide Mieux concevoir, une adaptation par l’OAQ du Framework for Design Excellence de l’American Institute of Architects (AIA). Ce nouvel outil présente 10 principes de conception pour les aider à intégrer différents aspects de la transition socioécologique dans leurs projets. Esquisses en retrace la genèse avec l’un des membres de l’équipe qui l’a conçu et deux des architectes d’ici qui ont piloté son adaptation.
Le constat ne pourrait être plus clair. La quasi-totalité des architectes du Québec (92 %) souscrivent à l’idée qu’ils et elles doivent en faire plus pour la transition socioécologique1 dans leur pratique, révèle un sondage mené par l’OAQ en 2022.
Devant une telle volonté, l’OAQ s’est donné pour objectif de leur offrir une feuille de route. Il a mandaté pour ce faire un groupe de travail en transition socioécologique, lequel a vite opté pour l’adaptation du Framework for Design Excellence de l’AIA, association qui regroupe plus de 100 000 architectes et designers aux États-Unis.
« Nous voulions toucher les questions environnementales, sociales et économiques », se souvient l’architecte Ravi Handa, l’un des membres du groupe de travail de l’OAQ. L’AIA s’était penché sur les trois. La décision d’adapter un outil existant offrait un autre avantage : « Ça nous permettait d’accélérer notre travail », fait remarquer l’architecte Marie-France Bélec, qui a également participé aux réflexions.
Une référence au sud de la frontière
Parmi les coauteurs et coautrices du Framework for Design Excellence, on trouve l’architecte Corey Squire, directeur de la durabilité chez Bora Architecture & Interiors, à Portland, en Oregon. « La durabilité et l’impact environnemental d’un bâtiment ne devraient jamais être distincts du design », lance-t-il d’emblée. Il y a quelques années, ses collègues du comité sur l’environnement de l’AIA et lui ont voulu « faire avancer la cause du design durable auprès de [leurs] pairs architectes ». Le comité s’est d’abord inspiré des critères du COTE Top Ten Awards, les prix d’architecture décernés par l’AIA. Ces critères s’attardent notamment à l’efficacité énergétique, à la gestion des ressources, à la réduction des émissions de carbone et à la qualité de l’air dans les espaces intérieurs.
Le comité a toutefois voulu établir plus qu’une liste de critères. « Nous avons rapidement réalisé que nous pourrions avoir encore plus de retentissement si nous changions carrément la définition d’un design de qualité », se remémore l’architecte. Le Framework for Design Excellence s’articule donc autour de 10 principes liés entre autres au respect des écosystèmes, aux communautés équitables et au bien-être (voir la liste complète en page suivante).
À la suite d’une pétition, ces principes ont été soumis au vote de l’assemblée générale annuelle de l’AIA en 2019. « Nous avions besoin de 50 % des voix pour que la résolution soit adoptée ; nous avons obtenu 93 % du vote », souligne Corey Squire avec fierté. L’AIA les a depuis formellement adoptés comme définition d’une architecture de qualité.
À l’époque, cette approche pouvait surprendre. Que venaient faire, par exemple, les notions d’équité et de bien-être dans une démarche visant à limiter l’impact environnemental de la construction ? « L’incidence d’un bâtiment va bien au-delà du lieu où il est implanté », rappelle Corey Squire, citant les matériaux en exemple. Quelles sont les répercussions de leur production sur la communauté d’où ils proviennent ? « L’architecture peut toucher des gens qui ne visiteront jamais le bâtiment, ou des gens qui ne sont pas encore nés », illustre-t-il.
Adaptation québécoise
Marie-France Bélec est d’avis que le cadre produit par l’AIA correspond aux besoins des architectes du Québec. « Le marché de la construction américain est très proche du nôtre », résume- t-elle, faisant mention des normes qui se ressemblent des deux côtés de la frontière. Malgré ces similitudes, une simple traduction du document n’était pas suffisante. Le groupe de travail a donc veillé à l’adapter pour le Québec.
Cette adaptation étant terminée, il faut maintenant mettre le Guide Mieux concevoir – c’est son titre – entre les mains des architectes. Concrètement, comment peut-il s’insérer dans un projet ? Corey Squire identifie trois moments clés pour s’y référer. « Dans ma pratique, je m’en sers comme outil de réflexion au début d’un projet, dit-il. C’est le moment de se poser des questions comme “Comment ce projet permettra-t-il de réduire la consommation d’eau ?” » C’est aussi là que Marie-France Bélec lui voit une grande utilité. « On peut commencer chaque projet en se fixant un objectif précis. » Elle invite toutefois ses consœurs et confrères à définir des buts raisonnables. « Il faut prendre chaque objectif à petites bouchées. En construction, si on change trop vite, on fait des erreurs. »
Le Guide peut aussi être utile à l’étape du design. « C’est une boîte à outils, résume Corey Squire. On a dressé une longue liste de stratégies architecturales. » Enfin, on le ressort à l’étape des bilans. « Il peut nous aider à raconter l’histoire du projet, explique l’architecte. Qu’est-ce qu’il accomplit, concrètement ? Permet-il d’économiser l’énergie, d’augmenter le bien-être de la communauté, de préserver des ressources ? » À noter qu’il n’est pas nécessaire d’être architecte pour le consulter. « Le guide se veut accessible et non technique pour que n’importe qui puisse s’y référer », précise Corey Squire.
De nouveaux réflexes
Aux États-Unis, les effets de l’adoption du Framework for Design Excellence se font déjà sentir. « Si on regarde la liste des lauréats des prix remis par l’AIA dans les dernières années, on voit qu’ils diffèrent grandement de ceux d’il y a plus de cinq ans », constate Corey Squire, notant par exemple que les murs rideaux laissent la place à des fenêtres pouvant être ouvertes et que le bois occupe désormais une place prépondérante.
Ravi Handa se permet de rêver. « Les bâtiments verts doivent devenir la norme et non plus faire l’objet d’une catégorie à part. » Pour ça, il faudra mettre la main à la pâte. « Chaque nouveau projet est une occasion à saisir, soutient Marie-France Bélec. Sinon, c’est une chance de s’améliorer perdue à jamais. »
Le Guide Mieux concevoir se trouve dans Espace ressources, la nouvelle plateforme de connaissances de l’OAQ.
1 La transition socioécologique passe par une transformation radicale de nos façons de consommer, de produire, de travailler et de vivre ensemble, de manière à protéger la biodiversité et à renforcer la résilience de nos écosystèmes et de nos communautés dans le contexte de l’urgence climatique et des autres crises touchant la santé et l’environnement. Source : OAQ.

Les 10 principes du Guide Mieux concevoir, adaptation par l’OAQ de l’AIA Framework for Design Excellence
Concevoir pour l’intégration
Concevoir pour des collectivités équitables
Concevoir pour les écosystèmes
Concevoir pour l’eau
Concevoir pour l’économie
Concevoir pour l’énergie
Concevoir pour le bien-être
Concevoir pour les ressources
Concevoir pour le changement
Concevoir pour la découverte
