Les architectes Pierre Beaupré et Josette Michaud ont consacré leur carrière à préserver le patrimoine bâti québécois. Portrait du lauréat et de la lauréate de la Médaille du mérite 2026 de l’OAQ.
Malgré la journée pluvieuse, la vue sur le mont Royal est splendide à travers les larges fenêtres du bâtiment Cooper. Dans son bureau, entourée de bibliothèques où s’entassent livres et objets disparates, l’architecte Josette Michaud semble parfaitement à sa place. Dans la pièce voisine, son associé et conjoint, l’architecte Pierre Beaupré est penché sur son ordinateur.
« Pendant plusieurs années, la chorégraphe Marie Chouinard avait son studio de danse ici », lance Josette Michaud en s’avançant dans un espace occupé par une longue rangée de bureaux. C’est là que le personnel de Beaupré Michaud et Associés, Architectes s’affaire. Créée en 1982 par le couple, la firme est aujourd’hui connue pour son travail de restauration du patrimoine architectural. Sa liste de réalisations est impressionnante : Domaine du Fort de la Montagne et Grand Séminaire, théâtre Outremont et, plus récemment, l’hôtel de ville de Montréal, entre autres.
Des traces des réalisations de la firme sont disséminées un peu partout dans le bureau. Dans la salle à manger, des certificats d’honneur et divers trophées témoignent des prix remportés au fil des années. Mais Josette Michaud préfère s’attarder à une série de « bibelots » dépareillés, dont une grille de ventilation, un blochet de charpente et un fragment de chapiteau corinthien. « Ça, on l’a récupéré pendant la rénovation de la Cathédrale de Montréal », explique-t-elle. La collection témoigne de son attachement pour les projets sur lesquels ses collègues et elle ont travaillé au fil du temps.
Un attachement qui caractérise l’ensemble de la carrière de Josette Michaud et Pierre Beaupré, consacrée en grande partie à préserver et à embellir le patrimoine québécois. Dans leur temps libre, ils ont participé à l’avancement de la profession, au sein notamment de l’Ordre des architectes, dont ils ont tous les deux assuré la présidence du conseil d’administration. Ils signent des textes dans diverses publications, tant des revues professionnelles que des ouvrages de vulgarisation. Leur carrière, bref, est exemplaire. Pour le souligner, l’OAQ leur décerne la Médaille du mérite 2026.

Photo : Marc Cramer
Carrière fortuite
« J’aurais pu être ingénieur, mais c’était un métier trop sérieux », lance Pierre Beaupré lorsqu’on lui demande pourquoi il est devenu architecte. « J’ai pensé que la vie serait plus belle en architecture. » Une fois son cours classique terminé, il entreprend ses études en architecture à l’Université de Montréal. C’est aussi là qu’il rencontre celle qui deviendra sa collègue et épouse, Josette Michaud. Cette dernière a pour sa part amorcé son parcours universitaire en histoire de l’art dans les années 1960. « Mon professeur d’histoire de l’architecture nous disait : “Certains d’entre vous deviendront architectes” », se remémore-t-elle. Interpellée, elle se rend à la Faculté de l’aménagement pour s’informer des conditions pour y être admise. Ça tombe bien, les examens d’admission – qu’elle passera haut la main – ont lieu quelques jours plus tard. Elle devient, à l’époque, l’une des seules femmes à étudier dans le domaine.
Diplôme en poche, les deux architectes amorcent leur carrière. Pierre Beaupré se voit confier le projet de rénovation de 700 unités d’habitation de Milton-Parc, à Montréal, pour les transformer en coopératives d’habitation. « On m’a ensuite approché pour construire une trentaine d’habitations pour la Coopérative Nouvelle Ère, à Longueuil, raconte-t-il. Josette et moi, on s’est dit : “On va essayer !” » C’est à ce moment qu’ils fondent leur bureau, dans leur sous-sol de l’avenue Querbes, à Outremont.
À la même époque, Josette Michaud se consacre à la rédaction d’un livre jeunesse sur l’architecture, Montréal ma grand’ville, paru aux Éditions La Presse en 1979, ainsi qu’à plusieurs monographies illustrées sur le Vieux-Montréal. Ces publications attirent l’attention d’un prêtre de la congrégation de Saint-Sulpice, qui leur confie la rédaction d’une étude d’ensemble sur le Domaine du Fort de la Montagne. Ce projet, suivi de bien d’autres, les mènera à collaborer avec des spécialistes du patrimoine. « Tout au long de notre carrière, dit Josette Michaud, on a pu compter sur des archivistes, des archéologues et des artisans pour nous épauler. »
« Est-ce qu’on choisit une carrière ou est-ce que la carrière nous choisit ? renchérit Pierre Beaupré, l’air songeur. Un projet de restauration mène à un autre, et on finit par être défini par ça, parce qu’on est compétent et intéressé. »

Photo : Pierre Bélanger

Pour une architecture bien de chez nous

Photo : Pierre Beaupré
Pour Georges Adamczyk, professeur émérite à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, la carrière des deux architectes a été marquée par un « enthousiasme pour l’architecture comme projet culturel ». Il souligne notamment l’engagement de Pierre Beaupré dans les défuntes Société d’architecture de Montréal et revue ARQ. « On voit qu’ils ont le souci de défendre l’architecture comme acte culturel majeur pour la collectivité », fait-il remarquer.
C’est d’ailleurs ce qui a poussé Pierre Beaupré à s’investir au sein de l’OAQ. « Bien sûr, la mission de base est de protéger le public. Mais je crois qu’il importe aussi de valoriser la qualité de l’architecture », explique-t-il. Il participe en 1982 à la rédaction d’un livre blanc sur l’architecture, un travail que Josette Michaud tente de continuer une décennie plus tard en travaillant à un mémoire présenté au Groupe-conseil sur la politique culturelle du Québec.
Leur principal legs demeurera toutefois leur engagement profond envers la restauration et la réhabilitation du patrimoine québécois. « À l’époque, ce n’était pas courant de voir un bureau s’y consacrer. Aujourd’hui, c’est le lot de tous de travailler sur ce qu’on a déjà », observe Georges Adamczyk.
Malgré leur carrière prolifique, les Beaupré-Michaud sont loin d’être prêts à déposer leur crayon. Lorsqu’on leur demande s’ils songent à la retraite, ils se jettent un regard amusé. « Ça fait sept, huit ans qu’on n’est plus les patrons de la boîte. Nous sommes des employés ici », indique Josette Michaud, expliquant avoir cédé la direction de la firme à de nouveaux associés. Pierre Beaupré travaille d’ailleurs en ce moment à un projet de restauration de la bibliothèque Mordecai-Richler, dont le toit en ardoise l’enthousiasme particulièrement.
« Quand Michel-Ange est mort, à 88 ans, il était encore dans ses échafaudages, conclut Josette Michaud, sourire en coin. Vous allez devoir m’endurer encore un moment. »

à Vaudreuil-Dorion
Photo : Antonin Beaupré architecte paysagiste