Mettre l’architecture au service de la communauté, tout en respectant les plus hauts standards en matière d’environnement. Voilà le leitmotiv de l’atelier l’abri, firme lauréate du prix Relève en architecture 2025, remis par l’OAQ.
Esquisses a préparé ce portrait dans la foulée de la remise des distinctions de l’OAQ en mai 2025, lors du Gala des Prix d’excellence en architecture.
L’architecture peut-elle offrir une solution aux enjeux sociaux comme la crise du logement et les changements climatiques ? Les architectes Francis Martel Labrecque et Nicolas Lapierre, cofondateurs de l’atelier l’abri, n’en doutent pas. « Dans notre pratique, nous avons la possibilité de nous attaquer à des enjeux que vivent les communautés. C’est une immense responsabilité », affirme Nicolas Lapierre.
Dans les bureaux de la firme montréalaise fondée en 2017, une dizaine de personnes travaillent à des projets d’architecture durable. À l’avant-garde en matière de construction écologique, l’atelier l’abri a d’ailleurs conçu la troisième maison certifiée passive au Québec, construite à Bromont en 2020. Une démarche documentée dans une série Web diffusée par Écohabitation, référence en construction et en rénovation écolos.
Au-delà de la performance énergétique, l’équipe a aussi développé une expertise en architecture durable, que l’abri a eu envie de mettre au service du plus grand nombre. « Cela nous a permis d’élargir notre pratique vers des projets sociaux et communautaires afin d’offrir cette qualité de construction aux collectivités », raconte Nicolas Lapierre.
Ce virage est influencé principalement par la volonté de la firme de proposer des solutions durables à la crise du logement. « Pour répondre à l’urgence, on a tendance à se tourner vers des projets rapides et à bas prix, mentionne Francis Martel Labrecque. Mais il faut aussi se demander quels seront les coûts sociaux et environnementaux si l’on construit des bâtiments de mauvaise qualité. »
Dans ce contexte, l’architecture durable prend tout son sens en proposant des solutions bien pensées, performantes et esthétiques. « La beauté est aussi un élément important, car elle rend les projets attrayants, ajoute Nicolas Lapierre. En fait, la beauté doit être fonctionnelle et durable. »
Bien-être et qualité de vie
Cette vision trouve une application directe dans un projet que l’abri réalise pour Domicile Fixe, promoteur qui s’attaque à la précarité de l’habitation. Au menu, la construction, cette année, de 30 unités de logements sociaux à Saint-Jean-sur-Richelieu, en banlieue de Montréal. Ce bâtiment écoénergétique, construit à l’aide de matériaux durables, vise les certifications LEED et WELL, cette dernière étant liée au bien-être des occupantes et occupants. « L’idée n’est pas seulement de concevoir un bâtiment écologique, mais de mettre en place les meilleures pratiques pour créer un milieu de vie de qualité, dit Nicolas Lapierre. Les espaces encouragent même la santé physique grâce à l’aménagement d’un gym. Une cuisine commune favorise la vie sociale. »
La firme a aussi participé à la conception du Cohabitat Nidazo, milieu de vie écologique, abordable et communautaire qui prendra racine un jour à Frelighsburg, en Estrie. « Nous avons proposé une approche de densification douce, puisqu’il s’agit d’un grand terrain au cœur du village, précise Nicolas Lapierre. Les résidents de Frelighsburg craignaient que cet ancien territoire agricole soit développé d’une façon trop intensive par rapport à l’écosystème existant. C’est pourquoi nous avons imaginé des petits plex respectant l’échelle, le patrimoine architectural des maisons de ce secteur. »
Des solutions adaptées à la communauté
Parmi ses projets à vocation sociale, l’atelier l’abri a aussi signé les plans du futur centre communautaire de Nemaska, municipalité crie de 900 âmes située à 1100 km au nord de Montréal. Le projet a été conçu à partir d’un travail étroit avec la population. « Ce qui distingue véritablement l’approche de l’abri, c’est sa curiosité authentique et son profond engagement à comprendre la communauté et sa culture », souligne Étienne Pilon Choquette, gestionnaire de ce projet pour la nation crie.
Pour s’immerger dans la vie de Nemaska, Nicolas Lapierre y a passé une semaine complète. Il a pris part à des rassemblements et à des festins communautaires, a participé à la préparation d’esturgeons fumés selon la tradition, a séjourné dans une cabane traditionnelle et a même assisté à une cérémonie de purification par la vapeur… « Rares sont les firmes d’architecture qui vont aussi loin pour vivre la culture d’une communauté de l’intérieur », poursuit le gestionnaire.
Cette immersion a orienté les choix architecturaux dans la phase de conception du centre communautaire, qui ouvrira ses portes en 2026, note Étienne Pilon Choquette. « Ce sera le premier espace entièrement destiné aux rassemblements de toutes sortes, ce qui en fait un lieu profondément significatif pour le tissu social et culturel de la communauté crie. »
L’expertise de l’abri en construction durable s’est aussi révélée précieuse. Ainsi, après une recension des bâtiments vacants de Nemaska, la firme a suggéré de reconvertir une ancienne caserne de pompier en centre communautaire, plutôt que de construire un nouvel édifice comme c’était prévu au départ, soutient Francis Martel Labrecque. « Le processus de déconstruction a aussi été mené avec la communauté, qui était invitée à récupérer les matériaux, comme les portes. » Une façon originale de réduire l’empreinte carbone du projet.
En contact avec l’environnement
Sa capacité à analyser finement le contexte et à élaborer des concepts architecturaux sensibles aux réalités du terrain a permis à l’abri de remporter, en 2024, le concours d’idéation pour la quatrième phase de la promenade Samuel-De Champlain, à Québec. Des 32 propositions – provenant de firmes des quatre coins du monde –, c’est celle de l’atelier l’abri qui a séduit le jury pour redonner vie à ces 8 km de berges du fleuve Saint-Laurent.
« Leur concept était quasiment unique et laissait beaucoup de place à la nature, avec la création de parcs éponges et de nouveaux espaces contemplatifs où les riverains peuvent circuler sur une passerelle de bois au-dessus des marais », explique François Picard, qui était coordonnateur de ce projet à la direction générale de la Commission de la capitale nationale du Québec à l’époque. Cette proposition a servi de base pour créer l’énoncé de vision du projet, publié en juin 2025. Peu importe le mandat, le travail de l’abri se caractérise par un regard à long terme sur les enjeux. « À la fin de notre vie, on veut être fiers des projets qu’on construit aujourd’hui », conclut Nicolas Lapierre.

Photo: Raphaël Thibodeau