Esquisses, vol. 28, no 2, été 2017

Analyse de cycle de vieDe précieux outils

Édi ce GlaxoSmithKline, Québec, Coarchitecture
Photo: Stéphane Groleau

La construction de bâtiments écologiques et durables a beau s’être démocratisée, faire les meilleurs choix dans ce domaine demande tout de même beaucoup de rigueur. Heureusement, il existe des outils qui donnent l’heure juste.

Marie-Andrée Roy, directrice du Centre de formation en développement durable, Université Laval 

Quels facteurs devraient être pris en considération par les professionnels pour atteindre une réelle performance écologique du bâtiment ? Doit-on miser sur le rendement énergétique ou la composition des matériaux sélectionnés ? Ou encore analyser le transport de ceux-ci ? L’abondance de données à prendre en compte et la complexité des choix à faire ont de quoi dérouter. « Comme professionnels, nous avons tendance à prendre nos décisions en nous fiant aux connaissances accumulées au fil de nos expériences, indique Bruno Verge, architecte sénior chez Boon Architecture. Or, des outils tels que l’analyse du cycle de vie (ACV) et l’analyse du coût du cycle de vie (ACCV) nous permettent de prendre des décisions éclairées et de respecter la vision initiale du projet. »

Bien sûr, il existe des spécialistes en ACV et en ACCV, et ces derniers devraient être invités à prendre part aux charrettes de conception intégrée, au même titre que les acousticiens, par exemple. N’empêche, les professionnels collaborant à un projet de construction ont tout intérêt à connaître ces outils afin de pouvoir interagir avec les experts et leur poser les bonnes questions.

Quantifier et comparer

L’ACV est une approche scientifique qui s’appuie sur des données concrètes et mesurables. « Les études en analyse de cycle de vie offrent la possibilité de quantifier les impacts environnementaux potentiels liés au cycle de vie d’un produit ou d’un service, permettant aux professionnels de comparer différentes options ou solutions », soutient Caroline Frenette, ingénieure et conseillère technique chez Cecobois.

En cours de conception, les professionnels peuvent effectuer des ACV grâce à des outils simples, comme le logiciel gratuit ATHENA, les déclarations environnementales de produits (DEP) ou encore les études existantes sur des bâtiments. « Si je dois choisir un type d’enveloppes pour un bâtiment à construire, par exemple, je peux faire quelques simulations dans ATHENA, puis suggérer une solution optimale au client », ajoute Bruno Verge.

Analyse de coûts

Cité Desjardins de la coopération, Lévis, Coarchitecture
Photo: Hélène Bouffard

Complémentaire à l’ACV, l’analyse du coût du cycle de vie (ACCV) permet de déterminer le concept optimal, celui qui répondra aux besoins et aux objectifs stratégiques du client tout en tenant compte d’un coût global minimal sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. « On a tendance à croire que rendre un bâtiment plus environnemental implique un surcoût, explique Patrick Vallerand, président de Strategia Conseil. Or, en utilisant l’ACCV, qui tiendra compte non seulement du coût de conception, mais aussi de son coût d’exploitation et d’entretien sur 40 ans, par exemple, on peut faire des choix éclairés qui ne seront pas nécessairement plus coûteux si on a une vision à long terme du projet. »

L’ACV et l’ACCV se fondent sur le même cadre méthodologique. En les utilisant de manière combinée dès le début d’un projet et lors du processus de conception, les professionnels peuvent rapidement relever les éléments déterminants qui sont en jeu (appelés « points chauds » dans la littérature spécialisée) et choisir les paramètres qu’ils devront modifier afin de générer les impacts environne-mentaux et économiques souhaités.

Bien que l’ACV et l’ACCV soient en émergence au Québec et au Canada, leur usage est appelé à se répandre. « À mon avis, les 10 prochaines années seront cruciales. La nature nous envoie déjà des signaux (montée des eaux, hausse des températures et de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, etc.) que nous devons prendre au sérieux, indique Bruno Verge. En tant que société, nous devons en tenir compte. » Les considérations environnementales et les économies de carbone, même si elles sont parfois plus difficiles à vendre que les économies d’argent, doivent faire partie du processus décisionnel. La santé et le confort des occupants de même que les gains de productivité sont également des facteurs à analyser lors de la conception d’un bâtiment. L’ACV et l’ACCV permettent de prendre en compte l’ensemble de ces facteurs et de faire des choix payants, dans tous les sens du terme.


 

Nouvel éclairage

Saviez-vous que l’énergie solaire n’est pas nécessairement le choix le plus écoresponsable ? Une étude d’analyse du cycle de vie (ACV) datant de 2013 a démontré qu’au Québec, l’utilisation des panneaux photovoltaïques à petite échelle pouvait entraîner plus d’impacts environnementaux que l’utilisation de l’énergie du réseau, majoritairement d’origine hydroélectrique.

Source : Chaire internationale sur le cycle de vie – CIRAIG (2013). Rapport technique – Analyse
du cycle de vie (ACV) de filières de production décentralisée d’énergie électrique à petite échelle, 52 p.