Esquisses, vol. 28, no 2, été 2017

Nouveau référentiel de compétencesCadre de référence

 

En quoi consiste exactement le travail d’un architecte en pratique privée ? Quelles compétences devrait maîtriser un architecte chargé de projet ou enseignant ? Le nouveau référentiel de compétences de l’OAQ jette un éclairage sans précédent sur l’exercice de la profession.

Catherine Bourbeillon

L’automne prochain, l’OAQ publiera le Référentiel de compétences lié à l’exercice de la profession d’architecte au Québec. Il s’agit d’une première : alors que plusieurs documents précisent ce qu’on attend des étudiants en architecture, rien jusqu’ici ne faisait état des compétences que devrait posséder l’architecte en exercice.

Conçue par une équipe multidisciplinaire incluant de nombreux architectes, la publicationt comblera plusieurs besoins. « Le référentiel est un document officiel qui présente la profession. Il encadrera les différents services de l’Ordre liés à la protection du public tels que l’inspection professionnelle, la formation continue et l’aide à la pratique, explique Sébastien-Paul Desparois, architecte, directeur de la pratique professionnelle à l’OAQ et membre du comité directeur du référentiel. Il constituera l’outil de référence pour l’évaluation des compétences des architectes et permettra à ceux-ci de planifier leur développement professionnel. »

L’OAQ songeait à entreprendre une telle réalisation depuis longtemps. En 2013, à l’occasion d’une réflexion sur l’inspection professionnelle, le conseil d’administration avait recommandé que la compétence des architectes soit évaluée. « C’est une tendance grandissante au sein des ordres professionnels », observe Sébastien-Paul Desparois. En effet, bien que l’Office des professions ne l’exige pas, une quinzaine d’ordres québécois possèdent un document semblable. L’OAQ a finalement franchi le pas en inscrivant le référentiel de compétences dans la liste des priorités de son plan stratégique 2013-2018.

Envers les architectes qui pourraient douter qu’un seul ouvrage puisse englober la diversité de la profession, Félix-Antonin Labossière, architecte et membre du comité directeur ayant élaboré l’outil, se fait rassurant : « Pour concevoir un projet, un architecte doit tenir compte d’une foule d’éléments. Il faut prendre en considération les besoins physiologiques de l’être humain, l’environnement, les codes et règlements, les contraintes financières, etc. Toute cette complexité est expliquée dans le référentiel. »

Cerner la complexité

Définir avec précision les tâches de l’architecte et les compétences requises pour les exécuter n’est pas une mince affaire. En 2016, l’Ordre a confié ce mandat à un comité directeur composé de consultants chevronnés et d’architectes. Les consultants se sont notamment chargés de la recherche documentaire et du processus d’entrevues auprès d’architectes. « Nous sommes allés à la rencontre des architectes pour documenter la diversité des situations d’exercice de la profession, raconte Lise Horth, consultante et membre du comité directeur. Cela nous a permis de dresser un portrait détaillé de la profession, en utilisant le vocabulaire des architectes. »

En outre, le comité directeur a dû s’entendre sur une définition du concept de compétence, que Lise Horth présente comme suit : « La compétence renvoie à la capacité d’une personne à utiliser dans l’action des ressources externes (comme du matériel ou des sources d’information) et des ressources internes, soit des connaissances, des habiletés et des qualités personnelles. La notion de compétence sous-entend également que le professionnel doit faire appel à son jugement et adopter des comportements appropriés pour accomplir son travail, analyser une situation complexe, résoudre des problèmes et interagir avec d’autres personnes. »

Pour finir, les consultants ont rédigé le contenu du référentiel, lequel a été soumis à l’ensemble du comité directeur, à l’équipe d’inspection de l’OAQ de même qu’à un groupe de validation. Le document a ainsi été maintes fois peaufiné en fonction des commentaires recueillis. Au total, 28 architectes ont participé au processus, que ce soit au stade des entrevues ou de la relecture. « Tous les types de profils et de pratiques ont été considérés : architectes patrons, employés des secteurs privé et public, gestionnaires immobiliers, enseignants, etc. », indique Sébastien-Paul Desparois. Il en résulte un document qui dresse un portrait à la fois précis et exhaustif de la pratique architecturale au Québec.

Au cœur de la compétence

Divisé en trois chapitres, le document présente d’abord le modèle théorique à la base du référentiel, puis les caractéristiques de l’exercice de la profession, c’est-à-dire le cadre législatif, les perspectives d’évolution et le contexte de travail des architectes. Enfin, il expose les exigences et les compétences propres à la profession. Chaque compétence énumérée, en fonction de quatre grands domaines, fait l’objet d’une série d’actions et de critères qui permettent d’évaluer si elle est maîtrisée ou non.

Selon Sébastien-Paul Desparois, il est essentiel que les architectes lisent le référentiel en fonction de leur profil de pratique : « On ne s’attend pas à ce qu’un architecte maîtrise l’ensemble des compétences énoncées dans le document. Un architecte chargé de projet pourra s’intéresser aux compétences liées à la gestion, par exemple. Par contre, un architecte qui exerce des activités professionnelles qui sont énoncées dans le référentiel devrait normalement le faire tel que cela y est décrit. »

Cohérence et rayonnement

Le référentiel permettra à l’Ordre d’assurer la cohérence entre l’ensemble de ses services liés à la protection du public. Cette pratique a fait ses preuves dans d’autres ordres professionnels, notamment chez les ergothérapeutes, où on utilise un référentiel similaire depuis plus de 10 ans. « Notre approche de protection du public est basée sur le concept de compétence, pas seulement sur le cadre réglementaire, soutient Jacques Gauthier, directeur du développement et de la qualité de l’exercice à l’Ordre des ergothérapeutes. Grâce au référentiel, tous nos services sont arrimés. C’est un langage commun partagé par tous les membres. »

À l’Ordre des architectes, le référentiel servira d’abord à moderniser le processus d’inspection (voir « Inspection professionnelle – Renouveau majeur »). Un projet pilote amorcé en janvier dernier a permis de tester les premiers outils créés à partir du référentiel, notamment une grille d’analyse des compétences ainsi qu’un questionnaire d’autoévaluation interactif comprenant un portfolio destiné à recevoir des documents de travail (plans, devis, PFT, etc.) et un plan de développement professionnel. « Auparavant, la surveillance était limitée aux aspects administratifs et réglementaires. On souhaite maintenant mettre l’accent sur la pratique professionnelle et la compétence des individus, affirme Louis Réjean Gagné, inspecteur à l’Ordre. Avec le référentiel, l’Ordre sera en mesure d’accompagner les architectes dans leur développement professionnel, de les éclairer et de les conseiller. »

Le référentiel guidera aussi l’évolution des services de formation continue et d’aide à la pratique. Il permettra, par exemple, de mieux déterminer les besoins de formation des membres et de structurer le programme de cours offerts par l’Ordre en fonction des domaines de compétence. Dans la même lignée, les outils d’aide à la pratique seront élaborés et organisés selon la structure et le vocabulaire du référentiel.

Bien que l’on prévoie faire de multiples usages du nouveau référentiel, celui-ci présente certaines limites. Il n’a pas pour but d’édicter des normes de pratique, par exemple, ou encore de défendre les intérêts des architectes. Félix-Antonin Labossière croit néanmoins que cette nouvelle publication rappellera aux architectes de participer au rayonnement de la profession, qui fait l’objet du quatrième domaine de compétence. « Si on veut que la ville soit belle, il faut que les architectes s’impliquent dans les débats de société. La qualité architecturale passe par le rayonnement et la valorisation de la profession. Il fallait que ce soit dit. Le fait que ce soit intégré dans la description des compétences souhaitables des architectes, c’est un gain majeur. »



Les quatre domaines de compétence des architectes

1 La conduite d’un processus de conception et de réalisation d’un projet en architecture
– Le travail préparatoire avec le client
– La conception
– La préparation des documents de construction
– Le contrat de construction et le suivi de chantier

2 La gestion d’éléments-clés
– La pratique professionnelle
– La conduite des affaires
– La collaboration
– La communication

3 Le développement professionnel continu
– L’élaboration et la mise en œuvre du plan de formation

4 La participation à l’évolution et au rayonnement de la profession
– Le transfert, l’approfondissement et la communication des connaissances en architecture