Esquisses, vol. 29, no 2, été 2018

Multimédia

Magazine Nouveau Projet

La qualité de vie est un thème récurrent dans l’argumentaire des professionnels de l’aménagement – l’OAQ l’utilise abondamment. Le plus récent numéro du magazine Nouveau Projet explore cette notion en s’intéressant aux interprétations qu’en font ses promoteurs, aussi diversifiés qu’intéressés. L’exercice fait ressortir une foule de contradictions. Par exemple, dans un article du philosophe Alain Deneault, on découvre que les indices comme le Social Progress Index, aussi bien intentionnés soient-ils, parviennent surtout à polir l’image du système capitaliste, passant sous silence ses effets secondaires néfastes comme la pollution et les inégalités. Son collègue Jonathan Durand Folco met en doute le consensus entourant «la vision “urbanistique” de la qualité de vie», qui peut mener à l’embourgeoisement si on omet de prévoir des mesures compensatoires. L’auteure et chroniqueuse Aurélie Lanctôt y va pour sa part d’une marche à suivre en cinq étapes pour «contrecarrer les impératifs de productivité» qui nous empêchent de vivre pleinement. Le tout est ponctué de quelques morceaux artistiques, notamment une bande dessinée sur l’enjeu du transport en commun à Rimouski et une transcription d’un épisode de Like-moi sur la cohabitation autos-vélos-piétons. À la fois divertissant et éclairant.

Nouveau Projet, no 13 (printemps-été 2018), 162 pages

 

NOMADIC HOMES : L’architecture mobile

Philip Jodidio

Des premiers nomades à la civilisation des loisirs et ses véhicules récréatifs, en passant par la conquête de l’Ouest au rythme des chariots, l’habitat mobile accompagne l’être humain depuis toujours. Aujourd’hui, le besoin accru de mobilité, la tendance au minimalisme liée aux préoccupations écologiques, les crises humanitaires, sans compter les nouvelles possibilités offertes par la technologie et la légèreté des matériaux, font en sorte que l’intérêt ne faiblit pas: ces 56 projets contemporains le prouvent. Beaucoup sont conçus par des architectes ou inspirés de leurs réalisations, telle la tente-roulotte Opera, dont la forme rappelle l’opéra de Sydney. Le chapitre sur les maisons flottantes présente plusieurs structures d’intérêt social résilientes face aux changements climatiques. Citons par exemple Urban Riger, un ensemble de 12 logements étudiants fait de conteneurs juxtaposés, dans le port de Copenhague, et créé par les architectes de BIG. Optimiser l’espace n’empêche pas la créativité!

Taschen, 2017, 344 pages

Main basse sur la ville/Cities Held Hostage

Documentaire de Martin Frigon

Présenté notamment au Cinéma du Parc à Montréal, ce moyen métrage a fait parler de lui. Le réalisateur revient sur l’enquête menée dans les années 1970 par le journaliste Henri Aubin alors que la silhouette de la métropole change rapidement sous la pression de promoteurs et d’investisseurs qui n’ont que peu d’égards pour la planification, le caractère des lieux, la qualité architecturale ou les résidents. Henri Aubin découvre que ces acteurs sont liés à la mafia ou financés par des fonds européens aux origines opaques. Autoroutes en pleine ville, gratte-ciel ordinaires et étalement urbain sont le résultat de cette période. Le film dénonce aussi le laisser-faire urbanistique et architectural qui s’est poursuivi depuis, comme l’a montré le cadeau accordé par l’administration Tremblay aux promoteurs et investisseurs qui réclamaient le droit d’ériger des tours de 40 étages. Mais déjà, ceux-ci lorgnent un autre territoire: Laval. Le passage du film qui traite de l’île Jésus est saisissant et l’enjeu, actuel.

Films de l’Œil, 2017, 46 min

Accessible (en anglais seulement) sur le site de CBC: https://tinyurl.com/y7mcrr4x

 

Quartiers sous tension

Documentaire de Carole Laganière

L’enjeu de l’embourgeoisement revient périodiquement sur la place publique, car les quartiers se transforment, que ce soit sur le plan de la population ou du cadre bâti. L’intérêt de ce moyen métrage est d’exposer les drames humains qui en découlent sans nier la complexité du phénomène et les effets positifs de la revitalisation. On y explore le sujet à travers des exemples concrets, puisés dans divers quartiers de Montréal, en donnant la parole aux locataires évincés ou harcelés et aux militants qui les soutiennent, ainsi qu’aux propriétaires, aux nouveaux résidents et aux petits commerçants victimes de vandalisme. Au fond, l’embourgeoisement n’est pas le fait de personnes mal intentionnées, mais de gens ordinaires qui apprécient la mixité sociale et générationnelle tout en participant malgré eux à sa disparition. À voir pour réfléchir aux solutions.

InformAction Films, 2017, 54 min

Accessible sur le site d’ICI TOU.TV

Neonsigns.hk

M+

Que vous vouliez faire un voyage virtuel à Hong Kong ou tout savoir sur les enseignes au néon, cette exposition virtuelle est un must. La démarche est proposée par M+, un «musée de culture visuelle» qui s’intéresse à l’art vernaculaire. Alors que la réglementation de la mégapole sévit contre les enseignes non autorisées, éliminant peu à peu celles qui ont longtemps caractérisé son paysage, M+ a choisi de documenter le phénomène en exploitant au maximum les possibilités du Web. Le site contient notamment une carte interactive peuplée de photos prises par les internautes, plusieurs essais, dont un sur la relation entre le néon et l’architecture, une ligne du temps remontant à 1894 et de nombreuses vidéos. Parmi elles, soulignons celle dans laquelle on raconte les histoires de familles de commerçants qui ont dû se départir d’enseignes emblématiques. Le tout ne cède pas pour autant à la nostalgie et invite plutôt à célébrer ce patrimoine et à le réinterpréter.

www.neonsigns.hk

 

Esquisse/Sketch

Revue esse

La revue bilingue esse, qui s’intéresse aux pratiques artistiques multidisciplinaires, consacre un dossier à l’esquisse. Les exemples qui nourrissent les articles sont liés aux croquis préalables à la création d’œuvres d’art, mais la réflexion dépasse ce cadre. En témoigne cette citation de l’artiste et enseignant François Morelli: «[L’esquisse] ne porte pas de jugement, et ne devrait pas être alourdie par la planification ou entravée par la censure. On peut se débarrasser de l’esquisse et recommencer. Sa valeur ultime réside dans sa capacité à soulever des questions et à secouer les choses.» Les textes interrogent autant la forme et la matérialité de l’esquisse que son sens relativement à l’œuvre finale et sa place dans le processus de création. À la fois geste, technique, outil, méthode, promesse de l’œuvre à venir, dialogue entre l’intuition et les choix rationnels ou encore entre l’idée et sa concrétisation, l’esquisse porte en elle l’inachevé et les possibles.

esse, no 93 (printemps-été 2018), 138 pages