Esquisses, vol. 29, no 1, printemps 2018

L'OAQ à la STMUne balade en métro

Station Vila-Maria, métro de Montréal, André Léonard
Photo : art_inthecity

Le 20 novembre dernier, trois architectes de la Société de transport de Montréal (STM) recevaient des employés du service de la pratique professionnelle de l’Ordre pour une visite guidée du métro. L’objectif : faire connaître et valoriser la pratique des architectes exerçant à l’extérieur des firmes.  

Stéphanie Caron et Sébastien-Paul Desparois*

Accessibilité universelle, normes et critères de conception, intégration et restauration d’œuvres d’art : les architectes de la STM sont les gardiens de la qualité architecturale d’un patrimoine collectif bâti sur 50 ans, nous ont expliqué nos hôtes, Riccardo Di Marco, Patrice Monfette et Luc Turcot. Parmi les quelque 10 000 employés qui composent l’effectif de la Société, une vingtaine d’architectes, regroupés dans quatre bureaux de projets, exercent leur profession.  

Ils jouent un rôle de propriétaire-expert qui englobe la planification des projets et le maintien de l’actif immobilier dans le respect du caractère singulier de chacune des stations. Ils s’acquittent aussi des fonctions de base de la profession d’architecte, soit la conception et la réalisation de plans et devis de projets d’architecture. L’intégration d’ascenseurs et l’amélioration de l’accessibilité de certaines stations, ainsi que le raccordement des stations aux hôpitaux universitaires font partie de leur mandat.  

Un bâtiment de 68 km

« Pratiquer l’architecture dans le métro est tout un défi », nous confie Patrice Monfette lors de la visite du chantier de la station Du Collège, où il intègre un nouvel ascenseur. Les stations de métro sont en effet exemptées de l’application du Code de construction du Québec. Cela oblige les architectes à travailler avec d’autres outils, comme la norme NFPA 130 Standard for Fixed Guideway Transit and Passenger Rail Systems, qui traite des exigences de conception en matière d’évacuation des occupants.  

De plus, le métro, c’est « un bâtiment de 68 km de long, dont aucune des stations n’est compartimentée », ajoute l’architecte. Prévoir l’évacuation de la fumée en cas d’incendie exige donc des concepteurs beaucoup de créativité quant à l’intégration des systèmes mécaniques et des persiennes de ventilation. Savoir où commencent et où s’arrêtent les stations constitue aussi un enjeu, tant du point de vue de la sécurité que de la portée même des travaux d’architecture. Il faut parfois construire chez le voisin, ce qui nécessite un niveau de coordination supplémentaire.

Patrimoine moderne

« Un architecte, une station », voilà qui résume bien l’intérêt patrimonial du métro de Montréal, selon Luc Turcot. En effet, la conception de la plupart des stations a été confiée à des architectes différents (quoique certains, notamment Victor Prus, en aient signé plus d’une), ce qui confère à chacune un cachet particulier. Lorsqu’on intervient dans une station, il faut tenir compte de ses caractéristiques distinctives, mais aussi de sa contribution à l’ensemble du réseau.

Pour y arriver, les architectes de la STM travaillent avec un colossal cahier de normes et de critères de conception, qui s’avèrent essentiels pour toute intervention, allant de la réfection d’un revêtement à l’ajout d’affichage publicitaire. Le chantier de la documentation et de la mise en valeur du caractère patrimonial du métro est d’ailleurs bien actif. L’élaboration de fiches d’évaluation en partenariat avec les étudiants au diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en architecture moderne et patrimoine de l’École de design de l’UQAM en est un exemple.

Une station à la fois

L’ambitieux plan de développement d’accessibilité universelle de la STM prévoit que, d’ici 2025, 41 des stations du métro seront accessibles. Plus concrètement, Patrice Monfette et ses collaborateurs devront réaliser l’intégration d’ascenseurs dans 14 stations au cours d’une première phase, qui s’étale de 2017 à 2022. De beaux défis pour ces architectes, et de bonnes nouvelles pour les usagers du métro.

*Stéphanie Caron est inspectrice à l’OAQ et Sébastien-Paul Desparois est directeur de la pratique professionnelle à l’OAQ.