Esquisses, vol. 25, no 4, hiver 2014-2015

Portrait : Adrien BobinTailleur de pierre

Emmanuelle Gril

Principales réalisations

• Réfection à l’identique de portails, d’armoiries et d’ornementations florales à l’hôtel du Parlement, à Québec

• Réalisation de divers ornements architecturaux pour l’édifice Price et le Château Frontenac, à Québec, l’église de la Nativité, à Beauport, la cathédrale de Reims, en France

Son travail

Français d’origine, Adrien Bobin a découvert le métier de tailleur de pierre chez un artisan de sa ville natale, Dijon en Bourgogne, une région dont le riche patrimoine architectural est essentiellement taillé dans le calcaire. « En Europe, cette discipline a véritablement connu son apogée avec l’architecture gothique et la construction des grandes cathédrales », rappelle-t-il. 

Comme d’autres formes d’artisanat, la taille de la pierre est vieille comme le monde. « On n’a qu’à penser aux pyramides en Égypte! » Les outils – ciseau, massette – n’ont guère changé au fil des siècles, quoique les marteaux pneumatiques rendent aujourd’hui le travail moins exigeant physiquement.

Adrien Bobin peut réaliser et reproduire divers objets et éléments décoratifs en pierre, par exemple des balustrades, des fontaines murales, des cheminées, des armoiries, des ornements floraux, des margelles de puits, des escaliers, ou encore des lavabos. « Ma clientèle est constituée aussi bien de particuliers que d’architectes ou d’entrepreneurs. La restauration d’édifices patrimoniaux occupe une bonne partie de mon temps », dit-il.

Le travail d’Adrien Bobin commence habituellement par une discussion avec le client sur ce qu’il désire. Après la prise de mesures et la préparation de croquis, il se rend acheter des pierres à la carrière. « S’il s’agit de la reproduction ou de la restauration d’une pièce, j’essaie de trouver une pierre identique à celle choisie initialement, ou qui s’en rapproche le plus. Par exemple, pour l’hôtel du Parlement, j’ai utilisé du calcaire, comme à l’origine. » Puis, dans son atelier, l’artisan dégrossit et taille le matériau, avant de procéder à la finition. Enfin, il se rend sur le chantier pour installer ses créations. 

Reproduction d’une armoirie, Parlement de Québec, 2012<br \>Artisan : Adrien Bobin. Photo : Adrien Bobin

Sa formation

Adrien Bobin est titulaire d’un certificat d’aptitude professionnelle en taille de pierre, obtenu dans son pays d’origine. Il a aussi effectué le Tour de France des Compagnons du devoir durant quatre ans (voir l'article «L'artisanat à la française »).

 

Ses défis

Aujourd’hui, grâce à la modélisation 3D, il est possible de sculpter des pierres en appuyant sur un bouton. « Si les machines sont très efficaces pour tailler des pierres en série, elles ne sont pas encore suffisamment perfectionnées pour remplacer un artisan dans la fabrication de pièces uniques et originales », affirme l’artisan. Le travail à la main a cependant un prix – de 30 à 50 % supérieur à celui de l’exécution automatisée – qui n’est pas à la portée de tous.

Cheminée Louis XIV, 2008<br \>Artisan : Adrien Bobin. Photo : Adrien Bobin
Corbeau, 2009<br \>Artisan : Adrien Bobin Photo : Adrien Bobin

Son apport

L’expertise d’Adrien Bobin est prisée sur les chantiers de restauration. « Par exemple, je sais comment déterminer si une pierre est encore bonne ou s’il faut la remplacer », explique-t-il. Un savoir-faire qui se fait rare aujourd’hui.

Selon lui, la société de consommation fait la part belle au « faire semblant ». « On trouve ‑du faux bois, de la fausse pierre... Mais si un architecte souhaite se procurer un élément décoratif, authentique et indémodable, il doit préférer les vrais matériaux et avoir recours à l’expertise d’un artisan. » 

Image en-tête:

Reproduction d'un fleuron, église de la Nativité, Beauport. 2013
Artisan: Adrien Bobin. Photo: Adrien Bobin