Esquisses, vol. 29, no 3, automne 2018

ÉditorialL'architecture en campagne

Nathalie Dion, présidente de l'Ordre des architectes du Québec

La campagne électorale en cours a mis l’architecture à l’ordre du jour. C’est signe que le sujet intéresse les électeurs, et on ne peut que s’en réjouir !

 

Dès la mi-août, le Journal de Montréal relevait l’intention de la Coalition avenir Québec (CAQ) de construire chaque nouvelle école à la suite d’un concours d’architecture. L’engagement figure au demeurant dans le programme du Parti Québécois, tandis que le gouvernement libéral a lancé l’an dernier la réflexion sur la qualité de vie en milieu scolaire avec la démarche du Lab-École.

En ouverture de campagne, la CAQ a renchéri en promettant de remplacer les CHSLD par des « Maisons des aînés », des milieux de vie « chaleureux, paisibles et confortables ». Le parti a même précisé qu’il le ferait en consultant des architectes. Il ne s’est toutefois pas avancé sur le sort à réserver aux actuels bâtiments abritant les CHSLD ni sur l’emplacement des nouveaux établissements. Quant à leur construction et à leur exploitation, les partenariats public-privé (PPP) ont été évoqués, malgré les menaces qu’ils font planer sur la qualité.

Tant qu’à parler d’architecture, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Un parti qui remettrait en question la banalité de certains quartiers résidentiels gagnerait sûrement des votes. Je lance l’idée.

En fait, la qualité de tous les bâtiments doit être prise en compte par les gouvernements. C’est ce que l’OAQ fait valoir dans sa démarche pour l’adoption d’une politique québécoise de l’architecture.

Cette politique fait d’ailleurs partie des orientations de la CAQ et du programme de Québec solidaire. Le Parti Québécois parle plutôt de mettre en place une politique nationale d’aménagement du territoire et d’urbanisme, inspirée de la déclaration de l’Alliance ARIANE, et de créer un ministère du Patrimoine québécois, ce qui est aussi une bonne chose.

Le gouvernement libéral sortant a, quant à lui, fait un important bout de chemin, comme en témoigne son engagement de « doter le Québec d’une stratégie gouvernementale en architecture », inscrit dans la nouvelle politique culturelle dévoilée en juin. Les mémoires de l’OAQ et les appuis qu’ils ont récoltés y sont certainement pour quelque chose.

Au même moment, la ministre Lise Thériault déposait le projet de loi no 401, Loi visant principalement à améliorer la qualité des bâtiments, l’encadrement de la copropriété divise et le fonctionnement de la Régie du logement. Ce dernier répond favorablement à une demande de longue date de l’OAQ, soit l’obligation de surveillance des travaux d’architecture par un architecte. Le champ de pratique de l’architecte, les gestes qui lui sont réservés et la finalité de l’architecture y sont précisés, ce qui était également fort attendu. 

Toutefois, ce projet de loi n’a pu être adopté avant la fin de la session parlementaire. L’OAQ entend bien sûr réclamer qu’il soit étudié par la prochaine législature.

Entre-temps, l’Ordre a communiqué avec chacun des partis pour leur demander de s’engager à valoriser la qualité en architecture, à aller de l’avant avec la stratégie gouvernementale en architecture déjà annoncée et à ne poser aucun geste qui soit en contradiction avec ces deux éléments.

Les dernières semaines ont en effet montré que des reculs demeurent possibles. Fin juin, le gouvernement a déposé un projet de règlement qui aurait permis à la Société québécoise des infrastructures et au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports de sélectionner des professionnels uniquement en fonction du plus bas prix. Pour de nombreux acteurs, dont l’Association des architectes en pratique privée, l’Association des firmes de génie-conseil et bien sûr l’OAQ, cette mesure représenterait un pas en arrière par rapport à l’obligation de qualité à laquelle est astreint le gouvernement. Fait à noter, les médias généralistes, comme La Presse+, Le Journal de Montréal, Le Devoir et Radio-Canada, ont fait état des inquiétudes du milieu.

Devant la forte mobilisation, et possiblement le poids de certains éditoriaux, le gouvernement a retiré le projet de règlement afin de rouvrir le dialogue entre les donneurs d’ouvrage et les professionnels.

Souhaitons que le groupe de travail créé à cet effet puisse mener sa réflexion en étroite collaboration avec celui qui produira la stratégie gouvernementale en architecture, et que le souci de qualité à long terme prévale sur les considérations économiques à court terme.

Vision et cohérence, c’est là toute la finalité de la politique québécoise de l’architecture que nous demandons. À l’aube de ma dernière année à la présidence de l’OAQ, je compte bien continuer à en faire la promotion auprès de nos élus.

 

Éditorial rédigé en collaboration avec
Christine Lanthier, rédactrice en chef
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