Esquisses, vol. 29, no 3, automne 2018

Sécurité incendieLes leçons de Grenfell

Les panneaux de revêtement métalliques composites font l’objet d’inquiétudes depuis le terrible incendie de la tour Grenfell à Londres l’an dernier. Que faut-il retenir de cette tragédie?

Christine Lanthier

Dans la nuit du 13 au 14 juin 2017, un incendie ravage une tour d’habitation de 24 étages à Londres. Bilan: 70 morts. L’enquête qui s’ensuit met en cause les panneaux de revêtement extérieur, qui auraient contribué à la propagation des flammes en hauteur. Il s’agissait de panneaux métalliques composites, faits de feuilles d’aluminium laminées de part et d’autre d’une âme en polyéthylène, un matériau combustible.

Depuis, des questions se posent: une telle tragédie pourrait-elle survenir au Québec? Faut-il éviter d’employer un tel matériau de revêtement?

Ces questions préoccupent notamment le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM). Comme l’a rapporté en juin 2018 un article sur le site de Radio-Canada, le SIM a vérifié 900 immeubles de plus de 7 étages de l’agglomération. Il ressort de cette démarche que trois d’entre eux présentaient un revêtement du même type que celui de la tour Grenfell.

Esquisses a demandé au SIM s’il avait des recommandations à transmettre aux membres de l’OAQ pour prévenir les risques liés à ce matériau. La réponse a été obtenue dans un courriel de Gabrielle Fontaine-Giroux, relationniste à la Ville de Montréal: «Il est important de s’assurer que le revêtement choisi et installé répond aux exigences relatives aux composants combustibles utilisés pour les murs extérieurs des bâtiments du Code de construction, applicables lorsqu’une construction incombustible est exigée. Le revêtement extérieur peut avoir un impact sur la propagation d’un incendie et la sécurité des occupants.»

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie?

Combustible ou incombustible ?

«Le Code de construction limite l’utilisation de ce type de matériau», confirme Nicole Olivier, architecte, conseillère technique et formatrice chez Technorm. Elle cite en particulier les sections 3.2.3 Séparation spatiale et protection des façades; 3.1.5.5 Composants combustibles pour les murs extérieurs; 3.1.5.12 Isolant combustible, qui traitent notamment des conditions auxquelles les matériaux combustibles sont permis.

Avant toute chose, souligne-t-elle, les architectes doivent se renseigner sur la combustibilité des matériaux qu’ils prévoient employer. En ce qui concerne les matériaux fabriqués en usine, il n’y a qu’une façon de le faire: il faut vérifier s’ils ont réussi un test suivant la méthode CAN/ULC-S114. «C’est évident que si on choisit un matériau qui a réussi le test, la conception de l’enveloppe s’en trouve facilitée.»

Cela dit, le sujet est plus vaste.

Question de contexte

Dans une situation où l’emploi de matériaux combustibles dans un mur est autorisé, il faut s’assurer que la composition du mur, soit l’ensemble des matériaux utilisés et leur assemblage, satisfait aux exigences de la norme CAN/ULC-S134, Essais et comportement au feu des murs extérieurs. Cette méthode de test consiste à incendier un échantillon de mur à l’échelle réelle pour évaluer notamment la propagation des flammes.

De tels tests sont menés par des laboratoires indépendants, selon les différents codes de construction en vigueur dans le monde. UL, aux États-Unis, en est un parmi d’autres. «Les professionnels de la conception peuvent se référer aux rapports de tests ou aux certifications effectués par des tiers pour déterminer si les matériaux et les assemblages ont été évalués en fonction de la conformité au code de construction local», affirme Dwayne Sloan, d’UL. Un répertoire des certifications de cette entreprise est accessible sur son site (Online Certification Directory ou Product iQ, sur UL.com).

Par ailleurs, poursuit Nicole Olivier, devant les allégations des fabricants concernant l’homologation de leurs produits, les professionnels doivent demeurer prudents: «Ils doivent demander comment était fait l’échantillon.» Car pour satisfaire à la norme, leur propre assemblage devra respecter les mêmes conditions.

Attention aux substitutions

La vigilance est aussi de mise en cours de projet, notamment lors des demandes de substitution, prévient Nicole Olivier. «Supposons que j’ai choisi un revêtement métallique avec polyéthylène et que, dans mes coupes, j’ai prévu un isolant en fibre de roche (incombustible). Si on me demande de substituer l’isolant, je devrai avoir le réflexe de considérer le revêtement combustible.» Et il va sans dire que la surveillance de chantier contribuera à éviter tout écart par rapport à la conception.

Effet de cheminée

Parmi les facteurs qui auraient favorisé la propagation des flammes en hauteur dans l’incendie de la tour Grenfell, les enquêteurs ont émis l’hypothèse d’un effet de cheminée possiblement causé par le vide de construction non compartimenté derrière le revêtement. Une telle situation peut être évitée par l’installation de pare-feu à intervalles réguliers. On trouve des indications à ce propos dans la section 3.1.11 du Code de construction.

Un écosystème

En matière de sécurité incendie, «Aucun produit ne peut être considéré comme “absolument sécuritaire” ou “absolument non sécuritaire”», résume Dwayne Sloan, insistant sur le fait qu’il faut tenir compte de tout l’écosystème en place: les matériaux, leur assemblage et les tests dont ils ont fait l’objet, le respect de la réglementation, l’installation par une main-d’œuvre qualifiée, puis l’inspec-tion et l’entretien adéquat. Il y a aussi les dispositifs tels que les gicleurs, les avertisseurs de fumée et les plans d’évacuation. «Chacun joue un rôle dans l’atténuation des impacts d’un incendie qui se propage rapidement.»

Pour aller plus loin

• Études de cas: Fire Protection Research Foundation, Fire Hazards of Exterior Wall Assemblies Containing Combustible Components, 2014.

• Assistance et inspection: L’Association des entrepreneurs en revêtements muraux du Québec (AERMQ) propose aux architectes une assistance technique lors du choix des matériaux et une inspection des matériaux lors de leur livraison au chantier.

• FORMATION: Le 6 février 2019 à Montréal, l’AERMQ offrira une activité de formation sur les murs coupe-feu et les surfaces de rayonnement. Renseignements