Esquisses, vol. 29, no 3, automne 2018

Projets inspirantsÉtonnants spéciments

Écocondos Origine, Québec, Yvan Blouin Architecte
Photo : Yvan Blouin Architecte

Centre culturel de Skellefteå

Centre culturel de Skellefteå (Suède), White Arkitekter
Illustration : Luxigon

Hauteur: 71 m
Nombre d’étages: 19
Ville: Skellefteå, en Suède

Une tour en bois de 19 étages se dressera d’ici 2020 dans le centre de Skellefteå, une petite ville du nord de la Suède bordée de forêts. Cette tour, qui abritera un hôtel, sera imbriquée dans un centre culturel où seront réunis un théâtre, un musée, une galerie d’art et une bibliothèque.

«C’était un défi pour nous de voir jusqu’où on pouvait aller avec une construction en bois», explique l’architecte Oskar Norelius de White Arkitekter, qui a piloté le projet avec son collègue Robert Schmitz. Pour assurer la stabilité de la structure, deux noyaux formés de panneaux de bois lamellé-croisé ont été prévus aux extrémités de la tour. «On voulait que le projet devienne une vitrine pour l’industrie locale», souligne l’architecte, ajoutant que le bois utilisé provient de la région. Les poutres apparentes, en bois lamellé-croisé, seront ainsi mises en valeur par une façade en verre.

L’acoustique a représenté un défi de taille, vu la diversité des fonctions du bâtiment. Pour déjouer le bruit, des parois dissociées en bois lamellé-croisé, faisant de 18 à 24 m de hauteur, sont envisagées. Cette solution a également été retenue pour l’hôtel, où une double dalle dissociée séparera le plafond du plancher entre chaque chambre.

L’enjeu de la résistance au feu était davantage d’ordre économique, précise l’architecte. Les qualités du bois massif à cet égard étant connues, il fallait choisir judicieusement les surfaces à traiter, pour éviter des coûts vertigineux. Du moment que la décision de construire en bois est prise dès le début du projet, les avantages sont bien plus nombreux que les inconvénients, croit-il.

En plus de réduire l’empreinte carbone du projet, le bois permet notamment de laisser certains espaces à l’état brut, ce qui ajoute à la chaleur des lieux, souligne-t-il. Ce choix de matériau permettra également l’érection de la structure en un temps largement réduit puisque chaque module de quatre étages sera préfabriqué en usine avant d’être assemblé sur le chantier.

 

De Karel Doorman

Project De Karel Doorman, Rotterdam (Pays-Bas), Ibelings van Tilburg architecten
Photo : Ossip van Duivenbode

Hauteur: 71,22 m
Nombre d’étages: 23, dont 16 en bois
Ville : Rotterdam

Lorsque le propriétaire du centre commercial Ter Meulan, situé au centre de Rotterdam, a voulu démolir son bâtiment pour en construire un nouveau, Marc Ibelings s’y est opposé. L’architecte de la firme Ibelings van Tilburg Architecten a plutôt proposé au propriétaire de restaurer l’édifice existant – symbole de l’effort de reconstruction de Rotterdam après la Deuxième Guerre mondiale – et de le surmonter d’une tour d’habitation de 16 étages.

L’enjeu du poids de la nouvelle structure a toutefois rapidement émergé. «Il nous fallait une ossature qui soit cinq ou six fois plus légère qu’une structure en béton», explique Marc Ibelings. Le choix du bois massif a été une véritable «révélation», se souvient l’architecte, qui a dirigé le projet avec son confrère Aat van Tilburg. Grâce à son poids relativement faible, la tour de 114 appartements, construite en acier et en bois massif, a pu s’appuyer sur les fondations et les colonnes en béton du centre commercial existant.

Sa structure a également offert une plus grande flexibilité aux architectes, l’absence de murs en béton ayant permis de jumeler facilement certains appartements. La question de la stabilité de la structure a été résolue par l’implantation d’un système de poutres de bois allant en deux directions. «Nous n’avions pas beaucoup d’expérience aux Pays-Bas dans la construction en bois, alors nous avons dû innover», se souvient Marc Ibelings. Pour contrôler le bruit, les unités ont été bâties en vase clos. «Les plafonds ne touchent pas les planchers», illustre l’architecte.

Quant au design, il se caractérise par une enveloppe de verre qui enrobe la façade de bois. Un jardin communautaire, s’élevant à 40 m au-dessus du sol, complète la signature de cet immeuble, achevé en 2012 et devenu depuis un lieu phare du centre-ville.

 

Origine

Écocondos Origine, Québec, Yvan Blouin Architecte
Photos : Yvan Blouin Architecte

Hauteur: 40,9 m
Nombre d’étages: 13, dont 12 en bois
Ville : Québec

En plein cœur de l’écoquartier de la Pointe-aux-Lièvres, près du secteur Saint-Roch à Québec, s’élève une tour de 13 étages dont la structure est faite de bois massif: poutres et colonnes (lamellé-collé), murs porteurs (lamellé-croisé) et même puits d’ascenseurs et escaliers (lamellé-croisé). En tout, 92 appartements se répartissent sur 12 étages qui sont ancrés sur un podium en béton armé.

Lorsque le projet a été lancé, en 2014, le Code de construction du Québec n’autorisait que les structures en bois massif ayant un maximum de quatre étages. Le projet, signé par la firme Yvan Blouin Architecte, de Québec, a servi d’exemple et de véritable laboratoire. «Il y avait de très mauvaises perceptions relatives au bois à l’époque, explique Yvan Blouin. Nous avons reçu des subventions qui nous ont permis de faire des tests de résistance au feu, des tests acoustiques et des tests sur la structure pour démontrer que c’est possible au Québec de bâtir des structures allant jusqu’à 12 étages avec le code en vigueur.» Le pari a été remporté puisque c’est maintenant permis.

Les principales contraintes étaient liées à la résistance au vent et aux secousses sismiques. Une solution novatrice a été trouvée: sept murs de refend (murs porteurs intérieurs) composés de panneaux en bois lamellé-croisé hauts de 9 m et dont l’épaisseur décroît d’un étage à l’autre ont été installés pour assurer la résistance aux charges latérales. Ces panneaux sont ancrés dans le béton à l’aide de plaques et de poutres en acier.

Mais au-delà des contraintes, la structure en bois a offert un avantage manifeste au projet Origine. En raison de la faible capacité portante du sol sur le site choisi, une construction en béton aurait été limitée à six étages. Plus léger, le bois a permis d’aller bien plus haut. «Sur ce site, le bois était clairement la meilleure solution», affirme Yvan Blouin. Sans oublier que l’utilisation du matériau dans le projet, achevé l’an dernier, a permis de séquestrer 2 300 tonnes de carbone.

 

Brock Commons Tallwood House

Résidences universitaires Brock Common Tallwood House, Campus Point Gray, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, Acton Ostry Architects et l'Université de la Colombie-Britannique
Photos : Michael Elkan

Hauteur: 53 m
Nombre d’étages: 18, dont 17 en bois
Ville : Vancouver

La résidence universitaire Tallwood House, située dans les Brock Commons du campus de l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, a été le premier projet réalisé dans le cadre de l’Initiative de démonstration de bâtiments en bois de grande hauteur de Ressources naturelles Canada. Le bâtiment en bois massif de 18 étages accueille 404 étudiants depuis septembre 2017.

Un podium en béton compose le premier étage, sur lequel s’élève la structure en bois de 17 étages. Les planchers sont composés de panneaux de bois lamellé-croisé soutenus par des colonnes en lamellé-collé et en bois à copeaux parallèles (PSL). Cette solution a permis d’éviter l’utilisation de poutres. «Ce système d’assemblage des planchers sans poutres est économique et nous a permis d’optimiser le nombre d’unités construites en fonction de la hauteur du bâtiment», explique l’architecte Russell Acton, de la firme Acton Ostry Architects, de Vancouver.

«Sur le plan de l’esthétique, nous avions un mantra: maintenir le design le plus simple possible», souligne-t-il. La structure de bois aurait pu être laissée apparente, mais elle a plutôt été encapsulée dans des panneaux de placoplâtre. Selon Russell Acton, cette décision a accéléré l’obtention des autorisations relatives à la résistance au feu. Elle a également permis de maintenir le coût du projet à un niveau comparable à celui d’une construction en béton.

La rapidité avec laquelle le bâtiment a été construit est étonnante: la structure de bois massif et la façade préfabriquée ont été érigées en 46 jours. «Nous avions un rythme de deux étages par semaine», se félicite Russell Acton. Les nuisances dues au chantier ont donc été largement réduites. L’architecte croit qu’en raison de leur aspect économique, les structures en bois massif encapsulé se multiplieront dans les prochaines années. «C’est un système de construction rapide, propre (sur le plan environnemental) et moins bruyant que la construction en béton», résume-t-il.