Esquisses, vol. 27, no 1, printemps 2016

Formation continueRemplir sa boîte à outils

Edificio Consorcio, Santiago (Chili), Enrique Browne - Borja Huidobro. Photo: Felipe Fontecilla et Guy Wenborne

Plaider pour la lutte aux changements climatiques est une chose. Encore faut-il livrer la marchandise. Quelques pistes pour les architectes qui souhaitent s’améliorer et maintenir à jour leurs connaissances. 

Hélène Lefranc

Selon un sondage de l’OAQ mené en juin 2015, 27 % des architectes souhaitent davantage de cours portant sur l’environnement et l’énergie. Une autre enquête au moment du congrès a fait ressortir l’intérêt pour les technologies durables, les nouveaux matériaux verts et les toits verts. Ajoutons que, sur 60 participants à la première année de formation du Centre de formation en développement durable de l’Université Laval (CFDD), 25 étaient des architectes. Pas si mal !

Se former fait partie des obligations des architectes, et le choix de le faire dans le domaine de la construction durable s’impose presque de lui-même, vu les modifications aux règlements qui sont annoncées (voir « Règlementation »). Outre les cours, les lectures et les colloques, il y a d’autres moyens de creuser le sujet.

Par exemple, la firme Coarchitecture s’implique avec d’autres acteurs de la construction dans un projet de recherche et développement sur les systèmes énergétiques subventionné par le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations. « On connaît a priori les solutions pour faire des bâtiments carboneutres, mais avant de spécifier et juxtaposer les produits qui existent sur le marché, des essais et une analyse des résultats s’imposent. Nous ne voulons pas nous servir de nos clients comme cobayes ou du Fonds des architectes comme filet de sécurité », explique le patron, Normand Hudon. Et, soit dit en passant, le fait de participer à un projet de recherche est une catégorie d’activité de formation reconnue par l’OAQ.

La firme ne se contente pas de ce projet. À l’interne, un ingénieur a suivi la formation du CFDD et une autre sur la norme ISO 1400 en gestion environnementale. De plus, bien que cela soit coûteux, les architectes demandent des analyses de cycles de vie à des experts du Centre international de référence sur le sycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) lorsque le projet le justifie.

 

Faciliter les connexions

« Tout le monde est conscient qu’il devrait se former, reconnaît Catherine Dubois, stagiaire postdoctorale au Centre de recherche en aménagement et développement de l’Université Laval. Mais ce qui manque souvent, c’est le temps. » Le projet qu’elle commence à l’Université de Toronto devrait aider les professionnels pressés. Il consiste à opérationnaliser une feuille de route pour contrer les îlots de chaleur, conçue dans le cadre de sa thèse. « J’essaie de mettre au point une application simple et rapide, qui permet de coordonner des idées. »

Robert Lacoste, de FSA Architecture, rêve pour sa part d’outils de mesure pour quantifier les émissions de carbone de ses concepts. Il insiste cependant sur le développement d’expertise d’un projet à l’autre. « On intègre certains réflexes et on réfléchit chaque fois à comment aller plus loin, bien que, sous nos climats malheureusement, on reste assez dépendants des équipements mécaniques. » Sans dire que les architectes sont tous devenus experts, il estime que ses confrères sont pour la plupart conscients de la nécessité de construire durable. « Les donneurs d’ouvrage, les créateurs de systèmes et de matériaux ainsi que les ingénieurs – du moins ceux avec qui je travaille – sont également dans cette mouvance. »

La thématique de l’adaptation aux changements climatiques permet par ailleurs de fédérer les différents acteurs, souligne Catherine Dubois. « Elle offre de plus l’occasion d’intégrer plusieurs préoccupations inhérentes à l’architecture : les enjeux de mobilité, de continuité des écosystèmes, d’énergie dans les bâtiments, de vieillissement de la population ou de santé. » Une occasion d’apprendre... des autres.

 

Centre de formation en développement durable de l'Université Laval

Intégrer l’équipe

Après avoir constaté un besoin de formation non comblé, la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval s’est associée à l’École d’architecture pour lancer, en 2014, le Centre de formation en développement durable (CFDD), où enseignent autant des chercheurs que des praticiens.

« Il existe une grande offre de formation autour de la construction durable, explique Marie-Andrée Roy, coordonnatrice, mais elle est morcelée et manque souvent de vision. Or, le processus de conception intégré, avec son approche multidisciplinaire, est apparu comme le plus efficace pour aller vers des bâtiments durables. Nous avons réalisé que les professionnels et les acteurs du bâtiment devaient se parler davantage. » Catherine Dubois, qui enseigne au CFDD, confirme : « Il y a une émulation collective quand différents corps de métier se rencontrent et échangent autour d’un même enjeu. Ensemble, on est plus forts. »

Décliné en cinq modules de trois jours chacun, le programme s’adresse aux ingénieurs, aux architectes et, plus largement, aux professionnels intéressés par les enjeux de développement durable (entrepreneurs, donneurs d’ouvrage, gestionnaires immobiliers, urbanistes). Des firmes d’ingénierie, la Société québécoise des infrastructures, la Régie du bâtiment et la Ville de Québec sont partenaires du CFDD.