Esquisses, vol. 29, no 4, hiver 2018-2019

Multimédia

Déconstruction et réemploi : Comment faire circuler les éléments de construction

Michaël Ghyoot, Lionel Devlieger,
Lionel Billiet et André Warnier 

Déboulonner les mythes, c’est ce que fait cet ouvrage qui traite de la question du réemploi des matériaux sous tous ses angles : historique, écologique, économique, technique, logistique et esthétique. Bien sûr, trouver une deuxième vie aux composantes des bâtiments désuets s’impose à l’heure de la décarbonisation et de l’économie circulaire. Mais cela représente tout un défi, que les auteurs abordent avec une bonne dose de réalisme. Pareille entreprise nécessite un travail minutieux pour démonter, nettoyer, documenter, entreposer, revendre et remettre en œuvre des éléments hétérogènes, parfois inattendus, et dont la seconde vie a rarement été prévue au départ. Il reste que cela s’est fait à d’autres époques et avec beaucoup moins de moyens qu’aujourd’hui. On ne peut que saluer cette analyse fine et limpide agrémentée d’un foisonnement d’illustrations, d’exemples et d’anecdotes. 

Presses polytechniques et universitaires romandes, 2018, 336 pages

 

 

Les écoles qu’il nous faut

Marc-André Carignan

Cri du cœur pour la qualité des écoles, cet ouvrage est également un instantané de l’état actuel des établissements scolaires québécois. Déficit d’entretien, aménagement désuet, surpopulation : nos enfants évoluent pour la plupart dans des milieux de vie peu enviables, déplore l’auteur, qui est aussi chroniqueur spécialisé en architecture et en design urbain. Si d’autres ont fait ce constat avant lui, peu ont tenté comme il le fait d’exposer les problèmes en donnant la parole à l’ensemble des acteurs concernés : politiciens, enseignants, chercheurs, architectes, élèves, etc. La grande qualité de cet ouvrage réside également dans les nombreux exemples d’ici et d’ailleurs qu’il présente pour nous faire rêver aux lieux stimulants que nos écoles pourraient devenir. Bref, une critique constructive. 

Multimondes, 233 pages, 2018

 

 

Five Ways to Make Architecture Political

Albena Yaneva

Avec cet ouvrage, la professeure Albena Yaneva se lance le défi d’offrir une réflexion nouvelle sur l’aspect politique de l’architecture. Elle débute par un tour d’horizon des idées reçues sur le sujet, incluant : « Les architectes sont les agents du pouvoir » et « Certains types de bâtiments incarnent des idées politiques ». Les chapitres suivants sont consacrés à la visite de divers bâtiments, depuis le campus de l’Université de Manchester, où elle travaille, jusqu’à un théâtre moscovite. L’auteure examine ensuite le processus artistique de plusieurs architectes connus afin de tisser sa propre réflexion. Cet ouvrage hautement théorique plaira aux férus d’idées abstraites sur la nature de l’architecture et son influence sur la vie humaine. 

Bloomsbury Academic, 2017, 185 pages

 

 

 

Îlots urbains  : À qui l’avenir de la ville ?

Magazine Liberté

Ce dossier paru plus tôt cette année conteste la vision fantasmée de la ville de demain qui sert à vendre aux citoyens des transformations urbaines toujours plus rapides, à grands coups de marketing immobilier et politique. On rit jaune devant quelques exemples concrets tout proches, car l’esprit critique est évidemment au rendez-vous. La lecture permet de remettre la situation en perspective, de débusquer les contradictions et les idéologies à l’œuvre dans le renouveau des quartiers, et de faire des liens. Le lien est d’ailleurs au cœur de la réflexion : la ville n’est-elle pas le creuset des rencontres, des échanges et de la socialisation, dès lors ce qui permet de créer des communautés et du collectif ? Au fond, nous rappelle-t-on, les enjeux qui touchent l’espace urbain – qui se développe souvent naturellement et sur le long terme – sont complexes. Les interventions et tentatives de planification gagneraient donc à être accompagnées d’une dose d’humilité. 

Liberté, no 320 (juin 2018), 86 pages

 

 

Le chantier

Fabien Grolleau et Clément C. Fabre

Cette BD suit les déboires de Flora, jeune architecte débarquant dans une prestigieuse firme d’architecture du sud de la France, qui se voit confier un enthousiasmant projet de maison luxueuse dans un site surplombant la mer. La voici cependant vite confrontée aux désirs de clients capricieux lors de la conception, à l’ambiance survoltée du bureau dirigé par un patron excentrique, puis aux aléas du chantier. Elle apprendra « à la dure » la gestion des imprévus, mais surtout celle des relations humaines. Le ton est drôle, le rythme est rapide et les dessins sont dynamiques. L’exagération accentue l’absurdité des situations, mais montre surtout concrètement le travail de l’architecte et sa plus-value. Un outil pédagogique, avec de subtiles références aux édifices mythiques de l’histoire architecturale.

Marabout, 2018, 124 pages

 

 

Baston de regards

Anthony Authié

« L’œuvre est la représentation parfaite de l’état des architectes en France – nihiliste et dépressif. » Cet extrait résume bien l’esprit de ce court roman. Le personnage principal Vadim, jeune diplômé en architecture, « a les dents qui rayent le plancher », comme on dit en France ! Autrement dit, il est ambitieux et il a justement décroché un poste dans une grande agence parisienne, où il exécute pour le moment des détails de construction et vérifie l’ennuyeuse documentation destinée aux entrepreneurs tout en rêvant de gloire et de paillettes. On le suit pendant 24 heures, croisant ses collègues tous un peu frustrés, aigris ou belliqueux. Outre le regard cynique porté sur un certain milieu de travail, l’intérêt réside dans le réalisme dont témoignent le jargon familier, la terminologie et les références (expliqués en fin d’ouvrage).

Parenthèses, 2018, 130 pages