Esquisses, vol. 29, no 4, hiver 2018-2019

AilleursPôles d'attraction

Grâce à l’adoption de politiques nationales, à la construction de bâtiments emblématiques ou à la création d’évènements nationaux et internationaux, de nombreux pays et territoires de compétence reconnaissent l’architecture comme un levier du développement culturel, économique et social. Excursion et inspiration des deux côtés de l’Atlantique.

Rémi Leroux

 

 

BLOX, Copenhague

BLOX, Copenhague, OMA / Ellen van Loon
Photo : Rasmus Hjortshoj

ANIMER UN QUARTIER

Déjà très vivante, la culture architecturale danoise a pris une nouvelle dimension avec l’inauguration de BLOX, en mai 2018 à Copenhague. Le bâtiment protéiforme conçu par l’agence d’architecture internationale OMA abrite notamment le nouveau Centre d’architecture du Danemark. Mais BLOX a également été imaginé comme un pôle d’innovation urbaine autour du BLOXHUB, un regroupement d’entreprises, d’organisations et de chercheurs qui élaborent de nouvelles stratégies d’aménagement urbain.

L’ambition est d’en faire également un pôle d’attraction de la vie urbaine : un restaurant avec terrasse, une aire de jeux, un centre de remise en forme et 22 appartements à louer ont ainsi été intégrés au projet. « De nouveaux ponts et de nouvelles places publiques ont aussi été aménagés afin de desservir le site, en particulier pour les piétons et les cyclistes », précise Jesper Nygård, PDG de Realdania, l’association philanthropique privée qui a financé le projet et dont la mission est d’améliorer la qualité de vie à travers l’environnement bâti.

Situé sur le port, à quelques encablures de la bibliothèque royale, BLOX ancre ainsi la culture architecturale au cœur de la capitale danoise et revitalise un secteur déserté pendant de nombreuses années.

 

Journées nationales de l’architecture, France

Coupole de la Poste, Reims, François Le Coeur
Photo : Siméon Levaillant

MULTIPLIER LES RENCONTRES

Après des décennies de tergiversation, la France s’est dotée d’une Stratégie nationale pour l’architecture en 2015. Malgré l’existence d’une loi sur l’architecture (1977), il manquait une orientation nationale capable « de faire connaître la valeur ajoutée de l’architecture pour la société et celle de l’architecte dans l’économie de la construction », explique Vincent Lacaille, architecte urbaniste de l’État et chef du Bureau de la qualité de l’architecture et du paysage à la Direction générale des patrimoines.

C’est dans cette perspective que les Journées nationales de l’architecture sont nées en 2016. Celles de 2018 se sont tenues au mois d’octobre. « Ces journées sont destinées à promouvoir une culture partagée de l’architecture, à la fois citoyenne et professionnelle, à susciter un intérêt général autour de questions qui nous touchent tous, explique Vincent Lacaille. Où habitons-nous ? Que nous offrent les villes et les territoires où nous vivons ? Comment construit-on les espaces publics, les logements, les lieux de travail, les équipements ? »

Les Journées nationales de l’architecture donnent une plus grande visibilité à la profession et fédèrent des démarches qui existent déjà, à l’image de ce qui se fait pour le patrimoine (Journées européennes du patrimoine), les musées (Nuit européenne des musées), l’archéologie (Journées nationales de l’archéologie) ou les jardins (Rendez-vous aux jardins).

Outre les évènements destinés aux professionnels (colloques, conférences, séminaires, etc.), de nombreuses activités de formation, de diffusion et d’échange sont organisées lors de ces journées, telles que des visites d’agences d’architecture, de bâtiments récents, d’expositions et d’écoles d’architecture, et ce, non seulement pour les écoliers, mais aussi pour le grand public.

 

 

Biennale d’architecture de Chicago

Biennale d’architecture de Chicago, 2017, Chicago
Photo : Tom Harris

CONVIER LES CITOYENS

En 2017 s’est tenue la deuxième Biennale d’architecture de Chicago sur le thème « Make New History ». L’évènement, le plus important en matière d’architecture et de design en Amérique du Nord, a réuni plus de 140 professionnels en provenance de 20 pays et attiré plus de 550 000 visiteurs. Impulsée par le maire de Chicago, Rahm Emanuel, la Biennale s’inscrit dans un plan culturel global destiné à joindre le grand public ainsi que dans la politique d’aménagement urbain mise en œuvre par le maire depuis son élection en 2011.

Invitant la population à (re)découvrir et explorer sa ville, la Biennale comprenait également des activités à la Chicago Architecture Foundation, qui ont permis d’atteindre 15 000 jeunes, ainsi que des visites d’édifices célèbres comme le siège social de la SC Johnson & Son, conçu par Frank Lloyd Wright, à Racine, dans le Wisconsin. « La Biennale a pour ambition d’amener le public à s’intéresser à l’architecture et à prendre part à une discussion globale sur l’avenir de celle-ci », rappellent les organisateurs.

Chicago prépare déjà la troisième présentation, prévue pour septembre 2019. L’évènement se tiendra sous la direction artistique de Yesomi Umolu, commissaire des expositions du Logan Center for the Arts de l’Université de Chicago depuis 2015 et membre du conseil d’administration de la Graham Foundation, une organisation située à Chicago qui octroie des subventions pour la recherche en architecture.

 

 

ErratumHet Nieuwe Instituut, Rotterdam

Het Nieuwe Instituut, Rotterdam, Jo Coenen
Photo : Johannes Schwartz

S'ALLIER POUR RAYONNER

Parmi les premiers pays européens à s’être dotés d’une politique nationale de l’architecture, en 1991, les Pays-Bas ont toujours accordé une grande importance au cadre bâti et au travail de l’architecte. La culture architecturale irrigue la société néerlandaise et rayonne très largement à l’international.

Inauguré en 2013 à Rotterdam, le Het Nieuwe Instituut a été conçu comme un maillon supplémentaire destiné à consolider la place de l’architecture dans la ville portuaire. Ce « Nouvel Institut » est né de la fusion de l’Institut néerlandais d’architecture (NAi) avec l’Institut Premsela pour le design et la mode et la Virtueel Platform, l’institut néerlandais pour la culture électronique. La nouvelle entité, qui fait donc office de musée de l’architecture, du design et de la culture numérique, a pour mandat d’appuyer la création dans ces différents domaines, explique Marina Otero Verzier, directrice de la recherche.

« La mission de l’Institut est également de rester à l’affût des innovations en architecture tout en soutenant les professionnels dans le développement de leurs activités », précise-t-elle. Enfin, le bâtiment renferme l’ensemble des archives nationales documentant l’histoire architecturale des Pays-Bas. Une mine d’or.